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Politique

Combattre la fraude fiscale organisée

Dubaï Papers : un nouveau réseau international de fraude fiscale mis au jour

L’Obs vient de révéler, ce mercredi 5 septembre, un énième scandale financier de fraude fiscale organisée faisant suite aux célèbres dossiers dits des Paradise Papers et des Panama Papers. Cette affaire montre un peu plus encore à quel point la fraude fiscale est érigée en système et organisée à une échelle industrielle au niveau planétaire.

La fraude fiscale : une véritable industrie

L’enquête conduite par des journalistes de l’Obs met en cause le groupe Helin basé aux Emirats Arabes Unis et dirigé par l’ex banquière britannique Geraldine Whittaker et son associé, le prince Belge Henri de Croÿ, connu pour de nombreuses affaires de fraudes fiscales remontant au début des années 2000 et à l’issue desquelles il a été acquitté. Le groupe officie pour environ 200 clients triés sur le volet et cooptés par l’ensemble des membres. L’enquête révèle des pratiques de dissimulation éprouvées, l’usage systématique de pseudonymes et l’extraordinaire ingéniosité du réseau de sociétés écrans permettant la fraude et son blanchiment. L’existence de ce type d’organisation montre que la fraude fiscale n’a rien à voir avec une pratique marginale et de la petite magouille. Il s’agit de toute évidence d’une véritable industrie largement protégée par les gouvernements, si ce n’est de droit, au moins de fait, le seul véritable crime en la matière étant d’être pris. Jouant sur des distinctions fumeuses entre optimisation, évasion et fraude, et faisant preuve d’une complaisance à peine dissimulée, le gouvernement Macron est le parfait exemple de l’indulgence dont peut faire preuve la classe politique dominante à l’égard de ce type de machinerie crapuleuse.

Derrière le problème moral, un conflit de classe

Quand un problème éminemment systémique est mis en cause, la contre attaque suit systématiquement le même plan. Désigner des brebis galeuses, faire tomber quelques têtes mais surtout cantonner le problème à une pure question de mœurs. Ce n’est donc pas étonnant que les foudres soient avant tout dirigées contre des personnalités plutôt que contre des groupes. En réalité, la fraude fiscale, comme le montre son degré d’organisation et de connivence avec le système bancaire et industriel traditionnel, est un formidable outil que les classes dominantes, qui détiennent les capitaux, utilisent pour faire peser le plus largement possible les coûts de fonctionnement de la société sur les salaires des travailleurs. De plus, tout cela révèle l’urgence d’appliquer l’ouverture des livres de comptes et la levée complète du secret des affaires puisque l’argument phare que le patronat utilise pour combattre les velléités de contrôle est que cela nuirait à la compétitivité du patronat national, et par suite à l’ensemble des travailleurs d’un pays donné. L’argument est très largement fallacieux puisqu’on voit mal en effet comment l’impôt pourrait mettre à mal des entreprises mondialisées qui sont les seules à ne véritablement payer aucun impôt, à l’instar d’Apple, qui possède au demeurant un trésor de guerre invraisemblable estimé à 268 milliards de dollars. La fraude fiscale n’est pas un pur problème de moralité publique, c’est un combat à armes inégales menées par les classes dominantes contres les classes laborieuses dont elles pillent indirectement le revenu en faisant peser sur elles une portion plus grande de la charge de l’impôt. Combattre la fraude fiscale organisée revient donc à combattre le système au nom de la justice mais aussi de l’intérêt de classe.

Crédits Photo : AFP PHOTO/KARIM SAHIBSAHIB




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