Monde

Sommet du Conseil de coopération du Golfe

Daech. Obama incite les pétro-monarques à lutter contre le Califat

Publié le 22 avril 2016

On savait que le président étatsunien, en fin de mandat, n’était pas en très bons termes avec ses alliés de la péninsule arabique, pétro-monarques et roitelets du pétrole, absolument remontés contre le rapprochement entre Washington et Téhéran, ennemi juré de Riyad, à la suite des accords sur le nucléaire iranien. Face à la catastrophe en cours en Syrie et en Iraq, il a appelé ses « alliés » à lutter contre Daech, eux qui ont largement contribué à financer l’organisation djihadiste dans le passé et continuent, en sous-main, à préférer les islamistes radicaux à un renforcement de l’influence de l’Iran dans la région.

Ciro Tappeste

Obama a lancé un appel désespéré à ses « amis » lors de la réunion du Conseil de coopération du Golfe qui s’est tenue, avant-hier, à Riyad. Lors du sommet qui rassemble ce que l’on fait de pire en termes de respect des droits de l’Homme et de démocratie, le président américain a rappelé aux anciens soutiens de l’État Islamique que la lutte contre Daech nécessite la coopération de tous.

Le propos ne pouvait manquer de faire mouche, le Conseil de coopération ayant été le bras armé de Riyad pour noyer dans le sang la révolte populaire au Bahreïn au début du printemps arabe dont le reflux est concomitant de la montée en puissance des organisations djihadistes en Syrie et en Libye, notamment. Par ailleurs, Arabie Saoudite, Emirats et Qatar ont fait partie des principaux appuis des organisations djihadistes depuis la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce que certaines d’entre elles se retournent contre leurs anciens bienfaiteurs, car pas assez rigoristes et trop vendus à l’Occident. Néanmoins, des flux de dollars continuent à alimenter, aujourd’hui, les caisses de Daech et de ses différentes officines régionales, Boko Haram inclus, en provenance de « pieux croyants » salafistes et wahhabites qui font partie des classes dominantes de la péninsule arabique.

Pour amadouer le roi Salman, le nouvel homme fort de Riyad, qui a vécu le rapprochement entre Washington et Téhéran comme une attaque en règle contre les intérêts régionaux saoudiens et son rôle dans le monde arabe, Obama a promis d’être extrêmement dur vis-à-vis des « activités déstabilisatrices de l’Iran dans la région », comme si seul le régime des mollahs jouait un rôle déstabilisateur en Syrie, en Iraq ou au Yémen. Obama a par ailleurs réaffirmé, pour complaire aux monarques, que Bachar al Assad, leur bête noire, n’avait aucun avenir dans la « transition politique » syrienne qui tarde toujours à arriver, alors que les positions de Daech en Syrie ont été circonscrites mais que l’organisation est loin d’avoir été anéantie.

A Yarmouk, dans la banlieue de Damas, où se trouvait jusqu’à 2011 le principal camp de réfugiés palestiniens de Syrie, les affrontements entre le Front Al Nosra (Al Qaeda en Syrie, allié objectif des occidentaux) et Daech continuent à faire rage, l’organisation étant accusée de violences, tortures et viols sur les civils pris au piège et condamnés à la famine dans ce camp qui comptait avant 2012 180.000 habitants contre 15.000 aujourd’hui.

Une semaine avant l’ouverture d’un second round de négociations entre « l’opposition modérée » et le régime syrien soutenu par ses alliés, russes et iraniens, à Genève, Damas a annoncé, pour sa part, qu’il n’y avait rien à négocier.

Le chaos moyen-oriental se poursuit plus que jamais. Et Obama aura continué, avec des Européens qui lui emboitent peu ou prou le pas, à raviver l’incendie jusque dans les derniers mois de son mandat.