Politique

La sanction est tombée !

Duflot éliminée aux primaires d’EELV. La fin de la génération des « green babies » ?

Publié le 19 octobre 2016

Rien n’y a fait. Ni les cours sur les questions de défense nationale pour se donner une stature de femme d’État, ni même les efforts pour gommer certains aspects de l’intonation de sa voix. Cécile Duflot, l’ancienne ministre du Logement du gouvernement Ayrault, a été éliminée au premier tour de la primaire d’Europe Écologie Les Verts. Devancée par Yannick Jadot, qui a recueilli 35,61 % des suffrages, et par Michèle Rivasi, 30,16 %, elle n’a réuni que 24,41 % des suffrages exprimés.

Damien Bernard

Avec cette défaite de Cécile Duflot, qui faisait pourtant figure de favorite, c’est une nouvelle page qui se tourne pour EELV. Depuis une dizaine d’années, elle incarnait Europe Écologie Les Verts aux yeux du grand public et dans les médias. Mais avec une participation à la primaire pour le moins correcte, 75 %, c’est un sérieux coup de massue et une sanction politique qu’adhérents EELV et sympathisants préalablement inscrits ont infligé à l’ex-secrétaire nationale du mouvement.

Une défaite certes surprise mais prophétisée par certains, dont Noël Mamère, pour qui ce cinglant revers semblait une option probable. « Elle appartient à la génération des « green babies » qui se sont construits dans l’appareil mais les appareils se vengent. Elle risque d’être victime de l’enfant qu’elle a produit, du moins de la famille où elle a grandi », affirmait-il au journal Le Monde. Ainsi, celle qui apparaissait comme la principale figure médiatique, se retrouve écartée comme Nicolas Hulot en 2011.

En cause, sa stratégie politique mais aussi son image au sein du parti. Les militants d’EELV ont choisi deux candidats qui sont identifiés à une écologie « moins politicienne ». Cécile Duflot paye aujourd’hui son passage au gouvernement Ayrault, dont elle a démissionné en mars 2014. Aux yeux de ses concurrents, Cécile Duflot incarne la « firme », cette direction du parti qui a œuvré pour obtenir des postes et deux groupes parlementaires, en acceptant en 2011 un accord avec ce PS aujourd’hui fustigé.

Depuis son entrée au gouvernement, Cécile Duflot n’avait cessé d’avaler des couleuvres. Du refus du gouvernement d’accorder des récépissés pour les contrôles policiers, en passant par l’arrestation de la militante basque Aurore Martin, jusqu’à l’emblématique projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes, la ministre du Logement restait cependant vissée à son ministère, aux côtés du premier défenseur de NDDL, Jean-Marc Ayrault. Pour celle élue trois fois à la tête du parti, c’est une sanction.

Le changement de stratégie entamé par Cécile Duflot en fin d’année 2015 après l’épisode de la déchéance de nationalité n’y aura rien fait. Le retournement a été trop brusque. Dans le même temps, son image s’est encore un peu plus écornée quand, il y a quelques semaines, lorsque l’ex-ministre a été mise en cause pour sa gestion des licenciements de plusieurs collaborateurs du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Le Canard Enchaîné l’accusant d’une fraude à l’Urssaf.

Affaiblie au sein de sa propre famille politique, Cécile Duflot va maintenant essayer de sauver son siège de députée de la 6e circonscription de Paris. Ironie du sort, il avait été obtenu après l’accord avec le PS il y a cinq ans et est désormais convoité par les socialistes. Ainsi, l’écologie politique version EELV, totalement institutionnalisée, s’est brûlée les ailes à rejouer les pratiques présidentialistes de la Ve République, laissant ainsi de côté les grandes questions environnementales essentielles

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