Notre classe

Et avec la loi travail ?

Deux suicides en trois semaines à la médecine du travail de Reims.

Publié le 29 août 2016

Glaçant. Deux infirmières du SMIRR, le Service Médical Interprofessionnel de la Région de Reims, viennent de se suicider à trois semaines d’intervalle. Les suicides ont eu lieu au domicile des deux femmes, cependant des salariés de la médecine du travail de Reims dénoncent un malaise dans la structure. Pour ces deux femmes, de nombreux signes montrent que les conditions de travail pourraient être en cause dans leur suicide. Un drame qui met non seulement une fois de plus au centre des attentions les conditions de travail sans cesse dégradées, mais questionne aussi sur l’avenir de la médecine du travail, attaquée de front par la loi travail.

Damien Bernard

« Ça m’a troublé, ça m’a ému, j’étais en colère… », exprimait d’emblée l’une des salariées de la médecine du travail à Reims qui a accepté de témoigner au journal France Bleu. Sur les cinq infirmières santé travail que compte le SMIRR, deux se sont suicidées à moins de 3 semaines d’intervalle. « C’est deux suicides en très peu de temps, deux femmes qui avaient la tête sur les épaules, qui étaient compétentes, et surtout l’une pour qui il y avait peut-être des signes et on en a pas tenu compte », explique une salariée.

Souffrance au travail, harcèlement moral et sexuel


La première femme âgée de 51 ans s’est donné la mort le 23 juillet. Son mal être n’était pas un secret pour ses collègues. Cette infirmière avait dû s’arrêter de travailler à plusieurs reprises. Selon 3 salariés qui ont accepté de s’exprimer aux médias, l’ambiance au travail très pesante ne lui permettait pas de surmonter ses problèmes familiaux. La seconde âgée de 46 ans, mère de deux enfants, a été retrouvée morte le 13 août dernier.

Elle était revenue depuis peu de temps d’un arrêt de travail de plusieurs mois, après avoir dénoncé le harcèlement dont elle était victime. En avril dernier elle avait dénoncé son supérieur hiérarchique, un médecin du SMIRR, pour harcèlement moral et sexuel. Il avait été mis en arrêt de travail avant d’être déclaré inapte ce qui lui a valu de quitter son poste sans être licencié. L’infirmière avait repris le travail dans le même service dans une ambiance difficile pour elle, après cette dénonciation.

Le milieu hospitalier en état d’urgence absolue ? La loi travail va empirer tout cela !


Ces deux suicides dans le milieu de la médecine ne sont malheureusement pas une exception. Au Havre, une infirmière s’était aussi suicidée le 24 juin, après avoir laissé une lettre dans laquelle elle dénonçait ses conditions de travail déplorables. A Toulouse, le lundi 13 juin, sous la pression de sa hiérarchie, un infirmier se suicidait au CHU de Rangueil. L’austérité, mais aussi les cadences infernales, n’y sont sûrement pas étrangères. « Notre mission c’est de déceler les risques psychosociaux dans les entreprises, mais on ne le fait pas en interne », affirmait un médecin du site de Reims.

Pourtant, à l’instar des attaques du plan Hirsch contre les hospitaliers de l’APHP, les infirmièr-e-s, et médecins du travail ne sont pas non plus en reste en termes d’attaque avec la loi travail. Ainsi, alors que de nombreux salariés ne pourront plus bénéficier d’une visite médicale à l’embauche, de nombreuses suppressions sont prévues. Alors que seulement 5.000 médecins du travail ont en charge 17 millions de salariés et qu’ils ne seront plus que 2.500 à l’horizon 2020. Avec sa loi travail imposée au forceps, le gouvernement souhaite non seulement nous imposer le chômage de masse, mais aussi des conditions de travail de plus en plus dégradées. Conditions qui, notamment dans la médecine de travail, ne pourront qu’empirer, créant d’autant plus les circonstances pouvant mener à de nouveaux suicides.

« Nous avons choisi de parler, dit encore une collègue, parce que nous n’avons pas su empêcher ces passages à l’acte. Le problème n’a pas été pris en compte par la hiérarchie alors que notre mission c’est justement d’agir et d’assister les personnes dans de telles situation », affirmait un salarié du SMIRR. En effet, dénoncer les conditions de travail, qui sont la cause profonde de ces suicides, est nécessaire. Mais pour empêcher que cela se reproduise, c’est la lutte contre la souffrance au travail, contre l’augmentation des cadences mais aussi contre le chômage de masse, qui s’agit d’opposer, à commencer par l’abrogation de la loi travail, qui ne va qu’empirer nos conditions de travail.