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Des gilets jaunes aux blouses blanches : les infirmières en grève ce mardi

Une vingtaine de rassemblements prévus dans toute la France, Outre-Mer compris : les infirmières sont en grève ce mardi pour une augmentation de leur salaire, et une amélioration de leurs conditions de travail, alors que le très récent Plan Santé les méprise complètement.

Crédits photo : Maxppp - THIERRY BORDAS

Un ras-le-bol généralisé s’étend dans le monde de la santé, chez les infirmières notamment, car ce sont elles les grandes oubliées du récent Plan Santé et les premières victimes des plans d’austérité successifs. Une situation qui les a poussées à se mettre en grève ce mardi. Ce sont ces conditions de travail intenables qui ont poussé cinq infirmières au suicide cet été, et qui sont révélés par de plus en plus de témoignages dénonçant un manque de moyens structurels, une pression hiérarchique, et des salaires de misère.

Le Plan Santé porté par Buzyn et Macron a été la goutte d’eau d’une situation déjà intenable. Ils – mais majoritairement elles – sont 660 000 à exercer le métier d’infirmière, public, privé, libéral confondus. A côté des coupes sur le budget dédié à la santé, et des tarifications à l’activité (T2A) invisibilisant tout le travail fourni ne rentrant pas dans les grilles, le gouvernement a pondu son Plan Santé, qui méprise tout autant ce métier en ne le mentionnant pratiquement pas. La nouvelle trouvaille du gouvernement avait été de la création de 4000 postes « d’assistants médicaux » pour aider les médecins dans le travail, soit un investissement de 200 millions d’euros. Et pas un mot sur les EHPAD, ni sur la valorisation du métier d’infirmier qui existe déjà bel et bien. Les grévistes dénoncent ainsi ce système de santé centré sur les médecins, qui occulte complètement tout le travail, ultra-précaire, effectué par les infirmières quotidiennement.

De soignants à « maltraitants »

Déjà en 2016, les infirmières avaient secoué le paysage politique avec une grève d’ampleur. Aujourd’hui les conditions sont toujours les mêmes : l’impossibilité de pratiquer correctement leur métier, souvent commencé avec passion, car les patients s’accumulent – il faut parfois en prendre en charge plus de 30 dans une journée ! –, qu’il n’y a pas assez de postes, et que leur hiérarchie pratique un véritablement harcèlement pour la « rentabilité ».

Dans un article paru dans Le Monde en 2016, elles étaient plusieurs à témoigner des conditions de travail impossibles qu’elles devaient subir. « Des journées sans boire, sans manger, sans aller aux toilettes, ça arrive tout le temps, témoignait Catherine. Réussir à finir ses tâches devient une course contre la montre ». « On se retrouve à faire un travail à la chaîne, à ne plus pouvoir passer autant de temps à rassurer un patient stressé ou angoissé avant une opération, on doit souvent se contenter de lui poser les questions de la check-list de sécurité. J’ai parfois l’impression de traiter ces patients comme des pièces de boucherie et non plus comme des êtres humains. »

Ce qui ressort majoritairement, c’est l’épuisement et l’asphyxie face à toutes ces pressions, pour un salaire plus qu’insuffisant, et « l’inhumanité » qui transparaît désormais de leur profession.

Si les infirmières sont confrontées quotidiennement au sexisme et au harcèlement de leur direction, c’est aussi un sexisme plus structurel auquel elles s’affrontent : celui qui fait que ce sont les femmes qui occupent les métiers les plus précaires. Alors que les postes de médecins ou spécialistes sont majoritairement occupés par des hommes, les femmes composent près de 90 % du métier d’infirmier. Le salaire moyen dans les établissements publics et privés tourne autour des 1700€ net – et autour des 1400 quand on commence le métier – pour un travail pour le moins vital en plus d’être extrêmement dur, autant physiquement que psychologiquement. De l’autre côté, ce sont aussi les femmes qui sont prioritairement touchées par le manque de moyens dans la santé, qui entraînent des fermeture de services tels que les maternités et centres IVG. Ce sont bien elles les grandes oubliées et méprisées du Plan Santé.

Une colère généralisée

Une vingtaine de rassemblement ont lieu dans toute la France, et devant le ministère de la Santé à Paris. Seize organisations ont appelé à la grève, pour l’augmentation des salaires et une augmentation des moyens, humains et financiers, dans la santé. Mais cette grève est aussi une grève de la dignité, pour que soit reconnues la difficulté et l’importance de ce métier, face à la souffrance au travail.

Alors que le mouvement des gilets jaunes continuent, certains représentants ont déclaré que cette grève des blouses blanches n’avait rien à voir, bien que certaines préoccupations soient partagées. Il s’agit pourtant des mêmes bases à la colère : celle de gouvernements successifs et aujourd’hui d’un président des riches qui ont maintenu dans la précarité des millions de travailleurs et ont choisi de multiplier les révérences au patronat et aux plus riches, au détriment des services publics.

C’est ainsi qu’on pouvait voir arborer, dans plusieurs rassemblements le fameux gilet, et que des manifestations communes ont pu avoir lieu à certains endroits. Et si la plupart des portes-paroles des syndicats infirmiers ont été frileux à parler de convergence, c’est pourtant bien cette aspiration qui se fait entendre sur tout le territoire, alors que les confédérations n’appellent pour l’instant à aucune grève. C’est pourtant par le biais de la grève, et de l’entrée en scène de tout le mouvement ouvrier qu’une perspective véritable, de classe, pourrait faire sérieusement reculer le gouvernement, et autres réactionnaires tentant de faire leur beurre sur cette colère légitime.




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