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Culture et Sport

Des mots qui résonnent encore 30 ans après la mort : Daniel Balavoine

Maryline Dujardin Daniel Balavoine est décédé il y a maintenant 30 ans dans des circonstances tragiques. Le 14 janvier 1986 la population était sous le choc, qu'un homme avec autant de talent décède si jeune. Balavoine était à l'époque à l'apogée de sa carrière avec pas moins de 1 240 000 albums vendus l'année de sa mort. Retour sur les chansons et les revendications d'un jeune musicien révolté.

Daniel Balavoine est né en 1952, son père était ingénieur en urbanisme et sa mère antiquaire. Il est le benjamin d’une fratrie de 6 frères et sœurs. Il sera placé en foyer très tôt en 1959 ce qui le dégoûtera de la religion et provoquera chez lui un profond rejet de la discipline. En mai 68, il s’implique dans la révolte étudiante mais la fin du mouvement le déçoit.

Son premier grand succès musical aura lieu en 1978 avec sa chanson Le Chanteur. Il se fait remarquer par une voix à grande étendue et une très haute tessiture. Sa musique est plutôt pop mais évoluera vers de l’électro dont il sera l’un des précurseurs en France.

L’un des sujets d’écriture qui touche le plus Balavoine et ce dès le début de sa carrière artistique ce sont les jeunes, qui n’ont pas ou peu de solution d’avenir et qui sont des laissés pour compte, tout comme aujourd’hui, de la politique. Avec la chanson « Les oiseaux » en 1978 il chante cette situation et tente de donner de l’espoir :

Pleure pas, crie pas
N’oublie pas que tu as vingt ans 

Ne te laisse pas vieillir 

Ou tu vas mourir 

Notre vie n’est pas foutue 

Faut pas qu’on s’habitue 


Réveille-toi 

Debout ; Tiens-toi droit ! 

On va leur montrer
 Qu’on peut tout changer 


Je sais bien que les oiseaux perdus

Ne reviendront jamais 

Mais arrête de dire dans ton lit 

Que tu vas faire tout sauter 

Tout sauter 

Allons viens et calme-toi

Parle-nous, ouvre-toi 

Réveille-toi ! 

Debout ! 
T
iens-toi droit ! 
On va leur montrer 

Qu’on peut tout changer 
On va leur montrer qu’on peut tout changer !

Puis, bien plus tard, en 1985, avec la chanson « Petite Angèle » il fera allusion à l’adolescence incomprise :

Faut vraiment que je dise à Angèle

Qu’ici c’est la révolution

Que tous les mômes foutent en l’air les poubelles

De la région


Qu’elle prenne sa bécane qu’elle sorte de chez elle

Qu’elle laisse tomber son feuilleton

Pour me donner sur ces jeux rebelles

Une explication


Oh

Mais Angèle

Oh


Angèle me dit qu’il faut que je comprenne

Qu’ils ont forcément leurs raisons

Ils veulent savoir vers quoi on les entraîne

Et qui ils sont

C’est normal que ça leur pose un problème

Vu que personne ne leur répond

Angèle me dit qu’il faut que je comprenne

Leur réaction



Cette thématique de la jeunesse incomprise et délaissée, Balavoine l’exprimera dans un face à face devenu célèbre avec François Mitterand le 19 mars 1980 :

Beaucoup d’autres grands sujets mobilisent Balavoine, comme la lutte contre le racisme car en 1985, le Front National monte en puissance dans l’horizon politique français. Et c’est en 1986 après les législatives qui ouvriront les portes de l’Assemblée Nationale à l’extrême droite que Balavoine composera la chanson « L’Aziza », chanson qu’il écrit également en hommage à son épouse Corinne d’origine juive :

...Ta couleur et tes mots, tout me va

Que tu vives ici ou là-bas

Danse avec moi

Si tu crois que ta vie est là

Ce n’est pas un problème pour moi

L’Aziza

Je te veux si tu veux de moi...


Une autre vidéo qui est devenue célèbre est celle de Balavoine répondant sur un plateau télé aux propos racistes d’un téléspectateur :

«  Il faut savoir que les maghrébins et autres sont rentrés en France pour l’exploitation financière, ça veut dire qu’à l’époque où c’était l’euphorie économique dans les pays européens y compris en France, ça arrangeait bien les exploiteurs de main d’œuvre de faire rentrer de la main d’œuvre moins chère. Et le chômage qui a lieu aujourd’hui et tous les problèmes qui ont lieu aujourd’hui, ne sont pas dus à la présence des maghrébins ou des noirs ou des jaunes ou de tout ce que vous voulez en France, mais à des enfoirés qui portent souvent le nom c’est vrai de patronat…  »

Balavoine s’inscrit également dans des causes internationales que ce soit avec la chanson hommage au pianiste Miguel Estrella en 1983 où il parle de la torture que l’homme est en train de subir en Uruguay sous le régime de la dictature militaire. Et dans le texte Frappe avec sa tête parlant du musicien en résistance devient Frappe avec ta tête à la fin de la chanson. Il écrira également Revolucion pour les mères de la place de mai en Argentine ayant manifesté des années contre la disparition de leurs proches :

Loin des yeux de l’Occident

Près des canons qui résonnent

Les femmes aux regards bouleversants

Défilent inlassablement...

D’autres chansons parlent de l’actualité internationale de l’époque que ce soit Sauver l’amour  qui évoque la misère dans le tiers monde, et notamment la famine qui, à l’époque, touchait surtout l’Éthiopie. La chanson Petit homme mort au combat  raconte elle la condition des enfants-soldats dans le conflit Iran/Irak.

C’est le 14 janvier 1986 lorsqu’il part pour l’opération Paris du Cœur qui consistait à installait des pompes à eau solaire dans des villages maliens, qu’il décède dans un accident d’hélicoptère.

Les musiques de Daniel Balavoine sont restées encore très écoutées. Il n’était certes pas un révolutionnaire, loin de là. Mais certaines de ses chansons s’inscrivaient dans l’actualité sans qu’il n’hésite à prendre position sur des sujets polémiques. Non sans contradictions, il a su dénoncer sur des émissions grand public le racisme, la corruption de la caste politicienne française ainsi que le mépris vis-à-vis de la jeunesse. A 30 ans de sa disparition, il est donc intéressant de rappeler certains de ses engagements mais aussi de faire un tour musical des chansons de cet artiste avec des capacités énormes.