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Politique

Force Ouvrière

Démission de Pavageau : le retour de la ligne Mailly à FO ?

Plutôt que d’être débarqué, Pascal Pavageau, secrétaire général de Force Ouvrière, a préféré démissionné. La révélation des fiches des cadres FO et ses méthodes contestées lui valent certes d’être poussé vers la sortie. Mais c’est surtout sa ligne politique, relativement moins conciliatrice que son prédécesseur, qui a été visée.

Une guerre intestine

Depuis son élection à la tête de la centrale syndicale, en avril dernier, Pascal Pavageau souffle le chaud et le froid à Force Ouvrière. La guerre lancée lors du congrès contre Jean-Claude Mailly et sa ligne des plus conciliatrices, allant jusqu’à abandonner la rue sur les ordonnances travail, est devenue intestine et s’est retournée contre les proches et ex-collaborateurs de l’ancien secrétaire général. Depuis les tensions sont palpables à la centrale. Les sorties de Pavageau contre Mailly à l’occasion de son entrée dans un think tank patronal, ses méthodes internes, dont la révélation des fiches par le Canard Enchainé ont donné un aperçu, ont été très mal vécues en interne. Le fichage de 126 cadres de FO, soit « presque tout le monde », a coupé Pavageau de ses soutiens, ouvrant la voie à son éviction.

« Aujourd’hui, je rends le mandat que vous m’aviez confié à 96% »

Depuis une semaine et les révélations du Canard Enchainé, Pascal Pavageau a tenté de calmer le jeu : d’abord en licenciant ses deux collaboratrices de l’époque, qui avaient réalisé, à sa demande, les dites fiches en 2016 ; puis en annonçant l’annulation des réunions du bureau confédéral et de la commission exécutive, consigne qui n’a pas été écoutée. Face au risque de se voir débarqué, Pascal Pavageau a préféré renoncé. Non sans s’en prendre, dans un courriel de départ, à certains secrétaires confédéraux qu’il accuse d’avoir chercher « à arrêter la mise en place d’un audit sur l’état des finances internes » et pousser « par leurs agissements intéressés à ce que notre organisation cesse de bouger et que certains tiroirs ne soient jamais ouverts ».

Des positions jugées « trop similaires à la CGT »

Si la fronde contre Pavageau a pu se cristalliser sur ses « méthodes », l’enjeu de la dispute concerne surtout la ligne politique de l’organisation. « On lui reproche de s’aligner sur les positions de la CGT », à l’image de la journée de grève du 9 octobre appelée par la CGT et FO, confie une proche de l’organisation. « Mais il y a aussi, en jeu, la question des finances et des négociations sur le paritarisme » sur laquelle l’ensemble des organisations syndicales ont accepté de discuter avec les organisations patronales. « On craint que les intérêts financiers de l’organisation ne soit pas correctement défendus ».

L’aile la moins « contestataire » est clairement à la manœuvre. On a vu la Fédération FO Métallurgie, qui partage la même sensibilité que Mailly, appeler dès le lendemain des révélations, à la démission de Pavageau. Mais elle a également pu s’appuyer sur le soutien du courant lambertiste, dont les membres ont été clairement visés par le fichage de Pavageau.

Même Muriel Pénicaud, pourtant extérieur à FO, a réagi aux révélations sur les ondes de France Inter. « Choquée et scandalisée », la ministre du travail, a confié « pouvoir travailler avec FO, mais pas avec des méthodes comme ça ». Elle qui s’est appuyée sur Jean-Claude Mailly pour faire passer les ordonnances travail en 2017, et le gouvernement, ne se retrouve certainement plus suffisamment dans la ligne envisagée par le dernier Congrès de FO et incarnée jusqu’alors par Pascal Pavageau. Et de conclure, comme un appel au retour de la voie la plus conciliatrice, « cela ne correspond pas à Force Ouvrière ».

Qui pour remplacer Pavageau ?

Pavageau sorti, s’ouvre la question sur son remplaçant alors que les dossiers brûlants sont sur la table : la négociation de l’assurance-chômage et la consultation des réformes des retraites qui doit arriver prochainement. En outre, il y a les élections professionnelles dans la fonction publique qui s’ouvrent le 6 octobre prochain. Trouver un nouveau visage à FO est donc urgent.

Dans les starting blocks, il y a le nom de Christian Grolier, cité par BFM : secrétaire général de FO-Fonctionnaire, fédération plutôt hostile à Mailly, il s’était exprimé publiquement en soutien de la ligne de Pascal Pavageau lors du dernier Congrès. « Pas sûr qu’il soit capable de réunir les différents courants de FO », nous dit-on.
Pressenti poste, il y a surtout le nom d’Yves Veyrier, secrétaire confédéral de Force Ouvrière. Déjà, au bureau confédéral déjà sous Mailly, il était monté plusieurs fois au créneau pour défendre sa position sur les ordonnances travail : « on a obtenu plus aujourd’hui avec la concertation qu’après trois mois de mobilisation contre al loi Travail » déclarait-il à l’AFP en septembre 2017. « Placardisé » au poste de chargé de la prospective et de l’histoire de l’organisation sous Pavageau, il avait pourtant conservé sa place au sein du Bureau confédéral. Reconnu pour son travail au sein de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) au sein de la centrale, sa mise à la tête de Force Ouvrière sonnerait le retour d’une ligne de collaboration toujours plus ouverte avec la Macronie. Contraire aux orientations prises lors du dernier Congrès, sa nomination confirmerait le coup de force politique qui se joue actuellement à FO, avec l’éviction de Pascal Pavageau.

Crédits photos : JOEL SAGET / AFP




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