Notre classe

Comment Vallaud-Belkacem veut nous protéger de Daech

Danger intrusion. Les mesures anxiogènes à l’école

Publié le 9 septembre 2016

Daech dans ses documents de propagande appelle à « tuer les professeurs ». Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement se saisisse de ces menaces pour « sécuriser » un peu plus l’école. Après les profs « fichés S » menacés de révocation et les mesures de rentrée annoncées par Cazeneuve et Vallaud-Belkacem, c’est tout une ribambelle de recettes réactionnaires qui nous sont proposées. Voire, parfois, franchement ridicules.

Léo Serge

Une politique anxiogène

L’imbécillité des « managers » de l’Education nationale – triés et sélectionnés pour leur obéissance et leurs caractères droitiers – donne lieu à une série d’anecdotes qui pourraient être drôles si elles n’étaient pas réelles. Dans chaque établissement ou presque on peut dire à quel point les exercices de confinement en réaction à de possibles intrusions donnent lieu à un sentiment de peur exacerbé voir de situations dangereuses. Ainsi l’alarme intrusion qui fait paniquer les élèves des collèges est devenue un classique. Tout comme cette histoire d’un l’élève d’un collège du 93 Ouest qui, en plein cours d’EPS, refusait de descendre du mur d’escalade car complètement paniqué par la situation. Le professeur comme l’élève se sont fait aboyés dessus par les chefs d’établissement car ils n’étaient pas « cachés ». Voilà donc pour les exercices d’entraînement sensé rassurer.

En réalité il s’agit d’imposer un modèle de la peur permanente – très inspiré des Etats-Unis et dont Michael Moore sait parfaitement se moquer et montrer le caractère artificiel dans Bowling for Columbine. Ce modèle repose également sur la désignation d’un ennemi intérieur – comme on le voit avec « l’affaire du Burkini » et la célèbre phrase de Valls qui incite les musulmans à « être plus discret ». C’est donc une société plus en plus ségrégative et discriminante, y compris à l’école, utilisant constamment le profilage ethnique et racial au nom de la sécurité qui se dessine. C’est ce modèle que certains marchands de peur veulent imposer à notre société : un modèle de guerre civile.

Mais croit-on un instant qu’on pourra transformer les écoles en bunker ? Pense-t-on que c’est souhaitable ? Une solution efficace ? Pense-t-on que des portiques de sécurité à l’entrée de chaque école pourraient empêcher un massacre ? Quand on sait que la plupart du temps il suffit d’enjamber un grillage ou un mur pour pénétrer dans le périmètre scolaire d’une majorité des écoles de France…

Vous avez dit sanctuaire ?

L’idée que « l’école républicaine » devrait être un sanctuaire est une idée ancienne, régulièrement réactualisé en fonction des objectifs que se fixent les gouvernements successifs. Depuis les années 1980 elle permet de nier la dégradation des conditions sociales des élèves et des professeurs. Des intrusions, des bagarres, des tirs sur la cour de récréation ? Il faut « sanctuariser » l’école. Comme si l’école se trouvait en dehors de la société ! Comme si les cours de récréation n’étaient pas au milieu de cité abandonné à leur misère, comme si les élèves menaient deux vies parallèles ! Affronter cette réalité – l’école n’est pas en dehors de la société – oblige à rompre l’illusion républicaine d’une possible méritocratie par l’école qui en réalité reproduit les défauts de la société et toutes les injonctions politiques et sociales venus du haut de l’échelle sociale.

Face à la vague actuelle d’attentats, il faut donc s’attendre aux mêmes manœuvres illusionnistes, confusionnistes et qui rajoute une nouvelle dimension : profondément anxiogène. C’est qu’il faut bien justifier l’état d’urgence qui permet d’agir très concrètement contre toutes les formes de révolte et de luttes sociales contre « leur monde ». Et pour ça il n’y a rien de mieux que la peur parce qu’elle fonctionne très bien.

On a déjà vu après les premiers attentats des enfants écoles maternelles fouillés, comme à Lyon, en décembre 2015. Comment a-t-on pu en arriver là ? D’une certaine façon c’est l’aveu que la société dans laquelle nous vivons est une société de guerre, de peur, de violence et de fanatisme. La plupart des kamikazes d’ici ou d’ailleurs, d’Orlando en passant par ceux de janvier 2015, sont produits à l’intérieur de cette société, passent par son école, etc. C’est un aveu de dégradation rapide en quelques décennies, issue d’un renforcement de la racialisation de populations ghéttoïsées, de montée des extrêmes-droites, du fruit de l’impérialisme interventionniste. L’école a beaucoup à voir la dedans parce c’est en son sein que commence les affaires de voile, ou bien qu’on y instruit la « grandeur de la France ». C’est aussi sa dégradation qui accompagne celle de la société – chômage de masse, anti-intellectualisme, droitisation et réaction à tous les étages - qui explique qu’elle n’offre plus guère de protections aux intrusions physiques et symboliques.

La police nous protège mais qui nous protège de la police ?

La question de la sécurité est donc facilement instrumentalisable. Ainsi on a vu en région parisienne des professeurs empêché physiquement de sortir de l’établissement pour soutenir leurs élèves pendant le mouvement contre la loi travail. C’était un prétexte pour laisser les lycéens se faire réprimer devant le bahut. Et bizarrement il n’était plus question de la sécurité des élèves face à la BAC, aux CRS ou aux gendarmes mobiles. Pourtant les éborgnements, coups, matraquages et même les assassinats produits par les forces de répression se multiplient. Et le gouvernement Valls continue à agir, sur différents théâtre d’opération, avec l’armée et ses barbouzes.