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Politique

Mais qui nous protège de la police ?

Armes de guerre et hélicos. La panoplie des flics en ce jour de manif

On ne saurait que trop recommander aux ministres qui s’alarment de la « circulation des armes de guerre dans certains quartiers » d’aller faire un tour en manif. Non pas que les manifestants soient armés, loin de là. Mais les flics font étalage, ces jours-ci, de toute la panoplie que Bernard Cazeneuve et Manuel Valls ont su mettre à leur disposition. A croire qu’on est en guerre. A croire, également, qu’ils font tout pour terroriser ou provoquer et qu’ils ont peur...

Depuis le début du mouvement contre la Loi Travail, on a eu droit aux bonnes vieilles matraques et aux tonfas, bien entendu. Voire même au poing dans la gueule. Efficace, surtout quand le lycéen est ceinturé par deux collègues. Puis la police a sorti des canons à eau des garages, toujours rafraichissants. Mais cette fois-ci, à l’occasion du 9 avril, c’est tout l’arsenal qui est de sortie.

Aujourd’hui, on a en effet passé un cap supplémentaire. A Rennes, la préfecture avait exigé un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de la manif pour mieux la surveiller. Il s’agit d’une procédure tout à fait exceptionnel et proscrite dans certains pays européens compte tenu du risque encouru par les manifestants et même pour les centres habités lorsque les manifs se déroulent en ville.

Comme on n’arrête pas le progrès, le préfet a également choisi de revenir aux techniques du moyen-âge pour défendre le centre-historique de l’incursion de dangereux envahisseurs. C’est ainsi que tout le vieux-centre s’est réveillé, ce matin, hérissé de barrières anti-émeute. Il s’agit de murs grillagés pourvus de meurtrières à flashball histoire de dissuader même les plus déterminés des manifestants.

Mais rien ne remplace une arme en bonne et due forme pour calmer les ardeurs et terroriser les manifestants. Ainsi, au soir du 5 avril, à la suite de la rafle massive de près de 140 jeunes, lycéens et étudiants à Paris, les flics étaient armés de mitraillettes, Boulevard saint-Germain, alors que les manifestants réclamaient, de nuit, la libération des derniers camarades en garde-à-vue.

Ce matin, Place de la Nation, pendant le rassemblement lycéen, les CRS paradaient avec des fusils d’assaut Ruger AC-536, la version destinée à l’armée et à la police de la carabine Ruger Mini-14. Ce mousqueton à crosse en bois qui peut servir, à l’occasion, de matraque, permet surtout de tirer des rafales, jusqu’à 750 coups à la minute. C’est avec ce genre de pistolet à bouchon que les hommes du commissaire Broussard ont crevé comme une passoire la Mercedes de Jacques Mesrine (avec Mesrine à l’intérieur), Porte de Clignancourt, en 1979. Rien de mieux pour encadrer une manif de jeunes lycéens.

A tous nos ministres et députés inquiets des violences en zone urbaine, il faudrait suggérer une grande tâche nationale, une fois que la Loi Travail sera retirée : désarmer la police, dissoudre la BAC et les CRS.




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