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Politique

Argent, politique et justice de classe

De Tapie à Lagarde. Le théâtre de l’oubli s’est joué aux tribunaux

Nous écrivions, il y a maintenant un an, à l’issue du procès au civil de Bernard Tapie l’obligeant à rembourser les 400 millions d’euros à l’Etat qui lui avait été généreusement alloués sous le gouvernement Sarkozy dans l’affaire Crédit Lyonnais que, « tout d’abord, cette affaire, qui traîne depuis plus de 20 ans, est avant tout une histoire aux multiples tiroirs, dont les fonds sont tous plus crades les uns que les autres. Si la boîte de Pandore s’ouvre complètement, il y a fort à parier que de nombreux acteurs du dossier se trouveront dans une situation plus qu’inconfortable, que ce soient des responsables politiques, des représentants judiciaires, ou des grands groupes capitalistes. » La boîte de Pandore n’est toujours pas complètement ouverte mais les protagonistes sont de plus en plus nombreux dans cette monstrueuse histoire qui mêle argent, politique et, maintenant, justice de classe. Une histoire exemplaire l’insalubrité du système politique hexagonal. Et les protagonistes de cette histoire il y en a quelques-uns. Malgré quelques absents ou excusés pour immunité présidentielle ou autre, il y avait du beau monde à la Coyr de Justice de la république. Tous, d’ailleurs, pourraient servir de cobayes à la recherche sur la maladie d’Alzheimer. Maryline Dujardin

Cette semaine, c’était au tour de Christine Lagarde de comparaître pour « négligences » dans l’affaire Tapie et ce qui s’est jouée aux tribunaux, c’est une grande pièce de théâtre sur l’oubli qui s’est terminée en apothéose par une justice décidée à fermer les yeux sur les liens étroits entre ces politiques et l’argent public. Comment encore ne pas voir la justice de classe quand dans une histoire où l’argent des contribuables, à hauteur de 409 millions d’euros, ont été proprement offerts à Bernard Tapie et qu’une partie de ces généreux « donateurs », qui ont défilé cette semaine devant les tribunaux, en ressortent aujourd’hui blanchis et libres ?

C’est le cas de François Pérol, actuel président du groupe bancaire BPCE et ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée quand Nicolas Sarkozy était chef de l’Etat. Celui-ci ne se souvient pas des deux réunions à l’Elysée entre plusieurs conseillers de haut rang, dont l’une avec Bernard Tapie, auxquelles il a pourtant participé : « Je ne me souviens pas qu’une instruction ait été donnée au cours de cette réunion dont je ne me souviens pas ». Ce dont ne se souvient juste pas François Pérol ce sont des réunions au cours desquelles il a pu se décider en 2007 d’allouer la simple somme de 400 millions d’euros à Bernard Tapie dans le vieux contentieux opposant l’homme d’affaires et l’ancienne banque publique Crédit Lyonnais. François Perol a la mémoire qui flanche, il ne se souvient plus très bien avoir assisté à participé à cet argent public glissant doucement sous ses yeux vides dans les poches de Tapie.

Autre grand acteur de ce procès de l’oubli, Stéphane Richard, qui, lui, a juste oublié de venir au procès. Cet ancien directeur de Cabinet de Christine Lagarde, devenu en 2011 le PDG d’Orange, a brillé par son absence lors du procès cette semaine. Il était pourtant accusé par un témoin Bruno Bézard, haut fonctionnaire de Bercy au moment des faits, de vouloir, à l’époque, « quoiqu’il arrive, aboutir à un arbitrage » en raison de sa « compréhension assez poussée des intérêts de Bernard Tapie ». Arbitrage, donc, en faveur de Tapie qui ressortira avec ces fameux 400 millions d’euros.

Mais c’est finalement le procureur qui a le mieux défendu Christine Lagarde qui, au cœur de cette affaire, se présente presque comme la victime de l’histoire « Ai-je été abusée ? Sommes-nous plusieurs à l’avoir été ? Si oui, par qui ? » demandait-elle lundi durant le procès. Celle-ci nie toute implication dans la mesure où elle était tout le temps en voyage, qu’elle n’a rien vu, rien entendu de cette affaire Tapie. Elle serait la victime de son propre cabinet, inquiétante victime patronne du FMI qui ne voit pas l’argent du contribuable courir dans les poches de Bernard Tapie. Accusée de « négligences » dans cette affaire, au Journal Télévisé de France2 du 11 décembre elle déclare « on est tous un peu négligents, quelque part dans sa vie ! » Le problème avec les négligences de Christine Lagarde c’est qu’elles coûtent 400 millions d’euros au contribuable.

Face à cette démonstration de mépris de ces politiciens et grands patrons qui d’un côté imposent la rigueur à la population et de l’autre jouent de leur argent, la justice a tranché, froide et dure comme à son habitude lorsqu’il s’agit de condamner les siens, puisque le procureur Jean Claude Marin a estimé que les preuves n’étaient pas réunies pour condamner Christine Lagarde pour négligence alors que celle-ci même a fait la démonstration toute la semaine durant de négligence et même du mépris pour les contribuables et leur argent. Voilà pour la condamnation du parquet, du côté de la Cour de justice de la République.

L’oubli, donc, pour seule condamnation du procureur face à des politiciens qui jouent de l’argent des classes populaires à qui ils demandent même chaque jour un peu plus de se serrer la ceinture, à qui ils imposent la rigueur et l’austérité. Rappelons que le Premier ministre de l’époque de l’affaire Tapie, François Fillon, est désormais le candidat de la droite à la présidentielle de 2017 et que son programme résume bien cet affaire : austérité et sacrifice pour les uns, abondance et oubli pour les autres.




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