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Jeunesse

La parole aux étudiants

#EchosDuMirail. « Tout le monde devrait avoir accès à la formation de son choix »

Ce mercredi 25 octobre, et alors que les problèmes de « sans fac » à l’Université du Mirail à Toulouse a provoqué un début de mobilisation, Révolution Permanente est allé à la rencontre des étudiants.

Depuis mardi 24 octobre au matin, la salle du conseil d’administration de l’Université du Mirail à Toulouse est occupée par des étudiants. Une action qui vise à obtenir l’inscription de l’ensemble des « sans-fac », ces étudiants victimes de la politique de casse de l’enseignement supérieur qui ne sont toujours pas inscrits dans la filière de leur choix. Une initiative qui a reçu le soutien des organisations des enseignants et personnels, dont les conditions de travail se retrouvent chaque année un peu plus dégradées. Alors que la rencontre de ce jour avec la présidence n’a pas permis de satisfaire les légitimes revendications avancées, Révolution Permanente est allé à la rencontre des étudiants pour leur donner la parole.

« Les logiques de sélection, ça fait peur »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la question de la sélection inquiète, à juste titre, les étudiants. « J’ai le sentiment que c’est une chose nouvelle la sélection à la fac. Donc je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Pour le moment, ça crée pas mal d’incertitude chez moi. Je suis dans le flou. Mais à la fin de l’année, c’est clair que je vais plus le ressentir. Je me dis déjà que si je ne suis pas accepté en M1, je vais me retrouver très embêté et bloqué. Qu’est-ce que je vais faire avec une licence validée de psycho ? » explique ainsi Loïc (le prénom a été modifié) étudiant en Licence 3 de Psychologie. En effet, la question de la sélection en Master, pour cause de manque de moyen, est de plus en plus mise en avant comme la seule solution raisonnable. Une situation qui touche prioritairement les filières jugées les moins rentables, ce qui inquiète particulièrement Mathilde, étudiante en licence 1 de Cinéma. « Dans ma filière, il n’y a pas beaucoup de places en Master. Et vu les logiques de sélection, ça fait peur ». Léa-Audrey, étudiante en licence 1 de Sociologie, avoue quant à elle « apprendre qu’une sélection en Master 1 soit envisagé », preuve que le gouvernement entend maintenir une majorité d’étudiant dans l’ignorance afin d’éviter toute mobilisation explosive. « C’est vraiment problématique, poursuit-elle, mais si je ne suis pas prise en master, je ne sais pas ce que je ferai avec une licence ».

Mais la question de la sélection ne concerne pas seulement les Masters. Ce sont aussi les licences qui sont dans le viseur de Macron. « Pour ma part, j’avais demandé un BTS après mon bac. Si je n’avais pas été prise en licence, ça aurait été dramatique » nous explique Camille, étudiante en M1 de création artistique. « Le tirage au sort avant la L1, c’est tout simplement scandaleux, poursuit-elle. La fac est sensée être ouverte à tout le monde. Il y a déjà beaucoup de formation qui sont sélectives. Si cette logique est aussi appliquée en L1, ce serait terrible. » Pourtant, dans un rapport publié en juillet dernier l’UNEF épingle 39 universités au sein desquelles une sélection illégale est d’ors et déjà pratiquée dans 379 licences, ne pratique qu’Emmanuel Macron entend généraliser et légaliser.

« L’État essaye de privatiser l’université, de faire des distinctions entre des étudiants qui peuvent étudier, et d’autres non »

« Le problème aussi que pose la sélection, c’est que ça induit une sorte de compétition entre les étudiants, puisqu’il n’y a pas de la place pour tous » dénonce sans détour Loïc. Un constat qui fait échos aux déclarations de Macron le 31 août dernier, quand il avait annoncé sans sourciller que « l’Université, ce n’est pas pour tout le monde », instaurant une logique de concurrence entre les étudiants. Une déclaration faisant suite à l’annonce estivale de réformes visant à la mise en place de la sélection. « Je trouve ça très injuste. Mais quand l’État essaye de privatiser l’université, de faire des distinctions entre des étudiants qui peuvent étudier (du fait de leurs conditions sociales), et d’autres non, cela diminue la qualité et la richesse de la fac, et aussi la liberté (d’étudier) » s’insurge ainsi Kelly, étudiante en Master 1 de Philo, avant de poursuivre. « Là j’ai été sélectionnée pour le M1. Je suis rassurée. Mais je suis angoissée pour l’année prochaine et le M2. Je ne sais pas comment ça marche, si, si je valide, je peux quand même être refusée à l’entrée du M2. Puis je connais mal le système universitaire français. Je me retrouve perdue, avec le stress de l’administration, qui est très compliquée en France je trouve ». Compétitivité et élitisme selon les origines sociales des étudiants, voila l’Université rêvée par Macron et son gouvernement.

