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Débat : Le Pen en mauvaise imitation de Trump, Macron en nouveau visage de l’UMPS

A trois jours de la présidentielle, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont croisé le fer durant plus deux heures lors de cet ultime débat de l’entre deux tour. Un débat qui, même s’il n’a pas fait bouger les lignes, a permis de par son caractère souvent répétitif, de brosser de long et en large deux portraits.

Durant l’ensemble du débat, les deux candidats ont tenté de sortir du cadre du portrait que chacun voulait dresser l’un de l’autre. A ce jeu-là, Marine Le Pen a tenté de brosser le portrait Macron au plus vite afin de poser les termes du débat.

Macron dépeint comme la continuité d’Hollande et candidat de la mondialisation sauvage

Cherchant à bousculer le favori des sondages, Marine Le Pen a lancé la première salve contre « le candidat de la mondialisation sauvage, de l’ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, de la guerre de tous contre tous, du saccage économique (...), du dépeçage de la France par les grands intérêts économiques, du communautarisme ». Dès lors, le débat est lancé. Une première salve qui a visé à dessiner Macron comme le candidat de la mondialisation sauvage pour mieux se placer du côté du peuple, mais surtout des grandes entreprises françaises de souche, comme elle l’a précisé.

Sur l’ensemble des sujets, les passes d’armes ont été incessantes, entre les deux candidats : emploi, fiscalité, santé, retraites, immigration, lutte contre le terrorisme et, surtout, Europe. La candidate du Front national, a opté pour une guerre d’usure, en cherchant à associer en permanence l’ancien ministre de l’Economie à François Hollande et à son quinquennat. A contre-courant de sa campagne de premier tour, Marine Le Pen, dans son rôle d’outsider, a tenté une stratégie de la guerre totale qui contraste avec l’attentisme du premier tour qui lui avait mal réussi.

Le Pen rediabolisée dépeinte comme le mensonge incarné

Acculé face aux attaques bien placées dans un premier temps, Emmanuel Macron a au long du débat réussi à prendre ses marques. A la défensive, il a tenté de parer les coups en l’invectivant parfois de façon peu convaincante. « Ne mentez pas, une fois encore », s’est-il énervé à de nombreuses reprises. « C’est n’importe quoi », « vous dites de grosses bêtises », « de gros mensonges », lâchait Emmanuel Macron. Pour appuyer son propos, il a par la suite tenté de déstabiliser et souvent avec succès Marine Le Pen quant au « réalisme » de son projet face à la « guerre civile ».

C’est même sur son terrain de prédilection que Marine Le Pen a peiné. L’ancien ministre de l’économie a réussi le tour de force de désamorcer les attaques de la candidate du FN sur le terrain sécuritaire, propice notamment à capter l’électorat filloniste, tout en radicalisant son discours en visant notamment l’extrême-gauche. Plus généralement, le candidat a tenté de rediaboliser Le Pen en réaffirmant sa filiation avec l’extrême-droite. « Avec votre élection, ce serait une sortie de l’Histoire », affirmait Macron. Une façon pour Macron de réactiver le Front Républicain dont les ressorts sont usés.

Notre portrait de Le Pen : une Trump mi-chèvre mi-choux

Au-delà du portrait mensonger qu’a tenté d’incarner Marine Le Pen, comme la candidate du peuple, ce débat a permis de mettre en lumière les derniers errements d’une candidature d’un parti en mutation. Coincé d’un côté par la nécessité d’approfondir sa dédiabolisation pour élargir sa base électorale, et de l’autre par la nécessité de saisir une occasion historique d’alliance avec Dupont-Aignan, la candidate du FN a élaboré à la va-vite un compromis programmatiques bricolés de bric et de broc sur la question centrale de l’Union Européenne et de la zone euro.

Un système avec une double monnaie, une monnaie nationale qui permettrait les échanges dans l’hexagone, et le maintien de l’euro pour les échanges extérieurs et les grandes entreprises. Macron a d’ailleurs saisi la brèche : « Une grande entreprise ne pourra pas payer en euros d’un côté et payer ses salariés de l’autre en francs. Ça n’a jamais existé, Mme Le Pen. C’est du grand n’importe quoi ». Dès lors, Marine Le Pen est tombé sur un os. Un système monétaire sur deux jambes qui ressemble plus à un compromis imprévu, une caricature de protectionnisme, une Trump mi-chèvre, mi-choux.

Notre portrait de Macron : un concentré de l’UMPS à nouveau visage

Comme attendu, Marine Le Pen a tenté d’enfermer Macron en tant que responsable et héritier du quinquennat Hollande, et comme suppôt de l’application des directives de l’Union Européenne et d’une France soumise notamment à l’Allemagne, en forme de clin d’œil bien allusif aux Insoumis. Un personnage que Macron a su détricoté habillement, quand bien même tout permet de voir le fil de continuité avec Hollande et le PS. Pour cela, il s’est dédouané de la majorité d’un bilan dont il est en réalité pleinement comptable, tentant de se placer en extériorité des décisions prises par Hollande.

C’est au travers d’une stratégie pour le moins pernicieuse mais intelligente que le candidat du patronat essaye de sortir par le haut de la crise de régime qui secoue la 5ème République, avec l’effondrement des deux partis de gouvernement. Il affirme, par-dessus le clivage gauche-droite, dans une position d’extrême centre, que c’est « l’inefficacité » des politiques du PS et de la droite traditionnelle depuis 30 ans, qui font le lit du FN. Il s’agirait donc de mettre en place les « réformes » structurelles « nécessaires ». Il se veut ainsi le nouveau visage à même de concentrer l’UMPS par ordonnance.

Ni Macron, Ni Le Pen, Abstention !

Après ce débat, Il semble peu probable que le débat change les équilibre de cette présidentielle, à savoir une confortable avance de Macron. Marine Le Pen ne paraît en tout cas pas en mesure d’inverser la tendance, alors qu’Emmanuel Macron n’a jamais été déstabilisé, mis à part un départ poussif, d’autant qu’il l’a souvent mise en difficulté. Il ne reste que deux jours de campagne officielle avec notamment, une « grande fête populaire » dans la Somme pour la présidente du Front national et un dernier meeting à Albi, dans la Tarn, pour le fondateur d’En Marche.

Deux jours seulement, alors que l’abstention, le quart de l’électorat, continue à gronder. Il se peut d’ailleurs que le débat puisse conforter cette dynamique. Deux jours pour convaincre, qu’il n’y a pas de choix possible entre la peste et le choléra. Le Pen est la pire ennemie des travailleurs, elle qui instille, à grande échelle, le venin de la division de notre classe entre Français et étrangers ou soi-disant étrangers. Et Macron, l’ex-banquier, donc, qui ne peut servir de digue de contention contre le FN, d’autant que tout, suggère qu’il va faire le lit du FN, par sa politique anti-populaire et pro-patronale.




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