Monde

Primaires républicaines 2016

Donald Trump, champion de l’aile la plus réactionnaire du parti républicain, candidat présomptif

Publié le 6 mai 2016

C’est officiel : Donald Trump vient de franchir la ligne d’arrivée dans la course à l’investiture républicaine pour la Maison blanche. L’ensemble de ses adversaires s’étant retirés, le milliardaire sexiste, homophobe et raciste se présentera pour le compte du Parti républicain à l’élection présidentielle en novembre. C’est une victoire importante pour l’aile la plus extrême et réactionnaire du Grand Old Party que l’establishment du parti ne semble, cependant, pas prêt à entériner en l’état.

Ivan Matewan

Trump désigné candidat présomptif du parti républicain

Le président du Comité national républicain a annoncé la nouvelle mardi 3 mai au soir : Donald Trump est le candidat républicain présomptif. Les autres candidats à l’investiture ont en effet subi ce jour-là une défaite aux primaires de l’Indiana qui s’est avérée létale pour leurs campagnes. Se retirant un par un, Trump reste le dernier des 17 candidats en lice.

Malgré cette annonce, les primaires se poursuivent. Il lui reste encore 200 délégués à gagner afin d’atteindre la majorité de 1 237 délégués requise pour officialiser sa candidature selon les statuts du parti. Il devrait y parvenir lors des dernières primaires au cours du mois prochain. La convention nationale républicaine qui se tiendra à Cleveland, dans l’Ohio, du 18 au 21 juillet, aura le privilège de le couronner officiellement candidat présidentiel.

Victoire de l’aile la plus réactionnaire du camp républicain

La désignation de Trump comme candidat présomptif est une victoire importante pour l’aile la plus réactionnaire du camp républicain. Cette aile, appelée souvent « le Tea Party », s’est peu à peu structurée à partir de 2010 autour de son opposition au président Obama, notamment du fait de la couleur de sa peau, et de son plan de relance fédéral d’un trillion de dollars. Ce mouvement s’oppose férocement à la réforme du système d’assurance-maladie mise en place en 2010, aux impôts et taxes, au droit à l’avortement et à l’immigration, nie l’existence du changement climatique et défend l’extension de la peine de mort. Trump a été progressivement reconnu comme légitime par les militants de la droite extrême et de l’extrême-droite, en raison de ses sorties médiatiques et propos provocateurs racistes, sexistes et homophobes. Il bénéficie à ce titre du soutien de plusieurs dirigeants historiques du Ku Klux Klan...

Sa victoire est également l’expression d’une polarisation politique grandissante de la société étasunienne qui s’est exprimée ces dernières années à travers des mouvements de jeunesse et de Noirs ou encore une reprise de luttes ouvrières. La candidature du milliardaire s’appuie sur une base sociale frustrée, à juste titre, par Washington, parfois même par les dirigeants du Parti républicain. Une base composée, selon des études, tout naturellement de personnes issues des classes moyennes supérieures, globalement des hommes blancs d’âge moyen qui gagnent bien leur vie. Mais également, de manière bien moins naturelle, de secteurs de la classe ouvrière blanche qui ont vu leurs conditions de travail et de vie se dégrader considérablement depuis les années 2000, surtout à partir de la crise économique de 2008, et qui ont l’impression d’être les dindons de la farce. Face à ce sentiment – souvent légitime –, Trump explique crûment que les Noirs, les immigrés et les musulmans seraient les principaux responsables du chômage, de la dégradation des conditions de vie et de la crise, encourageant ainsi le développement des pires sentiments racistes et xénophobes au sein de la classe ouvrière états-unienne. De beaux bouc-émissaires qui lui évitent, bien entendu, d’expliquer son rôle et celui de la classe dominante joués dans la désindustrialisation, la destruction des services publics ou le lessivage économique des travailleurs et des jeunes.

Une cooptation de la candidature Trump par l’establishment ?

Si cette aile ultra-droitière du parti a gagné cette première manche de la course à l’investiture, l’establishment plus centriste ne se montre pas totalement prêt à entériner la candidature de Trump en l’état. Sa nomination quasiment en poche, il aura fallu moins de 36 heures à ce dernier pour annoncer la modération de plusieurs de ses positions politiques. Selon l’un de ses conseillers, Trump quitterait « le rôle qu’il joue » et commencerait à « se comporter différemment ». Son plus récent tweet où on le voit manger de la cuisine mexicaine pour commémorer le 5 mai avec la légende « J’aime les Latinos ! » ferait il partie de cette nouvelle stratégie de communication perfide ?

En tout cas, le candidat Trump se dit maintenant ouvert au dialogue sur des questions aussi essentielles que le salaire minimum, les impôts et l’immigration. La « modération » après avoir obtenu la nomination de son parti est une stratégie éprouvée par le temps pour tout candidat qui espère gagner le plus d’électeurs dits « indépendants ». Mais on peut s’interroger sur la rapidité avec laquelle Trump a commencé à la mettre en place.

Face à la victoire de Trump, le reste du parti républicain commence à exercer une pression énorme sur le candidat. Les secteurs les plus lucides de l’establishment du parti exercent cette pression notamment par des appels à l’unité, exigeant que le candidat présomptif vide son programme des propositions les plus réactionnaires comme l’interdiction aux musulmans d’entrer aux États-Unis ou qu’il accepte dorénavant des financements officiels du parti. Les secteurs les plus anti-Trump du camp républicain appellent ouvertement à la création d’un nouveau parti tiers de centre-droit.

Pour l’instant, le scénario reste entièrement ouvert.