^

Société

A l'occasion de nos deux ans d'existence

David Pujadas. Un chien de garde rend l’antenne, Révolution Permanente lui souhaite bon vent !

Après seize ans de bons et loyaux services au JT de 20h de France 2, David Pujadas vient de rendre l'antenne. Sur le plateau pour lui dire adieu, les journalistes de France 2 applaudissent un journaliste qui ose « montrer ce qu'on ne voit pas », et qui se qualifie lui-même de « journaliste indépendant ». Mais de qui se moque-t-on ?

Un record d’audimat pour le dernier 20h de Pujadas. Il est vrai que ses collègues journalistes et l’équipe même du journal de France 2 n’avaient pas lésiné sur la médiatisation de son départ et la mise en scène de ses adieux. A la fin du journal télévisé de ce jeudi 8 juin, l’équipe de journalistes a lancé un reportage sur les seize ans de Pujadas au 20h, revenant sur ses grands faits d’armes, « avec les peuples qui se soulèvent, ou les dirigeants dont le pouvoir est contesté ». Nathalie Saint-Cricq elle-même, dont on se souvient de la belle prestation lors du débat entre Marine Le Pen et Macron à la veille du second tour est venue saluer ce « roi de la prémonition », et les « beaux souvenirs » qu’il laisse à la chaîne de télévision.

David Pujadas, « ému » lors de cette surprise télévisée, n’en est pas moins resté capable de s’auto-féliciter de son fin travail de journaliste pendant toutes ces années. Après une petite pique à la direction de France Télévision pour rappeler que ce départ « n’est pas son choix », David Pujadas s’est alors présenté comme solution contre « la défiance grandissante du public » envers les journalistes. Une solution défendant un journalisme « qui ne vous dit pas ce qu’il faut penser », pour « un journalisme indépendant » ...

David Pujadas, symbole de l’indépendance du journalisme ?... Voilà une belle blague que nous a fait l’équipe du journal de France 2. Car si l’on ne peut évidemment pas préjuger de la sincérité ou du sérieux de nombreux salariés de la chaîne, il nous faudra plus d’un beau discours pour faire oublier le rôle de « chien de garde » que David Pujadas a joué pendant toutes ces années.

Derrière l’audimat, idéologie dominante et violence du management

Comme le rappelait récemment l’association Acrimed analysant une interview de David Pujadas au magazine Society, la conception du journalisme de la star du 20h a toujours été plus proche de la course à l’audimat que de la recherche de la vérité. Il y avoue d’ailleurs que la « vision du monde » que « véhicule le journal » est « l’idée implicite que le salut et le bonheur résident dans la consommation ou l’accumulation des richesses »...En défense de cette « idée implicite » purement servile aux intérêts des capitalistes et à la recherche du plus grand score d’audimat, le « journaliste » n’hésite pas dans cette interview à reconnaître qu’il a dû pour cela se détourner de sujets comme « la banlieue » ou « le conflit israélo-palestinien » car « ça n’intéresse plus personne ». A la place, mieux vaut amuser le client – car on ne peut décemment plus parler « d’usager » du service public – avec des questions brûlantes comme « Truite fumée : Meilleure que le saumon ? » (exemple de reportage diffusé le 15 décembre 2016, toujours selon Acrimed)...

Entre les faits divers et les coups de com’, David Pujadas ne s’est pas gêné pour défendre ouvertement cette idéologie dominante, comme il l’a fait notamment dans une séquence marquante où il avait tenu à pousser Xavier Mathieu, délégué syndical CGT de l’usine Continental à Clairoix menacé de fermeture, à « appeler au calme ».

Encore récemment, ce sont les joies de l’oppression sexiste que David Pujadas avait tenu à défendre, dans un « reportage » que nous analysions ici

Toujours du côté de l’oppresseur plutôt que de l’opprimé, la star de l’audimat cache par ailleurs, derrière son sourire, les mécanismes d’une production d’information bien loin d’être rose. C’est notamment ce que rappelle le communiqué du Syndicat National des Journalistes (SNJ) suite à l’annonce de l’éviction de David Pujadas du 20h :

« Non, l’audience ne justifie pas tout, et le côté obscur du 20 h se traduisait par une violence du management, un taylorisme érigé en système, et de la discrimination professionnelle. Alain De Chalvron, ancien correspondant de France 2 en Chine, n’avait-il pas lui-même été « exclu » du 20h pour avoir écrit un rapport sur l’état de la rédaction, pourtant demandé par la Présidente de FTV.
Le 20 h était tenu par une caste, celle d’un petit groupe de journalistes. L’étage supérieur de la fusée qui décide de tout : le taylorisme journalistique a été imposé comme l’ultime étape d’un système visant à contourner toute contradiction. Autrement dit, les journalistes qui mettent en forme l’information ne sont pas ceux qui la recueillent. Ceux qui fournissent des « bouts de sujets » sont cantonnés à des rôles d’exécutants. »

Un journaliste qui « ose montrer ce qu’on ne voit pas », vraiment ?

Des adieux pour souhaiter joyeux anniversaire à Révolution Permanente ?

Coïncidence ou signe des temps, ces adieux de Pujadas ont lieu alors que notre quotidien en ligne fête ces deux années d’existence, et ses 9 millions d’entrée. Deux années qui ont peut-être en partie été portées par cette « défiance du public » envers les grands médias dont parle Pujadas. Mais comment ne pas être « défiant » lorsque l’on entend « l’idée implicite » que défend l’ex chef du 20h, ou quand on le voit essayer de faire taire les ouvriers de Continental en lutte ?

Défiants oui, nous avons toutes les raisons de l’être envers ce service public de la télévision qui défend à longueur d’antenne le récit utile aux gouvernements successifs pour mettre en place leurs politiques antisociales. C’est pourquoi nous souhaitons « bon vent » à David Pujadas et à tous les chiens de garde de l’information, qui ne font que perpétuer l’idéologie dominante. De notre côté, nous continuerons à produire une information « du bon côté de la barricade », sans fausse impartialité et en assumant pleinement notre parti pris d’extrême-gauche, ouvrant nos pages à tous ceux et celles qu’on n’entend jamais sur le plateau de France 2, et qui, pourtant, rassemblés pourraient écrire de nouvelles pages d’histoire.




Mots-clés

médias   /    Société