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Société

Campagne en eaux troubles

Des menaces de mort et des balles envoyées à des journalistes et des magistrats

Lundi certains journalistes et juges d'instruction ont reçu des courriers avec des menaces de mort accompagnées d'une balle de 22 Long Rifle

La campagne électorale bat son plein et nous arrivons dans la dernière ligne droite avant le dimanche du premier tour. Cependant depuis quelques mois déjà, plusieurs scandales sont venus perturber les présidentielles. Les affaires de Fillon - ou #FillonGate - dévoilées par les journalistes de Médiapart ont également participé à mettre en avant la corruption de plusieurs candidats qui se voient aujourd’hui dans l’obligation de se justifier. Fillon n’est pas le seul à être empêtré dans des histoires de détournements d’argent public. Marine Le Pen, qui porte pourtant en horreur l’Europe, en fait de même avec les caisses de la commission européenne.

Le voile cachant les mensonges de ces candidats a déjà commencé à être levé et on ne s’étonnera pas de voir apparaître une nouvelle affaire liée à Penelope Fillon, la femme du candidat des Républicains, qui aurait été rémunérée par l’Assemblée nationale dès 1982 (contrairement à ce que déclarait ce dernier).

Cependant, dernièrement, François Fillon a changé de ton à propos de la révélation de l’affaire sur l’emploi présumé fictif de son épouse. « Cette opération a été montée, je le prouverai. J’ai les dates, les jours, les personnes qui ont communiqué ces documents.[…] Ceux qui sont à l’origine de cette affaire ne dormiront pas bien à l’avenir » a-t-il déclaré jeudi sur France Inter.

Mais la succession de scandales et les différents déboires des politiciens corrompus avec la justice a pris une autre tournure ce lundi. Certains journalistes de Médiapart et du Canard enchaîné et des juges du pôle financier ont reçu des menaces de mort par le biais de plusieurs lettres envoyées de Marseille et datant du 30 mars, accompagnées chacune d’une balle de fusil 22 Long Rifle. Une enquête a été ouverte par la Brigade de Répression de la Délinquance contre la Personne (BRDP). Le contexte électoral devient tendu au point que certains puissent penser légitime de menacer de mort.

Edwy Plenel, le directeur de Mediapart, fait partie de ceux qui ont reçu cette lettre. Il a déposé plainte « pour le principe » en estimant que les menaces étaient sérieuses, et son quotidien a divulgué le contenu de cette missive : « la Vigilance et la Protection ne durent pas Ad Vitam… Ce jour-là, nous serons là pour vous ou l’un de vos proches. » Ces menaces visaient également quatre magistrats financiers en charge de l’affaire Fillon, alors que le candidat des Républicains et la candidate du FN sont sous le coup d’enquêtes du pôle financier du tribunal de Paris. Le courrier portait en en-tête le nom du collectif à l’œuvre, le «  collectif d’épuration 2J » ainsi qu’un cercueil dessiné aux initiales ED, en direction d’Edwy Plenel.

A raison gardée, les journalistes de Médiapart expliquent « Il est bien sûr beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions sur le ou les auteurs de cette lettre de menaces, déséquilibré(s), plaisantin(s) et/ou militant(s) encarté(s) dans un parti. Mais, au-delà des traditionnelles animosités entretenues à l’encontre de tel ou tel média, le fait de cibler des journalistes et des magistrats illustre un air du temps de la campagne présidentielle. »

En effet, au cours de ces présidentielles toboggan, plus rien ne saurait nous étonner. Jamais on n’aura vu autant de candidats se débattre pour maintenir la tête hors de l’eau, perdant toute crédibilité. Ces lettres de menace sont dans cette droite lignée : à l’heure actuelle, les candidats « présidentiables » jouent tous plus ou moins le même thème, sur différentes variations, et il s’agit seulement de savoir qui se traînera le moins gros boulet à l’issu de cette campagne. Autant de raisons qui nous convainquent dans l’idée qu’il est plus que nécessaire nous représenter nous-mêmes !




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