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Notre classe

L'aéronautique, un secteur à l'abri ?

Dassault Aviation à l’offensive contre les emplois, entre restructuration et application de la loi travail...

Comme nous le disions déjà à propos du plan Gemini à Airbus (1164 suppressions d'emplois), du PSE de Latécoère ou celui d'Airbus Helicopters, le secteur de l'aéronautique pourrait bien ne pas être cet El Dorado à l'abri de la crise et du chômage. Après de nombreux acteurs du secteur, c'est à Dassault Aviation de mettre en œuvre la loi-travail pour augmenter ses marges. Camille Pons

L’avionneur est connu pour son nom, Dassault, du nom de Serge, sénateur Les Républicains, président du groupe industriel Marcel Dassault, président d’honneur du groupe Dassault Aviation, PDG de Dassault Média (éditant Le Figaro par exemple), et connu pour avoir trempé dans de nombreuses affaires, du pot-de-vin aux achats de votes, etc...C’est lui qui affirmait récemment lors d’une réunion des soutiens de Fillon que « Ce n’est vraiment pas grave, moi ça fait des années que je suis mis en examen »... Dassault, c’est aussi un avion militaire, le Rafale, dont 3 ont été livrés cette année 2016 au dictateur militaire égyptien Al-Sissi. Derrière la 5ème fortune de France, Serge Dassault, et derrière les armes vendues aux dictateurs comme Al-Sissi, il y a aussi des travailleurs. Neuf usines sont réparties en France, dont la principale à Saint-Cloud, regroupant 3000 travailleurs. Au total, ce sont 8200 travailleurs, dont 2000 ouvriers à la production. Une force de production qui permet d’honorer les nombreuses commandes de Rafale et de Falcon (jets d’affaire) qui se vendent bien en ce moment. En 2015, l’entreprise faisait un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards...

Pourtant la direction argumente sur la baisse des commandes de l’aviation d’affaires pour justifier une tentative d’accord d’entreprise, rendu possible par la récente loi travail. Plus précisément, elle propose une tri-annualisation du temps de travail (2017-2019). Il s’agit d’un un accord qui permettrait de descendre à 32h/semaines quand la direction le souhaite, puis de remonter jusqu’à 42h/semaines si "nécessaire". Traduction : faire du temps de travail hebdomadaire la variable d’ajustement de Dassault, de ses méventes ou de ses réussites. Pour le moment, seule la CFE-CGC (premier syndicat) est prête à signer l’accord. La CGT (3ème) s’est résolument positionnée contre. La CFDT (2ème) comptait conditionner sa signature à quelques garanties, comme le fait qu’il n’y ait pas de licenciements économiques dans la période, clause qui, on l’a vu chez Renault, peut très bien être contournée. Ayant sondé ses adhérents, ceux-ci se sont exprimés à 90% contre la signature de l’accord, qui est suspendu, puisque la CGT et la CFDT représentent à eux deux plus de 50%.

Une deuxième offensive en cours concerne la restructuration du groupe, annoncée cet été. Pour "faire face à la concurrence US", le PDG de Dassault Aviation Éric Trappier compte avancer dans la "spécialisation des 9 usines françaises". Une transformation qui va impacter de nombreux salariés, y compris par des mutations forcées, "si le volontariat ne suffit pas" dit la direction. A l’usine d’Argenteuil par exemple, comptant aujourd’hui 920 salariés, ce serait 200 à 300 salariés touchés par la restructuration selon la CGT. Dans une optique de fermer l’usine d’ici quelques années, comme semblent l’annoncer certains signes évidents. Par exemple, l’usine qui faisait tout le fuselage des Rafale et Falcon, ne fera prochainement que le fuselage du tronçon avant, le reste étant transféré à Biarritz. Bientôt, "le site ne sera plus viable" explique la CGT.

De même à l’usine de Saint-Cloud, où se trouve le siège social, plus de 1000 salariés pourraient être concernés selon le syndicat. Une partie des bureaux d’étude pourrait être transférées à Mérignac, en Gironde.

On le voit, le secteur de l’aéronautique, même s’il est présenté par tous les spécialistes du secteur (le GIFAS par exemple) comme LE moteur de l’économie française, ne protège pas ses salariés de la précarité, des mutations, des licenciements, etc. : le secteur prospère même sur ces marges opérationnelles qu’il tire notamment d’une main d’œuvre docile. Si le contexte est, pour l’instant favorable, les commandes d’avions qu’a réussi à obtenir Hollande et sa diplomatie pourraient être de courte durée, auquel cas, on peut être sûr que les premiers qui paieront cette "bulle" seront dans l’atelier plutôt que dans les conseils d’administration.




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