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Société

L’entre-soi bourgeois en plein cœur de Paris

Dîner en blanc : Pas d’interdiction ni d’état d’urgence pour la non-mixité bourgeoise et blanche !

La semaine dernière, le festival Nyansapo qui proposait des ateliers en non mixité pour les femmes racisées, avait fait la Une des médias. Mais lorsque ce sont des secteurs des classes dominantes qui se pavanent entre eux, la mairie de Paris les accueille à bras ouvert.

Jeudi 8 juin s’est déroulé la 29e édition du « Dîner en blanc », un événement de l’élite parisienne qui consiste à venir, sur invitation et habillé de blanc, manger son pique-nique de luxe dans un endroit tenu secret jusqu’au dernier moment. Cette année, le rendez-vous a eu lieu sur la place de l’Hôtel de Ville à Paris.

Un pique-nique pour profiter de l’été entre amis, quoi de scandaleux ? Rien, si ce n’est que l’évènement révèle au grand jour le « deux poids deux mesures » dont font preuve les autorités. En effet, contrairement à la cabale médiatique à laquelle le festival afro féministe a dû faire face une semaine plus tôt, la mairie de Paris semble on ne peut plus généreuse avec les « dîners en blanc » organisés chaque année.

Et pourtant, ne s’agit-il pas là aussi de « non-mixité » ? Comme le note un observateur interrogé par Streetpress lors du dîner de 2013, un « dîner en blanc », c’est aussi un dîner où il n’y a « pas un noir, pas un arabe ». Dans cet article, on apprend aussi qu’« évidemment », d’après un participant interrogé, ici, on est tous pour la Manif pour tous. Une bien belle ambiance, au fois gras et champagne. Une ambiance bourgeoise, élitiste – on n’est invité que par cooptation – que les participants n’hésitent pas à revendiquer, comme l’avait fait en 2014 un « dîneur en blanc » dans les pages du Nouvel Obs : « Et si l’exclusion du plus grand nombre suscite des réactions négatives, il suffit de regarder l’état lamentable des pelouses du Louvre, l’incivilité nonchalante des badauds, et la saleté indicible qui y règne en permanence, pour comprendre que des règles strictes doivent encadrer un tel événement. Et cette organisation exige du travail, de la discipline et de la préparation. » Entendez, sales prolétaires désordonnés, qu’on ne puisse donc vous y accueillir. Et pour que tout soit bien à sa place, tandis que les hommes préparent les tables, les femmes sont à la cuisine.

Une « discipline » telle qu’elle permet apparemment de faire fi de toutes les règles de l’état d’urgence imposées à toute autre manifestation. En effet, pour les 8000 dîneurs en blanc de cette année, ni interdiction, ni nasse et ce, même si l’événement se passe en face de l’édifice officiel de la ville de Paris. Laurent, l’un des organisateurs, explique : « Nous ne demandons pas l’autorisation de la police. Et une fois que nous sommes installés, ils ne peuvent plus rien faire ». Les manifestants, les migrants, et tous ceux et celles qui n’ont pas la blancheur bourgeoise adéquate et qui ont dû ces derniers mois s’habituer à l’odeur des lacrymo seront ravis de savoir qu’il existe une méthode aussi simple !




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