Étudiants étrangers : « Cela ressemble à de la discrimination »

Parmi les 80 étudiants encore « sans fac », une part significative est composée d’étudiants étrangers, mais aussi d’étudiants en situation de handicap, qui n’ont pas forcément accès à certains enseignements non disponible au SED (enseignement à distance). « Cela ressemble à de la discrimination, dénonce Camille. Ce n’est pas normal que tous les étudiants n’aient pas les même droits ». Un avis partagé par Léa-Audrey, qui estime que « tout le monde devrait avoir accès à la formation de son choix ». Elles revendiquent ainsi une université ouverte à toutes et tous, qui ne se préoccupe pas du lieu de naissance des étudiants et qui permet de bénéficier de structures adaptées à l’accueil d’étudiants handicapés. « Ça ressemble à de l’élitisme. Où ce sont les personnes qui n’ont pas de problèmes, pas de problèmes de papiers, de logement, pas de problème de handicap, qui peuvent se rendre à la fac. » estime pour sa part Loïc, tandis que Mathilde met en lumière un autre problème. « De ce que j’ai entendu, des étudiants étrangers n’auront pas de visa s’ils ne sont pas inscrits à l’Université. Il faut absolument qu’ils soient acceptés ». En effet, bon nombre d’étudiants étrangers ne pourront obtenir le précieux sésame que par le biais d’une inscription à la fac. Et c’est bien le risque d’OQTF (Obligation de quitter le territoire français) qui pointe à l’horizon si les revendications portées par les étudiants mobilisés ne sont pas satisfaites.

« La solution est simple, il s’agit de réinvestir de l’argent, et d’arrêter de faire des coupes dans le budget »

Pour l’année universitaire en cours, le gouvernement a annoncé une coupe budgétaire de 331 millions d’euros. Une décision absurde selon Kelly. « Non je ne pense pas que c’est une solution. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, je pense même que c’est un problème ». Un avis que partage Léa-Audrey, pour qui « la sélection n’est pas la meilleure solution. Non, la solution, c’est plus de moyens ».

Une augmentation des moyens qui ne concerne pas la seule problématique de l’inscription des étudiants « sans facs ». « Je vois qu’en psycho, socio, il y a de plus en plus d’étudiants dans les filières, et de plus en plus de filières surchargées. Je sais pas trop comment ça se passe ailleurs, mais je le vois en tout cas en psycho. Face à ça, on cherche à limiter le nombre d’étudiants, avec un certain nombre de critères, dont la sélection. On peut se dire que ça pourrait être une idée pour répondre à ce problème. Mais moi je me demande aussi pourquoi on augmenterait pas plutôt le nombre de postes à la fac ? D’enseignants ? Et améliorer les infrastructures, etc. » estime Loïc. En effet, pour pouvoir accueillir l’ensemble des étudiants dans de bonnes conditions, l’embauche de personnels et enseignants est essentielle. Non seulement pour faire face à l’afflux d’étudiant, mais également pour stopper la spirale infernale de la dégradation dramatique des conditions de travail, source de surcharge et de maladie professionnelle de type burn-out. « La solution est simple, il s’agit de réinvestir de l’argent, et d’arrêter de faire des coupes dans le budget. Surtout qu’ici, au Mirail, beaucoup d’argent est dépensé pour payer les bâtiments à Vinci, dans le cadre du partenariat public/privé » explique Camille.

C’est ainsi que la nécessité de batailler contre cette politique apparaît comme essentielle pour les étudiants du Mirail. « Je trouve que l’occupation de la présidence, est très juste. Il faut essayer de bloquer ça dés maintenant. Car si aujourd’hui c’est 80, l’année prochaine ça sera 200 » explique Kelly. « Si cela fait bouger les choses, l’occupation est une bonne chose. J’imagine même pas ce que ça aurait été de me retrouver sans fac en venant de loin » renchérit pour sa part Léa-Audrey. Ce qui est sur, c’est que la bataille aujourd’hui entamée n’est pas terminée, et que le rapport de force pour faire plier la présidence et le rectorat doit être renforcé. Et cela, les étudiants du Mirail en sont conscients.

Propos recueillis par Lili B et Léo Valadim




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