^

Notre classe

Racisme et sexisme

Dans le monde du travail, il ne fait pas bon être femme et racisée

Le dernier millésime du baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi a été rendu public ce jeudi. Il révèle que l'entreprise constitue de loin le premier lieu de discrimination et qu’il touche avant tout… les femmes et les personnes racisées.

La discrimination au travail : un phénomène structurel d’ampleur

 
Alors que le ministère du Travail vient de rendre un rapport qui pointe du doigt AccorHotels et Courtepaille pour discrimination à l’embauche, notamment envers les personnes d’origine maghrébine, le baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi confirme que, loin de concerner quelques mauvais élèves, la discrimination au travail est un véritable phénomène structurel.

En effet, un tiers des actifs déclare avoir été victime de discrimination dans l’emploi ces cinq dernières années. 18,5% des travailleurs dénoncent une discrimination à l’embauche et ce chiffre passe à 29% à l’égard des discriminations au cours de la carrière. En réalité, dix ans après le lancement de l’observatoire, la proportion est toujours aussi importante.

A ce constat s’ajoute celui selon lequel le taux de non-recours en cas de discrimination dans l’accès à l’emploi est de 93 %. Autrement dit, les cas où les personnes osent contester sont extrêmement rares. Dans ce contexte, les chiffres de la discrimination au travail ne risquent effectivement pas de baisser : la relation de subordination qui lie l’employeur à son salarié, la peur de perdre son emploi et la difficulté à apporter la preuve de ces comportements devant la justice sont autant d’obstacles à leur dénonciation.

Une réalité qui touche principalement les femmes, jeunes, et perçues comme extra-européennes

 
Si ces chiffres confirment bien que le monde du travail est le premier lieu de discrimination, pour la première fois, le baromètre se base sur une analyse multicritères pour mettre en évidence l’accumulation des discriminations subies par certains groupes sociaux.

Les femmes sont principalement touchées : 41% d’entre elles se disent victimes de discrimination contre 28% chez les hommes. D’autant plus si elles sont jeunes (entre 18 et 34 ans) et mère de jeunes enfants : plus de 50% !

A la question du genre, s’ajoute celle de l’origine supposée. Double peine pour les femmes perçues comme arabes, noires ou asiatiques dont le taux de discrimination dans le monde professionnel est de 60%. Et puis, en tête du classement, celles qui, en plus d’être de genre féminin et perçues comme extra-européennes, ont entre 18 et 34 ans, pour lesquelles le taux grimpe à 69% contre 37,4% des femmes blanches de tous âges confondus. Autant dire que trouver un emploi dans ces conditions est mission quasi-impossible.

Les femmes ne sont cependant pas les seules à être particulièrement touchées : les personnes handicapées et, plus encore, les jeunes perçus comme d’origine extra-européenne le sont également : 59 % des hommes de 18 à 34 ans -perçus comme arabes, noirs ou asiatiques affirment subir des discriminations.

In fine, le groupe le moins discriminé est celui des hommes blancs d’âge moyen (entre 35 et 44 ans) et … pères de famille. Seul 13% d’entre eux déclarent avoir été victime d’une discrimination au cours de leur vie professionnelle.

Face à ce constat accablant, difficile de croire à « l’égalité des chances ». Le baromètre vient confirmer par des chiffres une réalité quotidienne et générale : les inégalités et le racisme qui structurent la société française jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement du marché du travail. La discrimination à l’embauche et dans l’emploi permet en effet l’exclusion de toute une partie de la population, féminine, jeune, racisée, du monde du travail, ou sa relégation aux emplois les plus précaires.




Mots-clés

Racisme   /    Violences faites aux femmes   /    Notre classe