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Notre classe

Deux ans de Révolution Permanente

Denis, travailleur à GM&S : « On a décidé qu’on n’allait pas laisser notre usine mourir comme ça »

Lors de la table ronde sur les médias et la parole ouvrière organisée à l’occasion des deux ans de Révolution Permanente, Denis Audebert, ouvrier à GM&S depuis 28 ans et militant CGT, a pris la parole. Ci-dessous, des extraits de son intervention, qui retracent la lutte des travailleurs de GM&S et l’importance de la convergence.

En premier lieu, sincèrement, au nom de GM&S on tenait à vous remercier de votre soutien. Aujourd’hui c’est essentiel d’avoir du soutien de la part de la population. Révolution Permanente c’est un petit peu notre mouvement qui se poursuit à travers vous, à travers les messages que vous faites passer, vous êtes un peu la continuité de tout ce qu’on met en place et c’est essentiel de continuer sur cette voie.

On a décidé qu’on n’allait pas laisser notre usine mourir comme ça

Pour vous situer un petit peu les 7 mois de lutte dans laquelle on est engagés – ça n’a pas été facile et ce n’est rien de le dire – on a commencé au mois de décembre 2016 puisque la société a été placée en redressement judiciaire. Suite à ça, on a décidé qu’on n’allait pas laisser notre usine mourir comme ça, surtout que dans la Creuse on parle d’une région où on est sinistrés au niveau de l’emploi. On sait que c’est les deux constructeurs qui ont décidé de notre mort, ils n’ont pas fait le moindre investissement dans l’usine depuis deux ans, depuis la reprise de l’usine en 2014, de façon à nous donner de moins en moins de pièces et à laisser mourir le site.
On a rencontré plusieurs fois le Président et plusieurs candidats à la Présidence de la République, on a rencontré monsieur Hollande, on a rencontré monsieur Cazeneuve, on a rencontré monsieur Hamon, et on a vu malheureusement qu’aucun effort n’a été fait concernant notre dossier.

On a bloqué le siège de l’entreprise à plusieurs reprises

Donc on a décidé qu’il fallait mener la lutte ailleurs, on a mené des actions très fortes comme des blocages de sites : on a bloqué la production chez PSA et Renault, on a bloqué le siège de l’entreprise à plusieurs reprises et on l’a occupé au mois de mars avec les salariés.
On a bloqué dernièrement le site de Sept Fons, c’est des sites qui envoient des pièces à d’autres sites, donc en les bloquant à chaque fois on bloque d’autres sites et financièrement parlant ça leur coûte plus qu’un site. Aujourd’hui c’est la seule réponse qu’on ait pour faire prendre conscience que si on laisse faire ce qui est en train de nous arriver, à ce rythme-là, l’industrie de l’automobile, dans 10 ans il n’y en a plus en France.


Photo de solidarité prise au cours de la soirée d’anniversaire de Révolution Permanente

Aujourd’hui l’essentiel c’est de lutter tous ensemble, que ce soit les étudiants, les retraités, les précaires, les ouvriers...

On sait qu’au mois de septembre ça va être compliqué aussi puisque monsieur Macron veut faire passer une loi qui est complètement inacceptable et je pense qu’il faut la combattre de toute nos forces. Que ce soit pour nous, pour demain pour nos enfants et les générations futures, pour préserver le Code du Travail. Donc aujourd’hui l’essentiel c’est de lutter tous ensemble, que ce soit les étudiants, les retraités, les précaires, les ouvriers … Nous on repense aux grévistes de Mai 68[…] Si on veut du boulot demain et ne pas perdre nos droits, il faut continuer de se battre !
On sait que les actions qu’on a faites, ça leur a fait quand même très très mal, comme bloquer une autoroute : même si ce n’est pas le but de gêner la population ça marque les esprits. Au début c’était un combat très difficile à mener parce que personne ne connaissait notre cause, mais les actions qu’on a menées, même si elles peuvent être considérées radicales, ont permis qu’aujourd’hui on soit médiatisés partout et d’avoir le soutien d’une bonne partie de la population. C’est un moyen de faire comprendre aux salariés qu’à partir du moment où vous faites bouger les lignes, nous on est peut-être qu’une petite goutte d’eau dans le réservoir face à la puissance économique des constructeurs, chaque action qui est menée intelligemment peu avoir un grand impact. Il ne faut pas hésiter à faire jouer la solidarité, nous on a mis en place une caisse de solidarité pour nous aider dans notre grève, on sait que des gens nous apportent de quoi nous nourrir et partout où on va on est accueillis les bras ouverts ! 

Luttons ensemble et essayons de faire changer les lignes politiques !

Je pense qu’on est en train de donner l’exemple de ce que peut devenir un mouvement de grève organisé et l’apport que peuvent y amener les étudiants. C’est pour ça qu’à tous les jeunes et à tous les étudiants, j’ai envie de dire, luttons ensemble et essayons de faire changer les lignes politiques, pour le moment le monde dans lequel on vit ce n’est pas le monde que je veux donner à mes enfants demain ! L’objectif, on a tous le même en commun, c’est de nous défendre, mais ensemble !

crédit photo : GEORGES GOBET / AFP