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Genres et Sexualités

De pire en pire

Ecarts de salaire hommes-femmes : entre 2010 et 2015, la différence n’a fait qu’augmenter

Payées en moyenne 15,8% de moins que les hommes, les travailleuses salariées en France ont commencé à travailler bénévolement hier, vendredi 3 novembre, à 11h44 : cette situation durera jusqu’à la fin de l’année. Contre l’idée d’une évolution historique qui irait toujours vers un progrès, ces écarts vont en se creusant.

Crédits photos : Les Glorieuses

En 2016, l’annonce des Glorieuses avait fait un certain buzz médiatique : le collectif avait alors montré, chiffres pour l’année 2010 à l’appui, que les écarts moyens de salaire liés au genre en France reviennent à faire travailler les femmes bénévolement du 7 novembre à 16h34 jusqu’à la fin de l’année. Pour protester contre cette inégalité persistante, les travailleuses étaient appelées à se mettre en grève le 7 novembre à 16h34 et à rejoindre des rassemblements, qui avaient réuni quelques centaines de personnes.

Si les critiques de cet événement à la tactique principalement médiatique montraient la limite des rassemblements, il avait eu le mérite de faire parler un peu largement des inégalités salariales entre femmes et hommes. Le phénomène ne s’est pas reproduit cette année, et l’initiative des Glorieuses s’est cantonnée à une campagne d’affichage dans le métro parisien. L’écart salarial aurait-il été résorbé ? C’est tout le contraire : d’après les derniers chiffres, qui correspondent à l’année 2015, c’est dès hier, vendredi 3 novembre, à 11h44, que les travailleuses employées en France cessent d’être payées. Encore ce calcul se base-t-il sur un écart de 15,8%, qui correspond à l’écart des salaire horaire ; mais si l’on tient compte des salaires réels, minorés par des temps partiels subis (plus de 80% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes), le chiffre monte jusqu’à 25%.

Entre 2010 (année de référence utilisée pour le calcul de l’an dernier) et 2015 (derniers chiffres disponibles), la différence de salaire horaire moyen s’est donc creusée de 4 jours, 4 heures et 50 minutes. Ce sont ainsi 40 jours effectifs de travail qui sont « offerts », sans leur consentement évidemment, par les travailleuses aux patrons. Ces derniers se servent en effet des stéréotypes de genre, mais aussi des contraintes qui pèsent objectivement sur les femmes (interruption de carrière liée à la maternité par exemple), pour dévaluer leur travail, et tirer ainsi vers le bas l’ensemble des salaires. Les femmes sont pourtant, en moyenne, plus diplômées que les hommes. Face à ce constat, les journalistes de France Info vantaient hier le « modèle islandais ». Depuis 1961, il existe en effet en Islande une loi sur l’égalité salariale, l’Equal Pay Act. Pour autant, l’écart de salaire est loin d’être inexistant : il est en effet estimé à 17% ! Amendée de multiples fois, l’Equal Pay Act devrait être complété, plus de 55 ans plus tard, par une nouvelle loi obligeant les entreprises de plus de 25 salariés à... prouver qu’ils respectent la loi -ce qui n’empêche pas Le Nouvel Obs de présenter ces faits en affirmant que l’Islande est « déjà très bon élève sur l’égalité salariale ». Le cas islandais constitue pourtant un exemple criant de l’impasse dans laquelle mène le féminisme institutionnel, condamné à se satisfaire majoritairement d’annonces et de déclarations sans efficacité dans le réel.




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