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Notre classe

Mobilisation nationale

Grève inédite en maisons de retraite et forte solidarité populaire

En maison de retraite, le manque de moyens et de personnel entraîne des conditions d’accueil et de travail misérables. Poussés à bout, les membres du personnel des EHPAD (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) étaient très nombreux à se mobiliser.

Une journée de mobilisation et de grève était appelée nationalement ce mardi par une intersyndicale large - CGT, SUD, FO, Unsa, CFTC, CFE-CGC et CFDT – et soutenue par plusieurs associations de retraités ainsi que l’AD-PAS (association des directeurs au service des personnes âgées). Les travailleurs mobilisés revendiquent en premier lieu plus de moyens pour les EHPAD et de meilleures conditions de travail.

En effet, voilà plusieurs années que les témoignages récurrents des maltraitances que les soignants sont obligés d’infliger aux personnes accueillies fleurissent, logique de rendement oblige. Avec bien souvent seulement quelques minutes à accorder à chaque résident, les infirmiers et les aides-soignants n’ont pas la possibilité de s’occuper convenablement des personnes âgées, ce qui devrait pourtant être au cœur de leur profession. Aucun échange, des repas froids mixés pour être ingurgités plus vite, des draps rarement changés, des toilettes faites à la va-vite, voire pas du tout… La course et le stress permanents ont un impact terrible, tant sur les travailleurs des EHPAD que sur celles et ceux qui y finissent leur vie.

Une journée de mobilisation réussie

Des conditions de travail tellement éprouvantes, tant physiquement que moralement, que les suicides ne sont pas rares dans ce milieu soumis à une logique de rentabilité. Une colère sourde qui s’est également exprimée dans la rue ce mardi, avec des chiffres de participation à la mobilisation impressionnants.

« Dans l’ensemble des Ehpad, tous secteurs confondus, le taux de participation (nombre de grévistes déclarés) de l’ensemble des personnels est de 10,3 % et le taux de mobilisation (nombre de grévistes déclarés et de personnels assignés) est de 31,8 % » relate un communiqué de la direction générale de la cohésion sociale – administration qui dépend du ministère de la santé.

L’ambiance, dans les nombreuses manifestations qui ont eu lieu partout en France, était combative. L’appel à se mobiliser a touché très largement, dans les structures publiques et privées, mais aussi dans le secteur de l’aide à domicile.

À Paris, Anne-Sophie, porte-parole des grévistes des Opalines dans le Jura, qui ont obtenu victoire après 117 jours, témoigne de la nécessité de poursuivre la lutte.

Le gouvernement fait la sourde oreille

Face à la colère de ce secteur touché de plein fouet par les politiques d’austérité menées par les gouvernements successifs, rien n’est fait pour accéder aux revendications des grévistes. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui a refusé de rencontrer les manifestants, argue sur France 2 qu’elle « comprend l’épuisement des personnels » et que leur « colère est justifiée ».

Mais si elle reconnaît que « les besoins en personnel ont augmenté sans que forcément les financements suivent » elle déclare que « ces besoins ont été anticipés » pour 2018, refusant d’augmenter la dotation des EHPAD au-delà des 50 millions promis il y a quelques jours. 50 millions qui ne sont pourtant que de la poudre aux yeux puisque dans le même temps, le projet de réforme de tarification des Ehpad visant, d’ici 2023, à aligner progressivement les dotations aux Ehpad publics et privés, devrait aboutir à une perte de 200 millions d’euros pour les établissements publics au profit des établissements privés.

Ce mépris pour les revendications des grévistes, qui est une injure à la souffrance des travailleurs comme à celle des personnes vivant en EHPAD, illustre parfaitement le visage résolument anti-social du gouvernement Macron. Un gouvernement qui s’attaque durement aux conditions de vie des personnes âgées, aux travailleurs qui les entourent, mais aussi à d’autres secteurs de la santé, ou encore à la jeunesse par le biais du plan étudiant. Personne n’est épargné, c’est pourquoi seule une convergence entre les différents secteurs en lutte contre ces attaques pourra permettre d’y mettre un frein !

Un reportage du rassemblement à Paris :




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