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Politique

Edito

Deux ans après, où est Charlie ?

Ciro Tapeste Il y a deux ans, le 7 janvier, l’Hexagone était sous le choc. Mais avec les terrasses, le Stade de France, Nice et Saint-Etienne du Rouvray, les tueries contre la rédaction de Charlie Hebdo puis l’Hypercasher de Vincennes n’allaient être que les premières d’une série de boucheries et d’assassinats se voulant être autant de réponses asymétriques à la guerre que mène la France en Syrie et en Iraq. De « l’esprit Charlie », né en réaction à l’horreur le soir du 7 janvier mais institutionnalisé quasi-immédiatement, il ne reste plus grand-chose, si ce n’est le principe d’une union sacrée, avec son cortège d’état d’urgence et de propagande islamophobe qui a servi jusqu’à présent la consolidation des tendances les plus bonapartistes de la V° République, le renforcement du tournant autoritaire du gouvernement, la désignation d’un ennemi intérieur pour essayer de nous faire oublier tous les fronts ouverts par le patronat contre notre classe et la poursuite des offensives extérieures au nom de « notre sécurité et de la liberté ». C’est tout cela que l’on respire à plein nez dans le cadre de la pré-campagne présidentielle. C’est tout cela que la plupart des candidats veulent nous resservir après le printemps 2017. A moins que…

Charlie républicain ?

Au premier attentat des frères Kouachi contre la rédaction d’un journal satirique qui n’avait plus grand-chose de sa charge subversive originelle, a suivi la tuerie antisémite de l’Hypercasher de Vincennes. Face à l’émotion suscitée par ces deux actes ignobles, c’est tout le champ politique qui a battu campagne pour rabattre sur son terrain une opinion publique choquée. L’idée, pour Hollande, c’était d’insuffler un peu de vie à un cadavre ambulant, le « front républicain ». Pour les socialistes, la mayonnaise n’a pas pris pendant très longtemps. Dès les mois suivants, ils ont continué à plonger dans les urnes et dans les enquêtes d’opinion. Ce qui est resté, en revanche, l’idée d’un « nous », hexagonal et républicain, contre un « eux », lointain, barbare et à combattre, est par contre restée comme un humus sous-politique sur lequel n’ont cessé de croître, depuis, les pires discours réactionnaires. De l’idée qu’il était impératif que « nous nous défendions tous », corrélée à un état d’urgence permanent depuis novembre 2015, il est resté une consolidation inédite de l’ensemble des appareils répressifs d’État, sur le plan extérieur comme intérieur, prétexte et justification à tous les coups de force liberticides, anti-sociaux et impérialistes.

Charlie trahi ?

Certains diront que c’est « l’esprit Charlie » qui a été dévoyé. Indépendamment de l’émotion suscitée par les attentats, on pouvait néanmoins s’attendre à ce que le « je suis Charlie », proclamé haut et fort le 11 janvier par le carré de tête rassemblant Hollande, Sarkozy, Merkel et Netanhyaou, débouche sur une telle situation. Même si le gouvernement a été à la peine pour avancer l’idée d’un « front républicain » qui n’a pas tenu plus d’une semaine après les attentats de novembre et qui a volé en éclats en quelques heures après celui de Nice, cet été, c’est toujours au nom de cet « esprit » que les mauvais coups, ces derniers temps, ont été assénés, tout juste freinés le temps du mouvement du printemps contre la Loi Travail. Dès lors que la mobilisation a baissé en intensité, le gouvernement comme l’opposition sont repartis à la charge, sur le terrain de l’islamophobie et du burkini, pour diviser les classes populaires et en finir avec l’idée du « tous ensemble » qui avait pu re-germer quelques semaines plus tôt, dans la rue, dans les bureaux, dans les entreprises, les lycées et les facs.

Charlie a peur ?

Ce dont les politiciens font leur beurre, c’est de la peur et de la terreur à l’état permanent. Ce qui fait reculer leur rouleau-compresseur idéologique, ce sont les luttes et les relais donnés aux bagarres. Dans ce cadre, plus que jamais, face à toutes les tentations chauvines, de repli et du « Français d’abord », de gauche comme de droite, il nous faut opposer nos propres urgences, sur le plan économique, avec l’interdiction des licenciements et le partage du travail pour régler la question du chômage, sur le plan social, avec l’augmentation généralisé des salaires, la titularisation des précaires et des CDD, sur le plan politique avec l’abrogation de toutes leurs lois anti-ouvrières, liberticides et racistes.

Pour nous, ce sera Karl

Le 11 janvier, à Amiens, contre l’arbitraire patronal et la justice à son service, pour la relaxe des 8 de Goodyear, mais plus globalement, dans le cadre de la campagne électorale, avec la candidature de Philippe Poutou, ouvrier dans l’automobile, syndicaliste CGT et militant anticapitaliste, il y aura l’occasion de faire entendre notre camp. C’est la seule façon de préparer nos forces pour les combats à venir.

Pour cela, il faudra que Philippe puisse se présenter. Ce n’est pas seulement une question démocratique élémentaire - que piétine le système anti-démocratique de la V° République en requérant le parrainage de 500 élus, que les réactionnaires de tous poils peuvent rassembler sans problème, alors que l’extrême gauche se retrouve marginalisée. La nécessité de cette candidature, c’est aussi une question politique importante pour celles et ceux qui, du tous ensemble à la lutte contre ce monde d’injustices qui marche sur la tête, ne veulent pas courber l’échine et le transformer de fond en comble. Karl Marx en parlait déjà il y a plus d’un siècle et demi. Son combat, pour nous, les communistes, reste d’actualité.




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