^

Politique

La crise gouvernementale gagne l’Assemblée

Dissensions autour du budget : des députés « frondeurs » plus que « marcheurs » ?

Après la crise du remaniement ministériel, et les tensions mises à jour entre Edouard Philippe et Emmanuel Macron, ce sont désormais des dissensions qui réapparaissent au sein des députés de la majorité autour du vote de la loi de finance et du budget de la sécurité sociale.

Des amendements LREM adoptés contre l’avis du gouvernement

Dans le cadre de l’examen du budget, le 23 octobre, à l’Assemblée Nationale, plusieurs amendements défendus par des députés LREM ont été adoptés contre l’avis du gouvernement. Lors de l’examen du projet de loi de finance, ils étaient 90 députés La République En Marche à soutenir l’amendement de Pascal Blanchet, député du Calvados, qui visait à accorder des avantages fiscaux pour des personnes logeant des Sans-Domicile-Fixe (SDF). Avec les voix des députés de gauche, l’amendement a été adopté.

C’est le même scénario qui s’est présenté pour l’amendement déposé par Aurélien Taché, député LREM du Val d’Oise, sur la création d’un crédit d’impôt pour l’hébergement gratuit des réfugiés. Même chose concernant la loi de financement de la sécurité sociale : Jean-François Césarini, député LREM du Vaucluse, et Frédéric Barbier, élu du Doubs, ont défendu l’instauration d’un taux progressif sur la CSG, qui doit toucher notamment les allocations chômages et les pensions de retraites, contre une augmentation identique pour l’ensemble des ménages visés.

Un début de « fronde » au sein de LREM ?

Les députés en question se défendent de mener une « fronde » contre l’exécutif. « On ne s’oppose ni à la ligne politique, ni à celui qui nous représente [Emmanuel Macron] » a confié Jean-François Cesarini au micro de LCP. « On veut aller à la même destination mais nous avons des chemins différents pour y parvenir » a expliqué le député.

D’autres pèsent moins leurs mots. A l’Assemblée, le député Frédéric Barbier (LREM, Ex-PS), pour défendre son amendement sur le taux progressif de CSG, n’a pas hésité à s’attaquer à la politique du gouvernement : « on n’a pas eu d’états d’âmes l’an dernier pour faire un petit cadeau de 3 milliards d’euros quand on est passé de l’ISF à l’IFI ». C’est sur le même ton que la députée Emilie cariou, s’est entretenue dans Le Monde, le 9 octobre, au sujet de la politique gouvernementale qui consisterait à « demander des efforts aux français sur la fiscalité de la CSG et celle du gazole non routier et ne rien exiger des multinationales, qui on le sait, sont expertes dans la manière d’optimiser l’impôt et de faire baisser la note fiscale ». Avec 70 députés LREM, elle a déposé un amendement de lutte contre l’optimisation fiscale qui s’oppose à celui du gouvernement.

Parmi ce panel des députés « frondeurs », certains, comme Jean-François Cesarini ou Frédéric Barbier, sont des anciens du Parti Socialiste et représente cette « béquille » de centre-gauche de LREM, qui avait déjà donné les premiers signes de rupture au moment du passage de la loi Asile et Immigration. L’impopularité du gouvernement et de ses réformes semblent avoir, depuis, grossi leurs rangs. C’est le cas pour Aurélien Taché, député du Val d’Oise, qui avait, à l’époque, fait le « service après vente » de la loi xénophobe en pondant un rapport sur l’intégration, et qui se retrouve aujourd’hui à déposer un amendement contre l’avis du gouvernement.

Le recadrage d’Edouard Philippe

L’exécutif n’a pas tardé à venir recadrer sa majorité. Mardi, le premier ministre Edouard Philippe s’est exprimé en huit-clos. « Il faut avancer en bloc » a-t-il lancé, accordant une fin de non-recevoir aux deux amendements sur le taux progressif de la CSG et le crédit d’impôt pour l’hébergement des réfugiés. Après la loi Asile et Immigration, le vote du budget est le deuxième épisode, révélateur des dissensions, au sein de la majorité, sur la ligne adoptée par l’exécutif et LREM.
L’essoufflement du macronisme, qui s’exprime dans les sondages, n’y est pas pour rien. Comme l’a exprimé la crise des « vocations » pour remplacer les ministres sortants du gouvernement, les députés sentent le vent tourner. Pour ces députés devenus moins « marcheurs » que « frondeurs », se distancer du macronisme peut sembler un moyen d’éviter d’être balayés aux prochaines échéances électorales.




Mots-clés

LREM   /    Politique