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ON LES CHASSE, ILS REVIENNENT

Du “péage gratuit” au blocage de Renault Flins, les gilets jaunes du 78 ne lâchent rien

Pourchassés mercredi soir tard par les forces de l’ordre qui les ont délogés du péage de Buchelay sur l’A13 près de Mantes (78), et pour une dizaine d’entre eux, retenus quelques temps en garde-à-vue, ils sont revenus à la charge ce jeudi après-midi pour une nouvelle opération de péage gratuit.

Pas loin d’une centaine de gilets jaunes étaient à nouveau présents sur le péage de Buchelay ce jeudi, pour le sixième jour de mobilisation depuis samedi. Le département des Yvelines est devenu un point névralgique des gilets jaunes en région parisienne, où la mobilisation est bien moins présente que dans le reste de l’Hexagone, notamment après le déblocage de la raffinerie de Grandpuits (77) par les forces de police mardi.

Mais dans les Yvelines, non loin de l’usine Renault-Flins emblématique des luttes de 1968, les opérations péage gratuit sont reconduites toutes les après-midis, jusqu’à ce que les “gilets jaunes” soient évacués par la police. Pas de quoi intimider ces manifestants qui s’organisent en grande partie sur Facebook, au sein d’un groupe comptant plus de 2000 membres et dont l’activité ne faiblit pas. Qu’ils soient jeunes ou retraités, artisans ou travailleurs de différents secteurs, la colère contre Macron est sur toutes les lèvres. Les gilets jaunes estiment un manque à gagner pour la Société des Autoroutes Paris-Normandie (SAPN) de près d’un million d’euros. La volonté est bien de faire pression en tapant là où ça fait mal : au portefeuille des grandes entreprises. Côté automobilistes et routiers, le soutien est quasiment unanime, signifié par les klaxons incessants.

C’est dans ce même état d’esprit qu’une délégation de gilets jaunes manifestait mercredi soir devant l’usine de Renault Flins, à la chaleur des feux de palettes, avant d’être embarqués au commissariat et pour certains retenus une petite heure en garde-à-vue. D’ailleurs, alors que le groupe Renault se trouve dans la tourmente, en plein épisode « Carlos Ghosn », des ouvriers de Flins appellent à les rejoindre ce vendredi matin, pour une opération de blocage sur le rond-point proche de l’usine. Leurs revendications incluent et élargissent celles des gilets jaunes voisins : « Contre la hausse des prix : pour la hausse des salaires et pensions, bloquons le rond-point de Carrefour Flins ce vendredi 23 novembre à partir de 9 heures », peut-on lire sur un tract sans étiquette, distribué ici et là.

Auprès des gilets jaunes également, quelques cheminots venus soutenir et comprendre, vêtus de leurs gilets orange. Certains d’entre eux sont syndiqués et ne s’en sont pas cachés, provoquant quelquesréactions contre « les syndicats et les partis pourris ». Mais les discussions se sont poursuivies dans une ambiance conviviale.

A la base, les frontières sont décidément de moins en moins étanches entre les revendications ouvrières et la colère des gilets jaunes. Il serait peut-être temps de faire tomber les barrières ? C’est ce que nous déclare l’un des cheminots présents sur le péage de Buchelay :
Car il est une chose que l’on peut constater sur le terrain, c’est une lutte qui fédère. Les participants viennent de tous les horizons, vieux, jeunes, travailleurs, chômeurs, public, privé, précaires, retraités, étudiants…
Tous convergent et tentent de convaincre et de rassembler !
Il est temps que les organisations de salariés regagnent leurs lettres de noblesse en se mettant au service du monde du travail et du peuple en général.
Si nous laissons la droite surfer sur le mécontentement de la taxe sur le carburant alors qu’elle met en place une politique absurde du tout voiture depuis 50 ans, nous aurons favorisé l’avènement d’un gouvernement d’extrême-droite plutôt que de saisir notre chance de remettre en cause le fond du problème : un patronat au pouvoir qui pérennise la dépendance aux véhicules particuliers pour faire tourner l’économie avec une désertification des services publics, des commerces de proximité pour concentrer toujours plus les profits dans ses uniques mains…

Pour la suite, les gilets jaunes des Yvelines entendent diversifier leurs actions pour tenter d’être moins prévisibles pour les forces de police. Ce samedi, ils combineront certainement des actions locales et une participation à la manifestation sur Paris. En attendant, la solidarité et les liens se consolident, pendant que de nouveaux gilets jaunes se joignent au mouvement, comme une matérialisation du soutien grandissant dans l’opinion publique dont témoignent les derniers sondages.




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