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Monde

Première session parlementaire pour Torrent

Des députés en prison, un président élu par Skype : mais où va la Catalogne ?

Pour cette première séance du nouveau parlement catalan, celui ci a investi à 65 voix pour contre 56, Roger Torrent, indépendantiste de l'ERC. Il devra par la suite choisir un chef de gouvernement. Le choix semble déjà fait puisque l'ERC et Junts per Catalunya ont d'ores et déjà choisit, cela sera Puigdemont toujours exilé en Belgique.

Crédits photos : Reuters / Albert Gea

Quelques semaines après le vote du nouveau parlement catalan emporté par le bloc indépendantiste, les parlementaires ont choisi Roger Torrent, devenu ce mercredi le quinzième président du Parlement de Catalogne. L’homme politique âgé de 38 ans, est un député de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC). Il a été élu avec 65 voix contre 56, devant le candidat de Ciudadanos, José María Espejo, du Parti Populaire et du Parti des Socialistes de Catalogne.

Trois députés en prison, cinq en exil : des élections sous tension

Ernest Maragall, le doyen du parlement qui présidait la séance, a autorisé les votes de Junqueras, Jordi Sanchez et Joaquim Forn, actuellement détenus par l’Etat central. Leurs sièges vides étaient couverts de rubans jaunes en signe de solidarité. Un choix qui n’a pas manqué de susciter la colère de Cuidadanos et du Parti populaire. Les députés en exil se sont abstenus, pour éviter toute contestation constitutionnelle du résultat.

Ernest Maragall a ouvert la séance en reprenant les vers de son grand-père, interdits sous la dictature franquiste : "Oh drapeau catalan ! notre cœur t’est bien fidèle : tu voleras comme un oiseau brillant par-dessus nos aspirations, pour te voir souverain nous lèverons les yeux au ciel”, avant d’exprimer son soutien au "gouvernement légitime de catalogne", celui de Puidgemont et de ses ministres en liberté provisoire.

Un candidat pour la présidence de la Generalitat élu par Skype ?

Torrent devra proposer d’ici le 31, un candidat à l’investiture pour la présidence de la Generalitat. Or, les groupes parlementaires de JuntsxCat et ERC ont conclu mardi un accord pour proposer le candidat sortant de JuntsxCat, Carles Puigdemont. Ils tenaient toutefois à une précision importante : cet accord qui vise à faire élire Puidgemont se faire bien sur des le cadre de la "restauration des institutions". Comprendre : le cadre légal, légitime, constitutionnel. Vraiment ?

Pourtant, celui ci est toujours en exil à Bruxelles. Selon Torrent la réglementation permettrait l’investiture à distance de Puigdemont. Mais les avocats du Parlement ne sont pas de cet avis et ont rejeté lundi la possibilité que Carles Puigdemont puisse être investi par Skype de l’étranger. En effet, un rapport des services juridiques de la Chambre Catalane dispose que selon la législation en vigueur, l’investiture du président doit être réalisée en personne.
Toutefois, le bureau du parlement a la capacité de trancher entre ces deux options. Or, lors de cette première séance du parlement, les indépendantistes ont également remporté la majorité dans ce bureau, 4 membres sur 7 sont indépendantistes.

La mobilisation du peuple catalan : un lointain souvenir ?

Lors de son discours d’investiture, Torrent a promis de « rechercher le dialogue et le consensus » avec Madrid. Il n’a pas une seule fois fait référence à "l’indépendance". Les mobilisations, les manifestations et le résultat du référendum du 1er octobre sont également absents. Il s’agit bien là d’une nouvelle reculade qui montre à quel point les partis au pouvoir sont incapables d’être à la hauteur des aspirations portées par le mouvement populaire : le "dialogue" avec Madrid, et Rajoy l’a déjà suffisamment démontré, est loin de permettre au peuple catalan d’accéder à l’indépendance. Même la Cup, le parti indépendantiste de la gauche radicale, peine à se délimiter de cette ligne conciliatrice dans la mesure où elle a choisi de faire front avec le bloc indépendantiste.

Rajoy toujours inflexible

En effet, sur le terrain des institutions, Torrent et le nouveau parlement sont face à une impasse : si Puigdemont est élu président de la Géneralitat et prolonge ses fonctions, sa présence sur le territoire catalan risque d’être obligatoire. Or il est impensable pour Rajoy de céder en revenant sur son mandat d’arrêt européen. Rappelons le Puidgmont est accusé de détournement de fond, de sédition et de rébellion, des faits passibles de trente ans d’emprisonnement. S’il met les pieds sur le territoire de l’Etat espagnol, il risque l’incarcération. De l’autre côté, si l’investiture se fait par Skype, l’Etat central menace à nouveau de ne pas reconnaitre le nouveau président, prolongeant de fait la mise sous tutelle de la Catalogne par Madrid, en application de l’article 155.

Cette élection annonce l’ouverture d’un nouveau combat entre la Catalogne et l’Etat central et illustre très clairement l’impasse du champ légal et institutionnel comme terrain de bataille. Tant que le peuple catalan ne sera en mesure de s’organiser lui-même pour défendre ses propres intérêts, en toute autonomie à l’égard des partis bourgeois, l’indépendance ne restera qu’un vain combat entre députés exilés, législations floues et censure de Madrid, extérieur aux aspirations des travailleurs et de la jeunesse pourtant prête à s’affronter dans la rue à la répression de Madrid.




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