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Les travailleurs du dépôt de bus se solidarisent avec les bloqueurs

[Direct] Versailles. Blocage du dépôt Phébus : quand le patron « séquestre ses salariés »

Publié le 3 juin 2016

Ce matin, vendredi 3 juin, dès 5 heures, une cinquantaine de manifestants de la CGT, Solidaires, Sud santé sociaux, FO, UNEF, installaient barricade, barrières et brasero devant la sortie du dépôt de bus « Phébus », filiale privée de la SNCF. C’est de là que partent les bus qui assurent les transports sur tout le périmètre de Versailles, Saint Cyr et les environs. Au grand dam du patron, les grilles fermées en toute hâte par quelques vigiles et contremaîtres n’ont pas réussi à empêcher les travailleurs de manifester une belle solidarité avec les bloqueurs. Quant aux flics, ils ont fait profil bas.

Claire Manor

Deuxième blocage, les transports, c’est le moment !

Les militants présents ce matin avaient déjà effectué, la semaine dernière, un premier blocage du dépôt de carburants de Coignières, à quelques kilomètres de là, avec la présence, entre autres, des cheminots CGT de Trappes et Versailles. Ce premier blocage, avec une cinquantaine de militants, avait tenu 4 heures avant que les flics n’arrivent pour une dispersion qui s’est passée sans heurts. En AG de bloqueurs, date avait été prise pour organiser un plan de nouvelles actions.

Ce vendredi 3 juin, le blocage du dépôt Phébus, prend tout son sens dans cette semaine où les cheminots sont en grève et notamment ceux de Trappes et de Versailles. En plus, Le vendredi est un jour de haute fréquentation des bus. La préparation très discrète du blocage, pour ménager l’effet de surprise, et l’objectif de tenir au moins jusqu’à 9 heures étaient de nature à désorganiser totalement la rotation des bus pour une bonne partie de la journée.

Quand le patron « séquestre ses salariés »

Le dépôt Phébus est situé face au château de Versailles au fond de la seule allée qui traverse l’ex-zone militaire dite « des matelot »s. En termes stratégiques le lieu est un peu du genre « souricière ». En cas de repli devant les flics, la seule issue praticable est le dépôt lui-même. Très rapidement, dès que les manifestants arrivent et que les barricades s’installent, la direction donne l’ordre de refermer les grilles jusque-là largement ouvertes. Quelques travailleurs viennent vers les grilles et commencent à discuter avec les bloqueurs et notamment les camarades cheminots. De part et d’autre, bloqueurs et travailleurs ont l’air d’hommes en cage.

Les grilles, même entrebaillées, deviennent un obstacle symbolique dressé par le patron entre l’extérieur et l’intérieur. Après discussion, il est décidé de ne pas tenter de forcer l’obstacle mais d’en appeler aux travailleurs de l’intérieur. A coup de mégaphone, un appel leur est lancé « travailleurs de Phébus, nous bloquons contre la Loi El khomri. Des grilles nous séparent, venez nous rejoindre. Solidarité ». Les mots d’ordre se succèdent. Les petits chefs, peu nombreux, n’en mènent pas large même si la situation ne présente rien de menaçant avec un échange plutôt humoristique lorsqu’un manifestant lâche, tandis que les chauffeurs commencent à s’amasser derrière la grille, « qu’est-ce que c’est que ces patrons qui séquestrent leurs salariés » ?!

So-So-So- Solidarité

Finalement les travailleurs de Phébus prennent l’initiative. Les vigiles cèdent du terrain et la grille s’entrouvre pour laisser passer, par plateaux entiers, du café pour tou(te)s. Les travailleurs se souviennent du bras de fer qu’ils ont dû tenir contre leur direction en 2014, lorsqu’ils ont mené une grève très dure et déterminée durant 14 jours, en défense de leurs salaires et de leurs conditions de travail.

Un cran de plus dans la solidarité, ils font circuler une enveloppe pour la caisse de grève des cheminots.

Lorsque les flics arrivent vers 8h30 en nombre relativement restreint et examinent la situation, ils font comprendre qu’ils ne demandent qu’à nous voir partir gentiment. Tandis que certains commencent à replier les banderoles, les grilles s’ouvrent définitivement sous la poussée des travailleurs. On se mélange pour la photo et on se quitte en échangeant des « merci » « solidarité ». Une dernière allumette craquée à 9 heures pile pour enflammer la barricade et le temps d’entendre le patron geindre « Pourquoi vous mettez le feu, puisque vous partez ? » et un flic s’inquiéter « Il faut appeler les pompiers, ils s’en vont et ils nous laissent le feu ! »
De quoi donner envie de recommencer. Ce que tous sont bien décidés à faire.
03/06/16

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