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Politique

Petits accords entre amis

Dupont-Aignan, Premier ministre de Le Pen ?

Lors de l’élection présidentielle de 2012, Dupont-Aignan avait dit que s’il était élu, il choisirait Marine Le Pen comme Première ministre. Cinq ans plus tard, c’est Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour, qui annonce choisir Dupont-Aignan comme premier ministre.

Michel Euler/AP/SIPA

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont dévoilé, ce samedi 29 avril, le contenu de leur «  alliance patriote et républicaine  » qui est un accord de gouvernement en six points «  patriotes  ». Marine Le Pen, à l’aide de cette alliance, revient sur certains points de son programme.

Le Pen met de l’eau dans son vinaigre

Dupont-Aignan et Marine Le Pen expliquent que leurs programmes ont « en commun de défendre avant toute autre chose l’intérêt supérieur de la France et des Français » . Leur but, faire opposition à Macron, «  héritier direct  » d’Hollande. Pour que leurs deux programmes, différents sur certains points, fusionnent, Marine Le Pen est revenue notamment sur une de ses mesures phares. Si le maire de Yerres s’en est attribué la paternité, c’est bel et bien la sortie de l’euro qui est remis en cause. « Sur l’euro, j’avais évolué et je pense avoir convaincu Marine Le Pen qu’il fallait prendre le temps de la négociation » avec les partenaires européens.

Le président de Debout la France a souligné que leur « pacte de gouvernement » prévoit une « transition de la monnaie unique à la monnaie commune », qui « permet une flexibilité de l’euro sans pour autant abandonner une coordination monétaire  », mais cette transition « n’est pas un préalable à toute politique économique » . Cela signifie donc que Marine Le Pen, candidate « anti-système », pourra gouverner sans problème dans la zone euro.

Ce changement de ligne permet de draguer une partie de la bourgeoisie française qui voit d’un très mauvais œil la sortie de l’euro. D’ailleurs, la sortie de l’euro ne concernera que les travailleurs car l’euro restera en vigueur pour « les grandes entreprises qui font du commerce international » .

Si la candidate dit que «  l’euro est mort  », sa nièce repousse encore un peu plus le retour au franc. Marion Maréchal-Le Pen explique que sa tante « attendra les élections européennes en 2018 dans l’espoir de voir arriver aux affaires [leurs] alliés, notamment en Italie. À partir de là, elle entamera des négociations pour défendre les intérêts de la France sur la suppression des travailleurs détachés par exemple, la primauté du droit français sur le droit européen, la possibilité de faire du protectionnisme et la question de la monnaie ».

Autant dire que la droite du FN grince d’ores et déjà des dents. Marine Le Pen tente de se poser en « gouvernante responsable ». Dans tous les cas, «  il y aura un long débat vraisemblablement peut-être de plusieurs mois, ou peut-être plusieurs années, avant que nous prenions cette décision historique  ». On est loin de la sortie immédiate de la zone euro. Une telle mesure sera catastrophique pour les travailleurs qui, eux, devront faire face à la dévaluation de leur nouvelle monnaie, alors que les grosses entreprises continueront à bénéficier de la monnaie unique pour favoriser leurs bénéfices et ne pas subir une sortie nette de l’euro. Marine Le Pen n’est définitivement pas la candidate de notre classe, bien au contraire.

Sinon, un programme quasi-inchangé

Pour concurrencer Macron sur l’entrepreneuriat, le texte reprend la contribution sociale à l’importation proposée par Marine Le Pen, une taxe de 3% en moyenne. La différence est que cette taxe devait être généralisée, maintenant elle « ne concerne que les produits qui concurrencent déloyalement la production française » . En complément, il y aura la mise en place d’un système de bonus fiscal sur les investissements réalisés en France, et de malus sur les délocalisations, initialement prévu dans le programme de Dupont-Aignan. Pour « soutenir les entreprises françaises face à la concurrence internationale déloyale ».

Pour ce qui est de l’immigration, il n’y a pas de changement si ce n’est que la candidate est revenue sur le fait de faire payer la scolarisation des enfants des étrangers. Elle reprend certaines mesures du programme de Debout la France, comme la part fiscale complète pour chaque enfant en situation de handicap, une allocation adulte handicapée revalorisée de 200 euros et la reconnaissance du vote blanc.

Un rassemblement qui tache

Alors même que Marine Le Pen ne se présente pas à ses convocations devant la justice, que le FN est visé par de nombreuses procédures judiciaires, son « nouveau » programme affirme « l’indépendance et l’impartialité de la justice » . Elle réaffirme « la liberté de travail des journalistes » , alors que 34 sociétés de journalistes ont écrit un texte dénonçant « l’entrave à la liberté » d’informer contre le FN. Nombres de journalistes se sont vus refuser l’accès à des événements où Marine Le Pen s’est produite. Certains se sont même fait expulser manu militari par son service d’ordre. Dernièrement, ce sont Médiapart et le Quotidien de Yann Barthès qui se sont vu refuser leur accréditation pour le meeting de Le Pen et Dupont-Aignan à Villepinte. Le FN souhaite donc une justice et une presse complaisantes, mais dès que l’on est un peu plus vindicatif, l’ambiance est tout autre. À la défense de Dupont-Aignan, le général De Gaulle n’en pensait pas moins.

Tout le monde ne semble pas apprécier ce rapprochement au sein de Debout la France. Deux des quatre vice-présidents du parti ont quitté le groupe gaulliste. Dominique Jamet et Anne Boissel l’ont annoncé sur Tweeter. D’autres militants ont exprimé leur mécontentement et ont rendu leur carte. Les maires de huit communes de la communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine, ont demandé la démission de Dupont-Aignan, président de l’agglomération. Ils expliquent qu’il y a une différence de « valeurs » entre celles qu’ils défendent et celles du FN. Pourtant, ce rapprochement ne date pas d’hier.


Le beau-frère de Marine Le Pen, Philippe Olivier, avait rompu avec le FN et rejoint Debout la France avant de revenir dans le giron de sa belle-sœur. Il est l’homme clé de ce rapprochement. Dès le début de la campagne, les deux candidats roulaient ensemble. Ainsi, lors du débat à onze, Dupont-Aignan devait s’attaquer à Fillon et Macron pour préserver Marine Le Pen et lui permettre de sortir gagnante du débat. Malheureusement pour eux, Philippe Poutou est passé par là.


Les deux partis sont également en train de s’entendre pour les législatives, même si Marine Le Pen s’est montrée moins affirmative sur cette question que son nouvel allié en expliquant qu’il allait y avoir un débat entre eux à ce sujet. Ainsi, Marine Le Pen se prépare en cas d’échec au second tour. Elle ne sacrifiera pas des élus pour rien. Si sa reculade sur l’euro a pour but de se montrer sous un profil plus « présidentiable », plus responsable et fiable pour le patronat, elle n’arrive toujours pas à se mettre dans la poche une partie de l’électorat. Le dernier sondage donne Macron vainqueur à 60%.




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