Notre classe

Une première trahison qui en annonce d’autres ?

Dans la métallurgie, la direction de FO et le patronat marchent main dans la main pour appliquer la loi travail

Publié le 28 octobre 2016

L’information est tombée début octobre et est restée relativement inaperçue : un accord a été signé dans la métallurgie, et ce entre un grand nombre de syndicat et le patronat. Côté employeurs, c’est le géant UIMM, l’un des plus violents fossoyeurs de l’emploi en France, qui a signé l’accord ; côté salariés, la CFE-CGC, la CFDT, la CFTC mais aussi Force Ouvrière ont signé l’accord. Pour tous, c’est un progrès pour les travailleurs. Une seule ombre au tableau pour ceux qui aimeraient casser définitivement l’emploi dans les métaux : le premier syndicat, la Fédération des Travailleurs de la Métallurgie CGT, la FTM-CGT, a refusé de signer. Á raison, car lorsqu’on se penche sur le texte, ce n’est rien de plus qu’une application de la loi travail dont 70% des français ne voulaient pas.

George Waters

Un accord délétère pour les salariés

C’est donc un nouvel accord de branche qui a été signé par de nombreux acteurs de la métallurgie. Ce secteur, très large, qui comprend notamment l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, les entreprises de machines, la sidérurgie ou encore la mécanique, a donc subi une nouvelle défaite en ce qui concerne ses conditions de travail. Une des mesures phares ? La possibilité pour les entreprises de l’IUMM (en attendant la publications d’un décret au Journal Officiel) de moduler le temps de travail sur trois ans au lieu d’une seule année. Cette mesure était l’un des articles de la loi travail. La métallurgie n’a donc pas tardé à se mettre au pas de la loi, votée en juillet.

En ligne de mire de cette « modulation » sur trois ans du temps de travail ? Officiellement, le patronat explique, penaud, qu’il s’agit « d’introduire de nouvelles flexibilités pour permettre aux entreprises de s’adapter à des périodes complexes et d’éviter de prendre des mesures plus radicales ». En réalité, il s’agit de trouver un moyen de rendre les salariés de plus en plus dépendants de leur employeurs et à leur merci : en modulant le temps de travail sur trois ans au lieu d’un, le patronat s’offre le luxe de pouvoir retarder le déclenchement des heures supplémentaires. Alors qu’on se souvient qu’un des articles de la loi travail prévoyait justement de réduire les bonus sur les heures supplémentaires, les abaissant de 25% à 10%, dans la métallurgie l’objectif est bien de diminuer tout recourt aux 35h.

Une des autres mesures de l’accord est la réduction du délai de réflexion pour les salariés se voyant proposer une modification de leur contrat pour motif économique, de 18 semaines à 4 semaines. En d’autre termes, une entreprise qui voudrait entamer une politique du « plus de profit pour plus de casse sociale » – en prétextant des motifs économiques fallacieux, évidemment – pourrait le faire beaucoup plus facilement : 4 semaines, c’est très peu pour que les travailleurs s’organisent, et c’est très court pour que les syndicats détricotent les mensonges du patronat.

Ultime insulte aux salariés : les contreparties de l’accord seront discutées boîte par boîte. Là encore, il s’agit d’affaiblir la capacité des travailleurs à répondre collectivement aux attaques (collectives) de l’UIMM. Car on sait que plus l’échelon de négociation est bas, plus le rapport de force est défavorable aux salariés ; négocier atelier par atelier, usine par usine, cela permet d’organiser une concurrence entre les salariés, en morcelant leurs conditions de travail, alors que leurs moyens de négociations seront plus faibles : une grève dans une usine est bien moins forte qu’une grève dans toute une branche.

La tête FO mains dans la main avec le patronat pour signer l’accord

Au cœur de l’argumentaire du patronat pour faire passer l’accord, un nouveau chantage à l’emploi. Alors que les annonces se multiplient, comme à PSA, où 2100 emplois sont supprimés, Latécoère, où ce sont 300 emplois qui sont menacés, Airbus Helicopter, où ce sont 600 emplois qui risquent de tomber, et bien d’autres, l’accord apparaît comme un cadeau offert à l’UIMM, qui est évidemment plus que satisfait de cette nouvelle casse des conditions de travail. La direction de FO-métaux souligne d’ailleurs dans un communiqué qu’elle est très heureuse de « signer des accords d’entreprise qui apportent par la négociation, et avec des contreparties pour les salariés, des solutions aux entreprises qui en ont besoin, ou lorsqu’elles rencontrent des difficultés économiques. » De quoi laisser particulièrement perplexe quand on sait que ces « contreparties » ne sont pas définies par l’accord. Pour justifier la signature de cet accord, le même communiqué signifie en effet que le syndicat de Mailly a lutté pour « un volet offensif pour essayer d’enrayer la diminution des effectifs de la métallurgie, et défensif pour sauvegarder les emplois ». Si l’accord prévoit bien de recruter 44 000 alternants d’ici 2020, avec des paliers en 2016 et 2018, cette nouvelle main d’œuvre sert surtout à remplacer les nombreux salariés qui partent à la retraite. Ce nombre, qui peut paraître important, est en réalité assez faible quand on le compare au nombre d’employés dans le secteur : 1,4 millions de travailleurs et travailleuses sont concernés par cet accord, et la population de plus de 55 ans, c’est à dire susceptible de partir à la retraite sous peu, est de 217 milliers de salariés selon l’observatoire de la métallurgie. L’objectif de 44 000 semble donc assez faible. De surcroît, l’objectif de l’accord est que parmi ces 44 000 alternants, seulement 65% d’entre eux aient un CDI.

Alors que la représentativité de Force Ouvrière Métaux au niveau des élections professionnelles aurait pu lui permettre, avec la FTM-CGT, d’empêcher que l’accord soit signé, la signature de Frédéric Homez, secrétaire général de la fédération, a permis à cet accord scélérat de passer. Alors que Jean-Claude Mailly quittait la bataille contre la loi-travail et ses manifestations de rue pour y préférer la voie juridique, la fédération Force Ouvrière Métaux démontre désormais que pour Mailly, il ne s’agit en aucune manière de lutter contre la loi travail par les voies institutionnelles, et ni même dans les branches, contre son application. Avec cette accord, FO Métaux se joint à la CFDT pour collaborer activement avec le grand patronat et l’UIMM. Contre cette politique de collaboration avec le patronat, il s’agit pour les militants combatifs, qui travaillent tous les jours (et toutes les nuits) dans ce secteur de dénoncer cet accord inacceptable, ainsi que la collaboration ouverte de FO avec le patronat de la métallurgie.

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