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Monde

Un coup d’Etat en bonne et due forme

La droite, le PS et le Roi décapitent la Généralité de Catalogne

Le coup de force a eu lieu ce matin, après un conseil des ministres extraordinaire qui a été convoqué à Madrid. Après les ultimatums de ces derniers jours, après la répression généralisée contre les électeurs et les électrices catalans, le 1er octobre, Rajoy a franchi le pas.

Comme sous la dictature de Primo de Rivera, lorsque le régime militaire dissout la Mancomunidad, l’ancêtre de l’auto-gouvernement de Catalogne, comme en 1934, lorsque la droite espagnole abroge la Généralité avant de lancer la garde civile contre les mineurs des Asturies, Rajoy, les socialistes et la monarchie ont mis leurs menaces à exécution. Ils viennent de signer l’arrêt de mort du Govern, l’exécutif catalan.

C’est l’ensemble de l’exécutif catalan qui a été dissout. Accusé d’avoir proclamé l’indépendance avant de la suspendre pour offrir à Madrid la possibilité de rouvrir les canaux du dialogue, le chef du Govern, Carles Puigdemont, a été destitué, tout comme son numéro deux, Oriol Junqueras. C’est également le sort qu’a subi l’ensemble des consellers, les ministres et conseillers issus du PDECat et de l’ERC. C’est désormais le gouvernement central du Parti Populaire, un parti qui n’a obtenu que 8,5% des voix en Catalogne lors des dernières élections autonomiques, qui est le maître à bord.

Tout a donc été placé sous tutelle de Madrid et de la droite espagnole, y compris le secteur de l’éducation et la télévision catalane. Dire que cela fait penser au franquisme n’est pas forcer le trait. Le parti de centre-droit Ciudadanos tout comme les socialistes appuient le gouvernement espagnol dans ce coup de force, au nom de la « défense de la Constitution », ce texte rédigé en 1978 pour assurer la transition post-franquiste et dont est tiré le fameux article 155 qui permet de placer la Catalogne sous tutelle.

Le Parlament, l’assemblée législative catalane, a été vidé de son contenu. Les députés catalans pourront continuer à siéger, si Rajoy les y autorisent. En revanche, ils devront quitter l’hémicycle dès que le gouvernement central procédera à la dissolution de la Chambre pour procéder à de nouvelles élections autonomiques, dans un délai de six mois. La nouvelle chambre sera, cependant, sans pouvoir puisqu’elle n’aura même pas la possibilité de réélire en son sein un président.

L’idée d’une « médiation » de l’UE, véhiculée par Puigdemont, a fait long feu. Bruxelles a montré que l’Europe des patrons se situait dans le camp de Rajoy. La possibilité d’un « référendum légal », dans le cadre d’une réforme constitutionnelle, option défendue par Podemos et Izqyuierda Unida, montre aujourd’hui toute son impuissance pour battre en brèche le coup de force et l’article 155.

Comme le défendent les camarades du Courant Révolutionnaire des Travailleur-se-s de Catalogne, « pour faire face au coup d’Etat, pour conquérir l’indépendance et ouvrir la voie à un véritable processus constituant libre et souverain il faut développer un plan de mobilisation et d’auto-organisation ouvrier et populaire, autonome des représentants de la petite et de la moyenne bourgeoisie catalane indépendantiste ». Le PDECat et l’ERC craignent, en effet, davantage la voie de la mobilisation ouvrière et populaire que « l’Etat central. Ils sont conscients qu’une fois mobilisés, les travailleurs et les classes populaires voudront également placer au centre de leurs revendications la question de la lutte contre le chômage, contre la précarité ou pour la défense des services publics ». En ce sens, le CRT appelle la CUP « à abandonner immédiatement sa subordination à Junts pel Sí », la coalition qui a soutenu, jusqu’à présent, la Généralité.

Malgré les menaces qui pèsent, une nouvelle manifestation est appelée à 16h30 à Barcelone et dans toutes les villes de Catalogne, contre la répression, pour la liberté de Jordi Cuixart et de Jordi Sánchez et contre le coup de force. A Barcelone, Puigdemont devrait prendre la parole et faire une déclaration après le coup de force. Intervenant au sein des Comités de Défense du Référendum (CDR), une centaine de structures territoriales de défense de la république et du résultat des urnes, le CRT participera à la mobilisation pour exiger que soit respecté le mandat du 1er octobre et en défense d’une Catalogne indépendante et socialiste.

[Crédit photo : Jack Taylor/Getty Images]




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