Société

Suite à la manifestation, dans le métro parisien…

« Des gaz lacrymogènes lancés par les CRS, à l’intérieur même du métro ». Témoignage d’une étudiante suite à la répression policière

Publié le 15 septembre 2016

Photo : Nnoman / Collectif OEIL

Jeudi 15 Septembre, on y est enfin reprise de la mobilisation après trois mois d’interruption ! Depuis le temps que j’attendais ce moment pour réclamer haut et fort le retrait de celle loi dégueulasse qui nous a été imposée de force ! Bien plus que ça, cette manif était l’occasion pour moi d’exprimer toute la rage que j’ai à l’encontre de ce système qui nous exploite, nous opprime, et qui détruit certain.e.s d’entre nous ! C’est alors avec détermination et rage que je m’y suis rendue.

Le rendez-vous pour y aller était fixé à ma fac, pour un départ commun. Une fois toutes et tous réuni.e.s, direction Quai de la Rapée pour constituer le cortège interfac et arriver toutes et tous ensemble à la manif. Une fois arrivé.e.s sur le pont d’Austerlitz, on a eu le droit à un joli comité d’accueil : une dizaine de CRS qui nous mettent sur le côté afin de nous fouiller. Après quelques échanges, ils nous laissent partir sans fouille. Après avoir rejoint les camarades des autres facs, nous nous retrouvons à nouveau confronté.e.s à une ligne de CRS, qui procède à la fouille de chacun.e.

A peine quelques mètres plus loin, on se retrouve une énième fois confronté à l’imposition d’une fouille, mais cette fois on nous impose également la palpation ! Bien évidemment la colère se fait ressentir, des personnes revendiquent leurs droits de manifester, d’autres chantonnent quelques slogans : « la palpation c’est dégueulasse, l’humiliation c’est dégueulasse... ». Après discussions collectives et négociations avec les CRS, nous procédons à une fouille, sans palpation, et pouvons enfin accéder à la manif ! Le dispositif policier était impressionnant, reflétant le tournant autoritaire et réactionnaire que notre Etat prend.

Au niveau du cortège étudiant la manif s’est plutôt bien déroulée, ambiance combattive et peu de répression. Cependant l’ambiance du cortège de tête était toute autre. La répression policière était très forte. Les CRS ont blessés des manifestants, l’un s’est notamment écroulé devant moi, le visage plein de sang et a été pris en charge par les médecins sur place, mais également des habitants du quartier, dont l’un qui était sur son balcon et qui a reçu un fumigène.

Le niveau de répression était très fort, le climat stressant. J’ai donc finis la fin de la manif avec le cortège étudiant. Une fois la manif terminée, je prends le chemin du métro pour rentrer chez moi.

Une fois sur le quai, deux petites explosions retentissent. S’ensuit un mouvement de panique. Des personnes crient, courent et prennent la direction de la sortie. En réalité ces deux explosions correspondent à des gaz lacrymogènes lancé par les CRS, à l’intérieur même du métro ! J’aperçois une dame qui tombe par terre, je la rejoins. Celle-ci est tombée dans les pommes et est inconsciente, n’ayant pas supporté les effets nocifs des gaz lacrymogènes. A ce moment-là je me retrouve face à une scène qui me paraît tellement irréaliste : des personnes courent, d’autres se tenant les yeux pour atténuer les effets du gaz titubent, un bon nombre d’entre eux/elles paniquent, demandent ce qu’il se passe, crient, veulent savoir où est la sortie... Une maman avec sa fille de quelques mois panique, pleure et craint pour son bébé.

Certain.e.s sont énervé.e.s révolté.e.s, une femme déclare notamment que ce que « fait la police est inacceptable ». Un jeune homme me dit que cette situation « n’est pas étonnante » et que « les policiers agissent toujours comme ça de toute façon ». Ces instants où la violence policière et son caractère inacceptable sont dénoncés me procurent sur le coup satisfaction. Je me dis que cette expérience fera peut-être prendre conscience à certaines personnes que la violence provient et est engendrée par l’Etat, via ses appareils, que ce soit la police, mais également l’armée, la justice... Après une quinzaine de minutes passées dans la bouche de métro, on nous indiqua enfin une sortie accessible, où j’ai croisé un CRS. Je lui ai demandé pourquoi ils avaient fait ça, mettant en avant le fait qu’une personne s’était évanouie, qu’il y avaient des parents avec leurs enfants en bas âge et que c’était hyper dangereux de faire ça dans un endroit clos comme le métro. Il me répondit d’un ton très méprisant et autoritaire que ce n’était pas lui qui avait fait ça, que je n’avais pas à lui adresser la parole etc.. Il m’ordonna de sortir, ce que je ne fis pas de suite. Il m’ordonna alors de « dégager de suite », avant que ce soit lui qui me « foute dehors ». J’ai alors pris le chemin de la sortie, mais apparemment pas assez rapidement pour lui puisque lui et l’un de ses collègues me poussèrent brutalement et m’escortèrent jusqu’à la sortie. Une fois sortie, je ne pus m’empêcher de m’effondrer en larmes. M’effondrer en larmes car totalement déstabilisée par la situation sociale et politique que nous vivons actuellement, avec à la fois l’offensive de la bourgeoisie et de l’Etat sur le monde du travail, qui précarisent de plus en plus les travailleuses et travailleurs (de nombreuses suppressions de postes, de rtt....), mais également l’offensive réactionnaire, sécuritaire, raciste du gouvernement, qui s’est illustré à travers la déferlante islamophobe de cet été, autour de l’histoire du burkini, mais également à travers le meurtre d’Adama Traoré. C’est à lui que j’ai pensé à ce moment-là, et à tous les autres qui sont morts entre les mains de la police. A toutes les victimes de cette violence étatique. A Zyed et Bouna, à Amine Bentousi, à Abdoulaye Camara, à Hocine Bouras... Et il y en a malheureusement que j’oublie...

Face à toutes ces attaques brutales que l’on subit, il est, je pense, normal que certain.e.s d’entre nous soient destabilisé.e.s. Mais face à cela, le fait d’être organisé politiquement, d’avoir des perspectives permettant de lutter contre ce système, d’apporter, sur le long terme, des réponses et des alternatives politiques à l’encontre de ce système, est, selon moi, très précieux. Pour ma part c’est ce qui me permet au quotidien de tenir le coup face aux violences qu’il engendre. Et même si des situations comme celles que nous avons pour beaucoup vécu aujourd’hui, entre violences et répression, ne sont pas toujours faciles à gérer d’un point de vue subjectif, celles-ci ne peuvent que renforcer nos convictions quant à la nécessité de détruire ce système oppressant, qui n’a que des reculs sociaux à nous offrir. Alors même que le gouvernement au service du patronat, tente de remettre en cause nos acquis sociaux, comment peut-on espérer que ce système pourrait être le théâtre d’avancées sociales ? Il faut donc s’attendre et se préparer à de futures attaques. D’autant plus que dans un contexte où leur système est en crise, gouvernement et patronat se radicalisent de ce fait, ces attaques risquent d’être violentes. Il est alors nécessaire de s’y préparer politiquement, et cela passe entre autre par l’organisation collective de l’ensemble des exploité.e.s et des opprimé.e.s.