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Des groupes néonazis organisent des patrouilles anti-migrants en Bavière

Depuis le 1er janvier, des militants néo-nazis du Parti National Démocrate (PND), proche du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), se targuent d'organiser des patrouilles anti-migrants à Amberg en Bavière. Alors qu'outre-Rhin, ces organisations prennent régulièrement prétexte de faits-divers impliquant des réfugiés afin de débiter leur rhétorique raciste et xénophobe, à l'image des manifestations de Chemnitz en août dernier, ces opérations – qui se déroulent sous l'œil bienveillant des médias dominants – témoignent de la poussée de l'extrême-droite un peu partout en Europe et notamment en Allemagne, où l'AfD a recueilli 12% des suffrages lors des dernières élections législatives en octobre 2018.

Ces patrouilles n’ont été pour le moment constituées que d’une poignée de militant du PND venus de Nuremberg à soixante-dix kilomètres de Amberg, et ne consistaient surtout qu’en un coup médiatique avec la publication de photos sur Facebook. Les quelques militants néo-nazis ont donc patrouillés dans la ville tous habillés de vestes rouges portant le logo de leur organisation, en passant notamment devant un foyer de demandeurs d’asile ainsi que sur les lieux où une dizaine de passants ont été agressés le soir du 29 décembre. Ce fait divers attribuée par la police à quatre jeunes réfugiés en état d’ébriété originaires d’Afghanistan et d’Iran, sert donc de prétexte pour médiatiser une extrême-droite qui profite de plusieurs sièges au Parlement depuis le dernier scrutin électoral.

Les réaction des médias au service des classes dominantes, de même que celle du maire de Amberg sont sans surprise, au vu de l’habituelle instrumentalisation de ces faits-divers comme cela avait déjà été le cas à Chemnitz, et plus loin encore le 31 décembre 2015 à Cologne où des agressions sexuelles avaient été attribuées sans fondements à des hommes maghrébins. Elles supposent toutes un rapport de cause à effet entre « l’insécurité qui règne dans une partie de la population » et la poussée de l’extrême-droite néo-nazie, et ne font aucun lien avec les politiques de criminalisation des migrants mise en place par l’Etat allemand ainsi que la banalisation des discours racistes et xénophobes dans les médias et sur la scène politique. Et cela afin d’attribuer la responsabilité du chômage et de la misère aux immigrés tout en se dédouanant des guerres et des pillages impérialistes qui forcent des populations entières à traverser la mer et les barbelés, et qui garantissent aux entreprises de la première économie européenne de pouvoir exporter voitures, moteurs, et autres biens à haute valeur ajoutée partout dans le monde.

A ce titre, il faut rappeler le rôle qu’a joué l’immigration, notamment turque, pour permettre à l’Allemagne de s’imposer dans le paysage industriel à partir des années 1950. A l’époque, la seconde Guerre Mondiale avait absorbé une grande masse de travailleurs, la demande ne cessait d’augmenter pour reconstruire ce que la barbarie impérialiste avait détruit, et les cadences ne cessaient de croître à tel point que les ouvriers allemands ne suffisaient plus à un patronat devenu friand de main d’œuvre immigrée. Dans ce contexte, les travailleurs immigrés avaient un statut de Gastarbeiter (« travailleurs invités ») qui les privaient de fait de nombreux droits, jusque dans les organisations syndicales où leurs revendications n’ont été prises en compte qu’après les années 1970. Aujourd’hui, si en 2015 certains ont pu croire pendant un temps que le capital allemand sauverait les migrants, Angela Merkel faisant mine d’ouvrir les bras pour accueillir de nombreux réfugiés afin de contenir la baisse de natalité et le vieillissement de la population allemande, la crise impérialiste est subitement réapparue comme une évidence, entraînant l’émigration de millions de personnes, ainsi qu’une concurrence acharnée entre les entreprises et entre les êtres humains qui les font fonctionner. Il est donc évident que loin de « protéger les citoyens » comme le prétendent ces proto-milices fascistes, ces patrouilles n’ont vocation qu’à protéger le pouvoir en place en détournant les couches populaires de leurs véritables problèmes aujourd’hui, puis en les réprimant comme cela a été le cas partout où l’extrême-droite a pu gouverner.

Tandis que le mandat d’Angela Merkel touche à sa fin et que son gouvernement apparaît affaibli, les classes dominantes n’ont d’autre choix aujourd’hui que de pointer les migrants du doigt afin de masquer leurs propres responsabilités dans l’appauvrissement de la majorité de la population allemande. Celle-ci a subi les effets du processus de précarisation enclenché de longue date, mais non moins effectif, avec les jobs à un euro de l’heure et autres gadgets au service d’un patronat avide de profit et mis à mal par le repli nationaliste d’un de ses plus gros client et partenaire : l’Amérique de Trump. Cependant il n’est pas évident que les couches populaires en rejettent la cause sur les migrants comme le voudrait la bourgeoisie.

Ainsi le phénomène néo-nazi, malgré les démonstrations fascisantes largement relayées par les médias, est loin d’être hégémonique en Allemagne. Au point qu’il n’est pas exclu que, contre toute attente, et notamment contre les bureaucraties syndicales et politiques chargées de négocier le poids des chaînes, les travailleurs allemand choisissent finalement, à l’instar du mouvement des Gilets Jaunes français, non pas de prendre les migrants pour cible comme le voudraient la bourgeoisie allemande, mais de s’attaquer à cette dernière, assez faible pour en être réduite à agiter le même épouvantail depuis des lustres.

Crédit photo : Page Facebook NPD Nürnberg




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