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Genres et Sexualités

Nike se fait rattraper par metoo

Démission de 11 dirigeants accusés de harcèlement sexuel au sein du groupe Nike

Le mouvement Metoo a fait tomber beaucoup de têtes. C’est à présent au tour de Nike de voir 11 de ses dirigeants quitter l’entreprise pour des faits de harcèlement moral et sexuel.

C’est une véritable hécatombe chez Nike. En l’espace d’à peine deux mois, les principaux équipementiers du groupe ont annoncé leur départ à la suite d’une enquête interne interrogeant plus de 43 000 salarié(é)s mettant ainsi en lumière le harcèlement sexuel et moral au sein de l’entreprise.

La vague de démission de ces hauts dirigeants commence avec le numéro 2 de l’entreprise, Trevor Edwards. Pré-senti comme le successeur de l’actuel PDG Mark Parker, Trevor Edwards était également réputé pour les humiliations publiques envers ses subordonnés. Suite à cette démission, c’est toute la direction de la marque de sportwear qui est ébranlée, avec le départ en cascade de dirigeants épinglés pour des faits similaires.

Pour beaucoup de femmes, la vie au sein de l’entreprise était devenue toxique. De sorties de bureau finissant au strip-club, à un chef se vantant des capotes dans son sac, ou encore des commentaires déplacés sur la poitrine des salariées, le New York Times rapporte des témoignages de femmes dépeignant un environnement machiste où les inégalités de genre et le sexisme sont choses communes. C’est avec le mouvement Metoo que la parole des femmes au sein du groupe Nike a pu se libérer en mars dernier. Un petit groupe de femmes se sont ainsi révoltées en étant à l’initiative de cette enquête interne, dénonçant une culture d’entreprise machiste ainsi que la présence de « cercles masculins » solidaires lorsqu’il s’agissait de promotions et de couvrir des comportements désobligeants. Une salariée rapporte ainsi au New York Times s’être faite traiter de « salope stupide » par son supérieur hiérarchique, sans que celui-ci ne soit sanctionné malgré la plainte déposée auprès de la direction des ressources humaines.

Cette vague de démission ne met pas financièrement l’entreprise en danger, et aura un impact mineur sur les ventes. Si les principales égéries de la marques (Cristiano Ronaldo, Lebron James, Serena Williams) se sont tus sur cette affaire, l’image de la marque en prend un sacré coup. Nike qui multipliait les spots féministes et encourageait les femmes à dépasser les barrières sociales et culturelles, nous montre ainsi un fonctionnement interne loin du « girl power » imprégnant depuis quelques années toute sa communication. Nike tente cependant de rectifier le tir, en nommant deux femmes à de hautes fonctions : Amy Montagne et Kellie Leonard, deviennent ainsi les nouvelles responsables de la diversité et de l’intégration.
Après cette purge, Nike essaye ainsi d’amoindrir le scandale, mais nous montre aussi combien il est coutumier pour ces grandes marques de sportwear (à l’image de son concurrent Adidas) d’utiliser les idéaux féministes à des fins markéting tout en conservant une gestion d’entreprise où les inégalités femmes hommes demeurent prégnantes.