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Politique

Leur barrage et nos luttes

Edito. