Politique

Dernière ligne (très à) droite

Débat de la primaire. Fillon, possible option pour la bourgeoisie ?

Publié le 17 novembre 2016

Pour ce troisième débat de la primaire à droite, l’ennui a primé. La pression d’un faux pas à 3 jours du premier tour a semblé tétaniser les trois candidats qui constituent le tiercé de tête. Tant bien que mal, les journalistes ont tenté de cliver, sans succès. Des sondages plaçant Fillon au second tour, certains éliminant Sarkozy, d’autres Juppé, n’y sont pas pour rien. Le duel tant annoncé depuis dix-huit mois est aujourd’hui un souvenir lointain. Un débat tellement courtois entre Juppé et Sarkozy qu’on pourrait émettre l’hypothèse d’un pacte de non-agression mutuelle. Le trublion Fillon a néanmoins essayé de frapper un grand coup. L’homme de la « synthèse », austère comme Juppé, mais dur comme Sarkozy, serait-il le nouveau pari de la bourgeoisie ?

Damien Bernard

Dans les studios de France Télévisions, les sept candidats ont débattu pendant plus de 2h, la discussion a, entre autres, porté sur l’élection de Donald Trump, les affaires internationales, l’Europe, l’éducation ou encore la protection sociale.

Sarkozy et l’affaire des financements libyens

Mais, c’est l’affaire du financement libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy qui a allumé les premières étincelles. Le journaliste a interpellé l’ancien président de la République sur le sujet, ce qui a eu le don de fortement agacer Nicolas Sarkozy, dans un jeu de scène dont il a le secret. Le chef de l’État scandalisé par cette question, a lancé : « quelle indignité ! Nous sommes sur le service public. Vous n’avez pas honte de donner écho à un menteur ? Ce n’est pas l’idée que je me fais du service public. C’est une honte ». Alors que l’affaire, révélée par Mediapart et s’appuyant sur les déclarations de Zied Takkiedine, a fait l’objet d’un blackout ahurissant des grands médias, la chaine de service publique France 2 comptait bien éviter tout procès d’intention en sabordant la question de prime abord.

Trump, l’étalon de la droite ?

Omniprésent depuis son élection, Donald Trump s’est immiscé dès le début de ce débat lorsque les candidats ont dû s’interroger sur la montée des populismes et la remise en cause de la mondialisation. Fillon, premier à répondre, a d’emblée mis les pieds dans le plat en exposant une analyse sur la relation à avoir avec les États-Unis de Donald Trump. « Nous avons eu des contentieux avec les États-Unis, mais beaucoup de ces contentieux ne datent pas de l’élection de Donald Trump. Ce n’est pas M. Trump qui a envahi l’Irak, ou qui a envoyé des missiles aux portes de la Russie (...) Il faut convaincre les Européens de mettre en place une relation transatlantique plus équilibrée. C’est ça l’enseignement que je tire, pas sur la politique française ». Alors que c’est l’appel au calme qui guidait jusque-là Fillon quant à l’élection de Trump, il affine son positionnement en relativisant l’élection du républicain à la Maison Blanche tout en se positionnant comme garant des intérêts de l’Etat. Face à l’anti-Trump Juppé, et au « mini-Trump » Sarkozy, Fillon trace son chemin sur une posture de chef d’Etat responsable.

Macron, une épine dans le pied de la droite ?

Le premier débat s’était focalisé sur Bayrou. Cette fois-ci les journalistes ont tenté de placer le débat autour de la nouvelle candidature d’Emmanuel Macron. Ils ont reçu une fin de non-recevoir unanime de la part de l’ensemble des candidats. La candidature de Macron « est un problème pour la gauche », pas pour la droite, répondait Alain Juppé. Nicolas Sarkozy ne le contredit pas : « Emmanuel Macron a rédigé et porté la politique économique de François Hollande. Il a été son secrétaire général adjoint, son ministre des Finances, et maintenant il le trahit ». « Si c’est ça la modernité, je pense que c’est un peu classique », a ajouté l’ancien chef de l’État, l’une des rares pics collectives à ses propres anciens ministres présents ce soir. Mais même si pour le moment, la candidature Macron ne dispose pas d’un socle électoral ni d’un appareil en capacité d’atteindre le second tour, l’ancien ministre de l’Economie pourrait bien faire de l’ombre à la droite. Dans cette période de trouble, une candidature Macron dite « anti-système », le nouveau populisme d’extrême-centre, pourrait-elle aussi bouleverser l’échiquier politique.

Pacte de non-agression entre Juppé et Sarko

Depuis l’entrée en jeu de Fillon, rien ne va plus pour les deux favoris. Ainsi la pression se fait de plus en plus forte, au point qu’un quasi pacte de non-agression entre Juppé et Sarkozy semble avoir été signé pour ce débat. C’est avec grande courtoisie que Juppé et Sarkozy ont débattu. L’une des rares pics de ce dernier a concerné « l’identité heureuse », une passe d’arme à fleuret moucheté, qui n’a eu que peu d’impact. Dans les deux premiers débats, bien que le contexte d’attaque forte ne l’avantageait pas, car en incapacité de polariser, un certain répondant et un sens certain de la rhétorique politicienne lui permettait de surnager et de se maintenir du point de vue de son électorat de droite dure. Cette fois-ci, Sarkozy est apparu un peu agacé, moins combatif qu’à l’accoutumée, un combattant sans arme. De son coté, Juppé a droitisé son discours, pour apparaitre avec plus d’autorité, dans l’objectif de contrebalancer une candidature trop au centre, qui pourrait bien décourager nombre de sympathisants de droite, anti-sarkozyste, voyant désormais Fillon en alternative. Pour ses attaques contre Sarkozy mais surtout Fillon, Juppé a préféré avancer à couvert en envoyant Copé, son nouveau ralliement qui ne dit pas son nom, l’objectif étant de casser Fillon « l’imposteur ».

Après ce non-match, Fillon sort une nouvelle fois renforcé

Au sortir de non-débat, Fillon semble encore une fois sortir renforcer du combat à trois. Juppé a attendu les derniers moments pour tenter une estocade sur question de la réduction du nombre de fonctionnaires promise par François Fillon, qu’il ne juge « pas possible ». C’est exagéré, même si la tâche serait très compliquée, explique-t-il. Sarkozy, pour sa part a été moins pugnace que les fois précédentes, tout en réaffirmant jusqu’au bout ses positions très à droite, notamment sur les questions d’immigration en évoquant de nouveau le regroupement familial, dont il veut suspendre le côté automatique, mais également sur la question des allocations familiales qu’il souhaite suspendre « pour lutter contre l’absentéisme ». « Ceux qui perturbent de manière professionnelle la vie des établissements, je souhaite qu’ils soient internés », a-t-il ajouté.

Dans ce débat, Fillon est apparu comme une « synthèse » entre le côté austère et sérieux de Juppé, tout en en y agrégeant un programme des plus thatchériens et conservateurs. Dans une période plutôt trouble au niveau national et international, la candidature Fillon pourrait séduire les sympathisants de droite. Face à un Juppé en difficulté, et un Sarkozy dont ils ne veulent pas, la synthèse Fillon pourrait-elle aussi séduire la bourgeoisie pour stopper Marine Le Pen ?