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Politique

Le PS est-il mort ?

Départ de Maurel à la FI, une nouvelle étape dans la décomposition du PS

Le député européen et leader de l'aile gauche du PS dont la tendance a réalisé 19% au dernier congrès quitte le navire. Un départ de plus pour la maison socialiste, qui pourrait avoir du mal à s'en relever.

Le journal Le Monde titre son éditorial de vendredi « Le Parti Socialiste à l’agonie ». La journée d’hier a en effet été rude pour le parti, qui délocalisait ce jour même son siège social de la rue de Solférino, endroit où l’avait placé Mitterrand en 1980 pour anticiper sa victoire aux élections de l’année suivante. Tout un symbole.

Cette nouvelle est loin d’être la première annonce de départ depuis le quinquennat Hollande et les élections catastrophiques qui s’en sont suivies. Le parti s’était effrité sur la droite avec le départ de nombreux « éléphants » vers Macron, et vers la gauche avec notamment la création du mouvement de Benoît Hamon.

Mais Maurel n’aura pas attendu la date de déménagement du siège pour partir, uniquement pour « la beauté de l’action ». S’il est resté au PS pendant toute la durée du quinquennat Hollande, puis qu’il est resté spectateur du départ de Hamon, c’est parce qu’il attendait – tout comme d’autres cadres – de voir comment allait se recomposer la gauche avant de faire des paris hasardeux, en bon apparatchik attaché à son siège d’élu.

Emmanuel Maurel a par ailleurs affirmé qu’il s’agissait d’une scission et non d’un simple départ individuel, entraînant avec lui « de très nombreux militants, des centaines de cadres et d’élus sur l’ensemble du territoire. ». Il est pour l’instant difficile de vérifier cette annonce, mais d’après Le Monde Marie-Noëlle Lienemann, autre figure de la « gauche » du PS et sénatrice devrait également annoncer sa rupture avec le parti samedi.

S’il n’y a pas encore eu de réaction de la part de Mélenchon, ancien compagnon de Maurel avec qui la scission a été sciemment préparée, des figures des « insoumis » comme Adrien Quattennens se sont fortement réjouies sur la toile.

Pendant que Hamon se morfond, ayant décidément raté son pari d’incarner une alternative pour les socialistes en rupture avec le hollandisme, du côté de LFI on se frotte les mains, officialisant sa position de pôle attractif de la gauche, pour le PS mais aussi pour d’éventuels déçus du PCF. La stratégie de Mélenchon entamée cet été dont l’objectif est de tenter de remplacer le vieux PS commence à porter ses fruits. En effet, lors de l’université d’été des insoumis le dirigeant de l’organisation avait déclaré « J’ai le cœur plein d’enthousiasme si vos chemins viennent en jonction des nôtres. Que finisse cette longue solitude pour moi d’avoir été séparé de ma famille (…). Mes amis, vous me manquiez. ». Un appel du pied on ne peut plus explicite.

Sur un autre volet, l’arrivée de Maurel, qui n’est pas pour la « libre circulation des êtres humains », qui considère « qu’il faut de la régulation » des migrants mais pas pour le capital comme il l’affirme dans son interview pour Le Monde du 12 octobre, va être très utile pour le noyau dirigeant de LFI. En effet, pour celui-ci qui est confronté à une proto-fronde interne concernant notamment les prises de positions pour le moins ambiguës de Mélenchon sur la question migratoire, l’arrivée du socialiste qui partage la vision de JLM sur la question pourrait être un important appui pour minoriser les « contestataires » à l’image de Clémentine Autain.

Après le départ de Hamon, ce départ de Maurel du Parti Socialiste est une nouvelle étape vers la décomposition du parti qui a cogéré, en alternance avec la droite traditionnelle, la transition néo-libérale du capitalisme français plus de 30 années durant.




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