Société

À bas la violence raciste d’État !

De nouveaux éléments accablent la police dans l’enquête sur la mort d’Adama

Publié le 16 septembre 2016

Le témoignage du chef de patrouille, entendu dans le cadre de l’enquête de l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN), semble confirmer l’hypothèse qui se dessine autour du décès d’Adama Traoré : il serait mort d’asphyxie suite à la technique de plaquage ventral utilisé lors de son interpellation : D’autre part, le témoignage d’un pompier remet en cause la version des gendarmes concernant la prise en charge médicale du jeune homme avant sa mort. Autant d’éléments qui pourront servir dans la procédure que la famille Traoré compte mener contre les gendarmes qui ont assassiné un des leurs.

Interdite dans de nombreux pays, une technique responsable de nombreuses morts

Dans le cadre de son audition par l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale (IGGN), le chef de patrouille a détaillé la technique mise en œuvre lors de l’interpellation du jeune homme, le 19 juillet dernier : « Le contrôle dorsal et costal que je réalise se matérialise par le fait de mettre mon genou droit au niveau du centre du dos de l’individu et mon genou gauche sur la partie costale dorsale de l’individu. Je maintiens son bras droit entre mes deux genoux afin de procéder au menottage. »

Ce témoignage vient confirmer l’hypothèse selon laquelle Adama Traoré serait mort d’asphyxie suite à la technique de plaquage ventral utilisée lors de son interpellation, hypothèse construite à partir des PV des premières auditions des gendarmes et les révélations de symptômes d’asphyxie mis en évidence par les rapports d’autopsie (passés sous silence lors des communications officielles du procureur de la république Yves Jannier).

Cette technique accentuant les risques de défaillance pulmonaire et cardiaque est dénoncée dans de nombreux rapports comme celui d’Amnesty International ou de l’ACAT, elle aurait causé la mort de nombreuses victimes en France dans des circonstances similaires (Lamine Dieng en 2007 ; Abdelhakim Ajimi, 22 ans, à Grasse en 2008 ; Serge Partouche, 48 ans, à Marseille en 2011ou encore AdamaKoumé, 33 ans, en 2015). Plusieurs pays et forces de polices ont d’ailleurs interdit l’utilisation de cette technique : Suisse, Belgique, police de New York, police de Los Angeles.

Après avoir laissé mourir Adama, le mensonge des gendarmes concernant les premiers secours prodigués tombe

Alors que les gendarmes interrogés avaient indiqué avoir mis le jeune homme de 24 ans en Position Latérale de Sécurité (PLS) après avoir constaté une « perte de tonus musculaire » le témoignage d’un pompier intervenu sur place révélé par l’émission Quotidien affirme le contraire : « Quand j’arrive sur la victime, il y a du monde autour mais personne ne s’en occupe. La victime se trouvait sur le ventre, face contre terre ». Le pompier explique également qu’Adama était toujours menotté lorsque les pompiers sont arrivés pour lui porter secours et que lorsqu’il a demandé à ce que les menottes lui soient retirées, les gendarmes auraient refusé en lui répondant que «  la victime simulait et que c’était quelqu’un de très violent ».

Une fois encore les témoignages des gendarmes soulèvent de nombreuses questions : si les gendarmes estimaient que la victime simulait un malaise, ont-ils effectivement appliqué les gestes de premier secours comme ils l’ont indiqué lors des premières auditions ? S’ils ont pris son état de santé au sérieux, comment expliquer qu’il était toujours menotté (rendant très difficile la mise en PLS) et que les pompiers n’ont détecté aucun pouls à leur arrivéealors qu’aucune action de massage cardiaque n’avait été entreprise ? Ces contradictions et ces mensonges révèlent la réalité d’une police raciste pour laquelle la vie d’un noir des cités n’est que peu de chose.

Face à la violence d’État, opposer l’unité de notre camp social

Dans un contexte de racisme croissant et alors que le gouvernement ne cesse de poursuivre le tournant autoritaire accéléré après les attentats de janvier 2015, il est crucial que l’ensemble des victimes de cette politique s’unissent contre les politiques racistes et islamophobes de ce gouvernement. Au mépris de la mort d’un individu racisé, nous devons répondre que toutes les vies de notre classe se valent, tout en dépassant les clivages artificiels maintenus par les classes dominantes pour nous diviser face à eux. La vie d’un étudiant de la Sorbonne est aussi précieuse que celle d’un jeune des quartiers défavorisés. Cette unité a pu être l’élément manquant de la mobilisation de ce printemps : si la jeunesse des quartiers n’est pas descendue dans la rue, elle s’est mobilisée contre la mort d’Adama Traoré, assassiné par les mêmes gendarmes qui gazaient les manifestants durant les trois mois précédents, des gendarmes qui cassaient les piquets de grèves devant les raffineries. La convergence de notre camp social contre ce même gouvernement, qui sert des intérêts qui ne sont pas les nôtres, doit être une priorité. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’un meeting « contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie », organisé par les étudiants de Paris 1 et l’Interfac région parisienne, le 27 septembre, aura lieu, en présence d’AssaTraoré, la sœur d’Adama.