Politique

L’ "OPPOSANTE LOYALE" AU PS

Déchéance de nationalité. Taubira s’enflamme... et refait une santé au PS ?

Publié le 1er février 2016

Ariane Tristan

Tout juste sortie du ministère de la Justice, Christiane Taubira a rendu public hier un livre-pamphlet contre la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité pour les binationaux coupables de crimes terroristes. Par son « Murmures à la jeunesse », elle cherche et réussit à se maintenir à grand bruit dans le jeu politique, sauvant Hollande et sa clique.

Lyrisme républicain et plan de com’ médiatique

Citant Victor Hugo, Descartes, ou encore Nina Simone, Christiane Taubira a sorti le grand jeu. Pour sa grande sortie médiatique, elle a décidé de s’adresser « à la jeunesse » pour s’opposer à la dernière lépenisation du gouvernement, sur la déchéance de la nationalité pour les binationaux. De ses quatre ans au Ministère de la Justice, où elle a pourtant dû endosser sans mot dire le virage à droite brutal du gouvernement, il n’est rien dit. Les expulsions de lycéens en 2013 ? L’abandon de la promesse sur la PMA pour les couples lesbiens lors du vote sur le mariage pour tou-te-s (pour lequel elle est tant acclamée ou décriée) ? La réforme pénale ? La criminalisation des mouvements sociaux ? La répression des manifestations ? L’état d’urgence ? Tout est oublié. La déchéance de nationalité pour les binationaux, cette mesure puante empruntée à l’extrême droite, a bon dos pour l’ex-ministre.

Par ce réquisitoire, elle revient sur les arguments, pourtant développés par bien plus nombreux et bien plus représentatifs qu’elle dans les manifestations contre l’état d’urgence du 30 janvier, contre cette mesure « symbolique » réactionnaire : l’absurdité et l’inutilité de celle-ci pour lutter contre le terrorisme, la reprise d’un vocabulaire d’extrême-droite, le lien nauséabond fait entre immigration et terrorisme, le risque de création d’apatrides.

Elle en profite alors néanmoins pour dire tout son soutien à l’absorption complète, par le PS, de la logique de l’union nationale, en disant tout le bien qu’elle pense de « la notion de nationalité » et de la manifestation du 11 janvier où (mensonge ou aveuglement ?) elle a cru voir un « peuple de France » qui « se tenait chaud, ainsi, de toutes couleurs et de toutes formes, de visages si divers, de cheveux de toutes teintes et toutes textures et même de cheveux recouverts ». Du racisme, notamment celui de l’État, développé comme un venin depuis les attentats de janvier, il n’en est pas question. La proposition de Hollande et Valls sur la déchéance de nationalité, c’est non ; le discours nationaliste pour cacher la misère et les discriminations subies par des millions de gens en France, c’est oui pour Christiane Taubira.

C’est oui, et trois fois oui, car il s’agit bien d’exister encore un peu dans le champ politique, en se faisant une place sans trop sortir du cadre proposé. Ce livre-pamphlet, c’est en effet avant tout une pierre posée là pour chercher à se maintenir comme une référente de la gauche du Parti Socialiste, bien en mal de regrouper ses forces tout en restant loyal à un gouvernement de plus en plus ouvertement à droite. C’est aussi sans aucun doute un moyen de chercher à peser dans la jeunesse « socialiste » du MJS et de la direction de l’Unef, cette dernière ayant tout fait pour centrer sur la question précise de la déchéance de nationalité sa participation à la mobilisation contre l’état d’urgence sur les universités. Le lyrisme bien souvent, ne sert qu’à cacher les manœuvres trop grossières...

Car si le mouvement contre l’état d’urgence et la déchéance de nationalité qui s’est manifesté dans la rue samedi dernier pourrait, au premier abord, se réjouir d’avoir acquis cette nouvelle « alliée », il ne faudrait pas pour autant se méprendre sur le contenu de cette nouvelle sortie médiatique. Nulle envie, pour Christiane Taubira, d’aller trop loin dans la critique du gouvernement ou de François Hollande, qu’elle décrit avec un respect non feint, avec son « ton ardent et bienveillant » au lendemain des attentats du 13 novembre.

Après 4 ans passés au gouvernement, à avoir endossé sa politique antisociale et répressive et à avoir ainsi fourni le terreau à l’extrême-droite et à ses idées, il semblerait que l’ex-ministre n’ait aucune critique à émettre envers le président, à qui elle a même fait lire une version du livre en avant première la semaine dernière. Si Christiane Taubira s’oppose à la déchéance de nationalité, elle cherche le statut d’ « opposante loyale » au Parti Socialiste et à son gouvernement. Il ne reste plus qu’à voir si les organisations à la gauche du PS - dont les leaders, Jean Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche et David Corman pour Europe-Ecologie les Verts, ont déjà félicité Taubira pour sa sortie - seront à l’écoute des sirènes de ce « sauvetage » du Parti Socialiste.