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Débat sur TF1. Pour Philippe Poutou : « Des gros candidats mais sans grandes idées »

Ce lundi, sur TF1, avait lieu le premier débat des présidentielles. Seuls cinq candidats étaient invités par TF1, sur un plateau réunissant Emmanuel Macron, François Fillon, Marine Le Pen, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Les affaires grandes absentes du débat… mais un débat musclé !

À l’aune de la fin des parrainages, l’ensemble des onze candidats sont désormais connus. Ceux-ci n’ont pas tous eu la chance d’être invité sur TF1 où pour être invité il s’agissait d’être soit Marine Le Pen soit un ancien ministre. Pire, les règles du temps de parole ne s’appliquant qu’à partir de mardi 21 mars, le temps de parole ne leur sera pas décompté. Des règles des plus anti-démocratiques que les candidats prétendant représenter de la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, n’ont à aucun moment dénoncé.

Pas un mot sur les détournements de fonds publics

François Fillon, sur la défensive dans un premier temps, a joué la posture de la responsabilité, restant sur la ligne déjà érigée pendant les primaires de la droite et du centre. Comme à son habitude le candidat a tenu mais n’a pas rompu, faute notamment à ses concurrents, qui ont préféré le ménager pour ne pas apparaître comme son bourreau. Le coup de grâce n’est pas venu, lui laissant ainsi une bouffée d’oxygène notamment sur les questions internationales, du terrorisme. Il en a été de même pour Marine Le Pen que personne n’a questionnée sur ses emplois fictifs du parlement européen.

Marine Le Pen, le protectionnisme et la xénophobie en action

Bien qu’isolée pendant une bonne partie du débat, utilisée comme épouvantail, notamment par Macron pour incarner le vote utile, la candidate du Front National a laissé passer la tempête pour renverser la vapeur lors du dernier tiers du débat. Moyennant les aspects patriotes pour faire passer les autres pour des mondialistes, Marine Le Pen semble finalement sortir renforcée du débat, notamment après son intervention conclusive où elle affirmait une différence nette sur la question de la rupture avec l’Union Européenne. Une façon de s’affirmer jusqu’au bout comme la seule « anti-système ».

Fillon, l’ultra-libéral et conservateur, fléchit mais ne rompt pas

De fait, ils ont laissé François Fillon dont l’hypocrisie n’a pas de limite comme le « défenseur » de la démocratie : « Nous sommes onze candidats à l’élection présidentielle. On est cinq ici, ça pose un problème démocratique », a-t-il affirmé. Une bonne première intervention pour le candidat de droite, qui va s’éteindre pendant une grande partie du débat pour se ressaisir ensuite, ses concurrents, notamment Mélenchon et Hamon, ne lui ayant pas donné le coup de grâce quant à ses casseroles. Les autres candidats sont restés des plus discrets étant donné qu’ils sont aussi mouillés jusqu’à l’os.

Macron, le néo-libéral nouvelle génération

En position de force dans les sondages, Emmanuel Macron, le moins expérimenté, est sorti globalement renforcé du débat, malgré une fin de débat qui lui a notamment valu les railleries acerbes de Marine Le Pen. Au travers parfois de coup de barre à gauche puis à droite, s’appuyant tour à tour sur Fillon, sur Hamon et sur Mélenchon, Macron a joué le pragmatisme du candidat ni de droite ni de gauche, agglomérant des membres de la société civile hors des partis traditionnels, essayant ainsi d’incarner le renouveau de la politique. Ainsi parfois il a joué sur les grands écarts, en affichant tantôt « des mesures sociales » tantôt un discours extrêmement sécuritaire.

Mélenchon, la relance de l’économie dans le cadre du système

Avec 55 %, le candidat de la France Insoumise est sorti en tête du sondage du candidat le plus convainquant de ce premier débat télévisé. Une bonne prestation durant laquelle il a insisté sur l’instauration d’une VIè République pour en finir avec la « monarchie présidentielle » et la relance de l’économie en réponse au chômage de masse. L’objectif affiché : tenter de se délimiter de la gauche PS. « Le peuple doit reprendre sa part sur la finance », a-t-il affirmé, faisant allusion à Hollande, en forme de pied de nez à Hamon qui a fait applaudir l’ancien président ce dimanche au Bourget.

Mélenchon surclasse Hamon

Pourtant, malgré le verbiage en général très adroit de Mélenchon, la radicalité n’a pas été au rendez-vous. Pas un mot, quant au grand patronat du CAC 40, hormis sur Lafarge. L’oligarchie, un concept pour le moins vague face au « peuple » d’en bas, est bien commode pour ne pas afficher les véritables adversaires à savoir le grand patronat du CAC 40. Pas un mot non plus, sur l’absence des six autres candidats. Hamon pour sa part, a tenté d’incarner la « gauche » responsable, en s’appuyant notamment sur le revenu universel. Une prestation correcte mais éclipsée par Mélenchon.

Qu’en est-il des exploiteurs, des voleurs et des politiciens véreux ?

Durant le débat, trois lignes claires sont apparues. Le protectionnisme xénophobe de Marine Le Pen, le néo-libéralisme en deux versions, conservatrice à la Fillon, new age à la Macron, ainsi que le keynésianisme dans le cadre du système, que Mélenchon a mieux défendu que Hamon, sortant renforcé. Plus de trois heures de débat sur la société, d’économie et de diplomatie, pourtant Mélenchon et Hamon sont restés discrets sur les « affaires ». « Bizarre, c’est comme s’il n’y avait pas de capitalistes exploiteurs et voleurs, pas de politiciens véreux. Faut que ça change ! » affirme même Philippe Poutou à la sortie du débat.

Un espace pour les anticapitalistes

La prestation de la gauche de la gauche illustre bien qu’un espace existe pour une gauche anticapitaliste, qui dénonce les attaques du patronat, les profits des grandes entreprises capitalistes, une gauche anti-impérialiste qui dénonce le racisme d’État et de son bras armé la police, qui exige la liberté de circulation et d’installation des migrants et des sans-papiers. Un espace pour populariser un programme à même d’offrir une issue progressiste pour le monde du travail et la jeunesse pour résoudre la question du chômage de masse et de la précarité, au moyen du partage du travail entre toutes et tous, sans baisse de salaire.

Loin d’offrir ces perspectives, Mélenchon, au travers sa révolution citoyenne et du seul horizon national pour une "France indépendante", a tout de même eu des coups d’éclat en citant notamment Lafarge comme un patron peu exemplaire. En citant ce seul patron, c’est une façon d’éluder une remise en cause profonde du système, de remettre sur la table l’ensemble des grosses entreprises du CAC 40, les capitalistes français. Comme le dit Philippe Poutou : « Des gros candidats mais sans grandes idées. Pas de prise en compte de l’urgence sociale, incapables de changement radical. »




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