Politique

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Deux mois de plus. Vers un été d’urgence ?

Publié le 20 avril 2016

Le gouvernement « socialiste » ne démord pas de sa politique sécuritaire à en croire les nouvelles annoncées de Manuel Valls mercredi matin sur France Info. Celui-ci a effectivement annoncé que le gouvernement comptait prolonger de deux mois encore l’état d’urgence, notamment dans la perspective de l’organisation de l’Euro 2016 et du tour de France. Un état d’exception qui tend ainsi à se pérenniser.

Jean Roquelande

Voilà bientôt six mois que l’état d’urgence a été instauré par le gouvernement Hollande-Valls. Et voilà bientôt six mois que cet état qualifié « d’exceptionnel » par ses partisans, surtout au Parti socialiste, tend à devenir permanent. En annonçant l’intention du gouvernement de prolonger de deux mois l’état d’urgence, Manuel Valls confirme alors cette tendance.

« Nous proposerons de le prolonger pour une période de deux mois supplémentaires à partir de la fin du mois de mai au vu de la menace » a déclaré le premier ministre. Une menace qui, selon ce dernier, resterait élevée lors de l’Euro 2016 et du tour de France. Ce sera donc la troisième loi de prolongation de l’état d’urgence depuis son instauration, alors que cette mesure a été largement vendue par le gouvernement comme étant nécessaire pour « lutter » contre le terrorisme, mais bien temporaire.

Depuis son instauration, l’état d’urgence a surtout été employé pour tout sauf la soi-disant « lutte contre le terrorisme ». Il a été très utile au gouvernement pour réprimer les militants écologistes qui se sont vus assignés à résidence, ou pour interdire les manifestations ou rassemblements pendant la COP 21 au Bourget. Sous son couvert, les forces de police se sont vues pousser des ailes et se permettent de contrôler, violenter, matraquer et gazer plus fortement que jamais dans une impunité renforcée, surtout dans les quartiers populaires. Se croyant malin, le gouvernement a voulu profiter de cette ambiance de peur et de la chape de plomb qu’il faisait régner sur la société pour faire passer ses pires politiques encore : la déchéance de la nationalité, la constitutionnalisation de l’état d’urgence, la réforme du Code pénal, la protection accrue des policiers, et la loi travail. Sans compter que cette dernière serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase en provoquant une véritable mobilisation sociale d’ampleur...

Or le gouvernement essaie de nous faire croire que l’état d’urgence servira encore à « nous protéger contre le terrorisme ». Mais si on regarde les statistiques officielles, les forces répressives ont procédé à 3 242 perquisitions entre le 14 novembre 2015 et le 29 janvier 2016. Dans ce cadre, 4 perquisitions seulement ont abouti à l’ouverture d’une enquête liée au « terrorisme ». En définitive, cela démontre que l’État dispose déjà dans l’arsenal juridique ordinaire de tous les moyens nécessaires sans devoir avoir recours à l’état d’urgence et son régime d’exception.

L’Euro 2016 et le tour de France, un bel enfumage, donc, pour la poursuite de la politique répressive à l’égard des mouvements sociaux, des travailleurs, des jeunes et des quartiers populaires. Mais qui risque de ne pas faire l’unanimité tant souhaitée par l’exécutif.