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Notre classe

Nos vies pas leurs profits !

Deux ouvriers du bâtiment meurent sur des chantiers à la Défense.

Deux ouvriers ont perdu la vie sur leur lieu de travail, ce jeudi 5 avril, dans les Hauts de Seine. Le premier, âgé de 40 ans, a été écrasé par la flèche d'une grue, alors que le second, un intérimaire de 22 ans, a chuté du huitième étage alors qu'il remplaçait une vitre en pleine nuit. Deux décès qui interpellent sur les conditions de travail des ouvriers en France, alors que 514 personnes ont été tuées sur leur lieu de travail en 2016, selon L'Assurance maladie.

Crédits photo : Ludovic Marin

Les faits se sont déroulés ce jeudi, alors que les deux hommes se trouvaient sur leur lieu de travail. Le premier accident a eu lieu à Courbevoie, dans la matinée. Suite à une erreur de manipulation, la flèche d’une grue, d’un poids de six tonnes, s’est effondrée sur un ouvrier, tué sur le coup. Le second drame est survenu dans la soirée, aux alentours de 23h30. Un jeune homme de 22 ans, employé en intérim par la société Gagne, a fait une chute de près de 25 mètres. Il a perdu l’équilibre alors qu’il tentait de retirer une plaque de bois pour la remplacer par une vitre sur un immeuble du quartier d’affaires de La Défense.

Un accident qui met en lumière les conditions de travail déplorables de milliers d’ouvriers, qui plus est intérimaires. Que faisait un jeune de 22 ans, à remplacer une vitre en pleine nuit au huitième étage sans aucune protection ? Une situation impensable pour permettre de tenir les délais de rénovation et mettre au plus vite les bâtiments à disposition du capital. En effet, l’immeuble Window, voisin de la célèbre arche, est en travaux depuis deux ans et doit être livré dans l’année. Les 40 000m² de bureaux flambants neufs seront loués par le grand fond de pension canadien Oxford Properties qui détient 15 millions de m2 de bureau, hôtel... à RTE, filière d’EDF, gestionnaire du réseau de transport d’éléctricité, qui y installera son siège social. Les collaborateurs de RTE pourront bénéficier de jardins tropicaux, situés au milieu de l’édifice, d’une conciergerie (paniers bio, pressing, cordonnerie, baby-sitting…), d’un espace bien-être, fitness et coiffure, et d’une grande terrasse avec restaurant et magasin. C’est pour cela qu’un jeune homme de 22 ans est mort.

Que faisait il à changer cette fenêtre à 23h30 sans protection ? Un accident illustrant des conditions de travail déplorables, conditions de travail qui vont continuer de s’aggraver après le passage en force des ordonnances Macron à l’automne dernier. Avec de manière générale un poids toujours plus grand donné au patronat dans les négociations, qui se font désormais à l’échelle de l’entreprise et non plus de la branche d’activité, faire valoir ses – maigres- droits n’est pas chose aisée pour les travailleurs. A ce titre, la suppression des CHSCT apparaît comme une véritable aberration. Ces derniers, formés de délégations du personnel avaient pour mission d’assurer la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs.

Le secteur du BTP, frappé par ces deux accidents, subira qui plus est la généralisation des CDI de chantier, ces contrats amenés à prendre fin dès que le chantier pour lequel un travailleur a été employé s’achève. Une étape de plus dans la précarisation des ouvriers d’un secteur déjà particulièrement difficile.