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Politique

Faire barrage à qui ou à quoi ?

Échos du 1er mai. « Macron, c’est le facho de la finance. J’irai pas voter »

Les médias auront pourtant essayé jusqu’au bout de faire du cortège parisien du 1er mai une manif anti-Le Pen. « Ni la fille Le Pen, ni le banquier », c’était plutôt ce qui s’entendait dans les cortèges syndicaux, à la base.

Crédit photo@ LIONEL BONAVENTURE / AFP

C’est ainsi, en tout cas, que résumait la situation Fanny, de la CGT 94. À côté d’elle, une de ses collègues, qui travaille dans la restauration collective, renchérit : « Vous pouvez me dire ce qu’on va gagner à voter Macron ? Ce qu’on va gagner à lui donner 80%, comme à Chirac en 2002 ? ». En dehors du cortège du Front social, qui regroupe plusieurs organisations, dont la CGT Info’Com, dont une affiche a été fermement condamnée par la direction de la CGT, ils et elles étaient nombreux à dire ne pas suivre les consignes de Montreuil, aujourd’hui, dans le cortège parisien.

« Le Pen elle fait peur, bien sûr », pointe Boubacar, qui travaille dans l’intérim et manifeste avec la CGT 77. « Mais Macron aussi ». « Attention, précise-t-il. Ils font peur, mais ils ne me font pas peur. Je sais ce que je suis, un travailleur immigré. Mais je sais aussi qu’on va devoir se battre ensemble. »

Plusieurs manifestants sourient, quand on leur demande pour quelle raison ils sont dans la rue, aujourd’hui. « Tu voudrais que je sois où, un Premier mai ? », répond Hervé, cheminot à Montparnasse. « Je m’en fous de ce que disent les médias. Le message, ici, est clair, dit-il en indiquant le cortège de Solidaires. Pour nous c’est ni l’une, ni l’autre ».

Venu avec plusieurs camarades syndiqués de La Courneuve, dans le 93, Hassan, CGT Commerce, voit bien également où se trouve l’escroquerie. C’est le terme qu’il emploie, d’ailleurs. « Évidemment que c’est une manif anti-FN. C’est une manif de travailleurs, donc c’est contre l’extrême droite. Mais Marine Le Pen et Macron, c’est pareil. C’est la même politique qu’ils veulent mener. Je ne vais pas voter pour une facho, mais je ne vais pas non plus voter contre un banquier qui mène une politique contre les salariés. »

« Un facho de l’économie et de la finance ». C’est ainsi que Cyril, de la CGT chômeurs, définit le candidat d’En Marche. « Évidemment qu’on sait qu’elle est, Marine. C’est la fille de son père. C’est une facho. Et l’autre ? Moi je sais ce qu’il a fait quand il était au gouvernement, avec Hollande. Et dimanche, bien entendu que j’irai pas voter. Manifester, oui. »

Ça va être compliqué, pour certains, dans les bureaux à Montreuil ou ailleurs, d’expliquer que faire barrage au FN, ça veut dire, en dernière instance, voter pour Macron. Dans le cortège parisien, ils et elles étaient loin d’être minoritaires, ceux qui ne marcheront pas dans la combine. « On va pas nous la faire à l’envers, comme en 2002 », conclut Babette, venue avec des amies. Toutes travaillent dans la petite enfance. « Pour nous, ce sera la rue. »




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