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Une restructuration pour toujours plus de profits

Deux filiales françaises en vente : ArcelorMittal continue à massacrer l’emploi

Publié le 17 juin 2016

Lakshmi Mittal continue à découdre le tissu industriel de l’acier européen : le groupe ArcelorMittal, premier groupe mondial, a annoncé qu’il allait céder deux de ses filiales françaises concernant 1370 employé-es. Une énième fragilisation d’un secteur que le géant indien de l’acier a déjà mis à terre au nom de ses profits personnels et de ses associés depuis qu’il a racheté Arcelor en 2006.

Arthur Nicola

ArcelorMittal, qui emploie actuellement 17 200 employés en France, répartis sur 40 sites industriels et 4 centres de recherche, se sépare de deux de ses filiales, concernant 1370 employés, soit près de 10% de son effectif. Premièrement, Solustil,qui transforme l’acier produit dans les hauts fourneaux par des plaques de tôles pour les voitures et emploie 670 personnes. Ensuite, Wire Solutions{}qui produit des fils et des clous et concerne 700 employés. Encore une fois, il s’agit de se désengager des usines les moins rentables, ou en perte de vitesse, sur le dos des salariés qui viendront nourrir le chômage massif.

Le site d’Herbault (Loir-et-Cher) de Solustil a déjà trouvé preneur, les autres seront partagés entre deux groupes italiens qui formeront des coentreprises avec ArcelorMittal. C’est encore une restructuration européenne qui s’effectue chez Mittal : le groupe Cellino reprendra 5 usines en France, plus des sites en Pologne (500 emplois) et en Italie (100 emplois). La nouvelle entité avec le groupe indien domicilié au Luxembourg serait détenue à 65% par le groupe italien.

Pour les entités restantes de Solustil, c’est le groupe CLN qui s’associerait à ArcelorMittal pour gérer les quatre sites restants ; chaque groupe apportant 50 millions d’euros.

Pour ce qui est de la filiale Wire Solutions, il s’agit selon Arcelor d’une « logique d’optimisation des actifs » : entendre changer de propriétaire pour améliorer les profits. Ce serait le fonds américain Oaktree qui prendrait en charge ces filiales de production.

Organiser la concurrence interne pour détruire l’emploi

De toute évidence, ces restructurations ne vont pas dans le sens de l’emploi : il s’agit avant tout de se séparer des unités qui ne sont « pas assez rentables », c’est-à-dire les unités où monsieur Lakshmi Mittal ne soutire pas assez de profits. L’entreprise comme les « experts » économiques soulignent que la surproduction chinoise a fait baisser les coûts de l’acier mondial… ArcelorMittal n’a d’ailleurs pas tous ses œufs dans le même panier et a des parts dans des entreprises chinoises qui produisent près de 20 millions de tonnes d’acier par an. Il s’agit donc avant tout de sacrifier les emplois jugés pas assez rentables : c’est la logique de Mittal depuis 10 ans.

Retour sur 10 ans de production de misère chez ArcelorMittal

En 2006, le groupe Mittal reprend le groupe européen Arcelor. Dès le début, le financier de l’acier commence à mettre en œuvre sa stratégie : il s’agit de racheter les usines en faillite pour en dégager le plus de marges possibles, en précarisant l’emploi, en volant les subventions, en ne payant pas d’impôts. Bilan : entre 2008 et 2013, ArcelorMittal a supprimé plus de 30 000 emplois et a arrêté 9 des 25 hauts fourneaux européens, et ce pour augmenter le profit et les dividendes pharamineux de Laskhmi Mittal, dont la fortune avoisine les 13,5 milliards de dollars, soit la 79ème fortune mondiale. La raison invoquée ? Selon le groupe,

l’Europe, c’est 20% des résultats d’exploitation mais 60% des coûts. Entendez : la main d’œuvre n’est pas assez exploitée : il faut baisser les salaires.

En 2009, en République tchèque, ce sont près de 600 travailleurs qui sont licenciés : ils suivent les 2000 autres qui étaient déjà partis à l’abattoir social. En novembre 2011, c’est la Belgique qui est attaquée, notamment sur trois sites de Wallonie : les sites d’Ougrée, de Seraing, et de Chertal (aciérie en coulée continue) sont fermés : ce sont 580 postes qui sont concernés et surtout 3000 à 5000 emplois indirects dans la région qui disparaissent. Pendant ce temps, comme l’avait souligné la FGTB, le syndicat belge, le numéro un de l’acier avait payé moins de mille euros d’impôts pour des bénéfices sur la casse sociale, notamment grâce à son implantation officielle au Luxembourg. Il vend en outre les 50 millions de crédits-carbone donnés par le gouvernement belge pour relancer l’activité : on prend vos emplois puis vos impôts !

Finalement, entre 2008 et 2013, ce sont les sites de Gandrange et Florange, dans l’est de la France, qui sont démantelés bout par bout. A Gandrange, en 2008, 575 emplois sont menacés ; il fallait 20 millions d’euros pour relancer l’usine, et le groupe faisait alors 8 milliards d’euros de bénéfices par an : une goutte d’eau que le groupe n’a pas donnée. En 2011, l’usine est fermée emportant avec elle 1200 emplois directs et indirects. En 2013, c’est Florange qui est fermé avec les conséquences pour l’emploi qu’on connaît. Cependant, Mittal gagne toujours de l’argent d’une usine qui s’arrête : en 2013, il revend pour 19 millions d’euros de crédits carbone attribués par l’Etat.