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Politique

Syrie, Ukraine…

Dans un cadre monarchique, Macron et Poutine alternent le chaud et le (très) froid

Ce lundi 29 mai, Emmanuel Macron recevait Vladimir Poutine au château de Versailles. Cette première rencontre aura mis en lumière une volonté commune d’approfondir les rapports, notamment économiques, et la lutte antiterroriste, mais aussi de grandes divergences sur les questions géopolitiques.

Crédit photo STEPHANE DE SAKUTIN AFP OR LICENSORS

Le mon(EN)arque et le tsar… une rencontre chargé de symboles !

C’est à l’occasion du 300ème anniversaire de la visite du tsar russe Pierre 1er le grand qu’Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont rencontrés pour la première fois en qualité de chefs d’État respectifs de la France et de la Russie. Et pour ce faire, le cadre choisi fut on ne peut plus explicite. Moins d’une semaine après avoir adopté la posture de Chef de guerre pour son entrevue avec Donald Trump, Emmanuel Macron a en effet choisi le château de Versailles, « symbole de la grandeur de la France » selon Poutine, pour accueillir le président russe. Et « en supplément » de la haute symbolique monarchiste, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine auront donné leur conférence de presse… dans la Galerie des Batailles ! Un choix explicite au moment d’aborder, entre autre, les conflits Syrien et Ukrainien.

Mais Emmanuel Macron a aussi rendu hommage à cette Russie qui, au début du siècle dernier, s’est battu « pour la liberté de l’Europe », faisant explicitement référence à la politique tsariste de la fin du XIX°/début XX°, décimant l’armée tsariste, provoquant une misère et une famine monstre en Russie au nom des intérêts des puissances occidentales et qui amènera à la révolution manquée de 1905, puis à la révolution de février 1917 en Russie, qui verra le tsar Alexandre II abdiquer. Si le néo président français entend se promouvoir en chef de guerre et « monarque présidentiel », il n’a donc pas manqué d’appuyer fortement sur l’aspect « tsariste » de la figure de Vladimir Poutine.

Contre le terrorisme et sur le terrain économique, Poutine et Macron veulent « travailler ensemble »

La priorité absolue, c’est la lutte contre le terrorisme. Je souhaite renforcer notre partenariat

Emmanuel Macron

Il s’agit là du principal point d’accord entre les deux présidents, qui ont tour à tour martelé l’importance d’approfondir la coopération entre les deux pays. La question de la lutte contre le terrorisme a en effet été centrale lors de la conférence de presse, et la principale information résulte dans le fait que la Russie et la France vont mettre en place une « commission de travail pour coordonner les actions », en particulier militaire, contre Daesh et les mouvances terroristes au Moyen Orient. Une ligne politique extrêmement dure où Macron, après avoir affiché des velléités similaires auprès de Trump, entend se poser comme un acteur central (ou tout du moins, incontournable) dans l’interventionnisme militaire dans la région.

Il y a plus de 500 entreprises françaises en Russie (…) Les intérêts français ont augmentés de plus de 2,5 milliards

Vladimir Poutine

L’autre point d’accord, moins attendu, à consisté à la mise en avant des intérêts économiques entre la Russie et la France, en particulier sur les questions énergétiques et dans le secteur de l’aéronautique. « Intensifier nos relations bilatérales, c’est aussi sur le plan économique » a ainsi déclaré Emmanuel Macron, sans qu’aucun des deux chefs d’État ne s’attarde, lors de cette conférence de presse, sur la nature de l’intensification des relations économiques, mais qui ne seront pas remis en cause par les divergences de point de vue sur les questions géopolitiques. Ou, pour le dire en d’autres termes, les intérêts particuliers des classes dominantes russes et françaises ne seront pas relégués au second plan sur d’éventuelles tensions, pourtant déjà palpables, sur les dossiers syriens et ukrainiens.

Pour la Russie, cette ouverture du gouvernement français sur les questions économiques est une bonne nouvelle car elle va dans le sens d’alléger les sanctions économiques qui pèsent sur le pays.

Désaccords et tension sur les questions d’ingérences, de la Syrie et de l’Ukraine

Les échanges ont, comme prévu, été bien plus froids et tendus sur les questions syriennes, ukrainiennes et des soupçons d’ingérence de la part du pouvoir russe lors de l’élection présidentielle.

Il est indispensable de discuter avec l’ensemble des parties prenantes, et donc avec les représentants de Bachar Al Assad

Emmanuel Macron

Si cette déclaration ré-ouvre les discussions avec le pouvoir Syrien, Emmanuel Macron n’en reste pas moins extrêmement ferme sur ses velléités guerrières. En effet, le président français a affirmé que, même seule, la France interviendrait militairement à la moindre utilisation d’armes chimiques. Une position qui inclut, bien évidemment, le régime de Damas duquel la Russie est un allié. A cette escouade, Vladimir Poutine a par ailleurs répondu sans détour. « Nous ne sommes pas des alliés (…) mais nous sommes en capacités d’approfondir nos contacts ». Une posture qui, si elle laisse une porte entre-ouverte, a le mérite d’être on ne peut plus claire.

Sur l’Ukraine, nos divergences sont claires

Vladimir Poutine

Autre dossier épineux, celui du conflit en Ukraine. Si Emmanuel Macron a mis en avant ses conditions non-négociables, à savoir mettre autour de la table « la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine » dans le cadre « du processus de Minsk » le tout sous le « format Normandie », Vladimir Poutine n’a aucunement rebondi sur ces propositions, laissant poindre l’idée d’un désaccord pour l’heure insurmontable. Sur ce dossier emblématique, les relations diplomatiques entre la France et la Russie restent donc glaciales, comme en atteste par ailleurs la volonté des deux chefs d’Etats de ne pas mentionner explicitement la Crimée.

Russia Today et Sputnik sont des organes d’influences

Emmanuel Macron

Il s’agit sans doute de l’estocade la plus inattendue, qui s’est d’ailleurs traduite par une moue de mécontentement sur le visage de Poutine. Alors que le président Russe a nié toute tentative d’ingérence de la Russie lors de l’élection présidentielle française, Emmanuel Macron a donc sorti les muscles. Une attaque indirecte, car les deux médias cités ont des liens, plus ou moins directs avec le Kremlin, à laquelle Poutine a répondu en revendiquant ses points d’accord sur les questions « identitaires » avec… Marine Le Pen. Profitant d’une question d’un journaliste, le président russe est même allé jusqu’à déclarer que la présidente du Front National menait une politique qui concordait, peu ou prou, avec les intérêts diplomatiques russes. Une passe d’arme aussi inattendue que violente qui aura jeté un froid sur la décidément très bien choisie Galerie des Batailles.

Si la question tchétchène était attendue, les deux présidents n’auront que très vaguement évoqué le sujet, Macron affirmant que, sur ce terrain, il « défendrait les valeurs de la république envers les minorités », douce ironie, et en affirmant que le président Poutine suivait la situation. Une pirouette donc, afin d’éviter une nouvelle passe d’arme entre les deux chefs d’Etats. Néanmoins, l’enseignement principal de cette rencontre réside dans le fait que, si sur un ensemble de sujets, les intérêts des bourgeoisies russe et française pouvaient converger (et exiger donc un approfondissement des rapports), un nombre non négligeable d’intérêts contradictoires étaient à même d’attiser des tensions toujours très vives. Laissant poindre des interventions militaires où les populations civiles du Moyen Orient, voire de l’Ukraine, pourrait se retrouver prise entre deux feux.




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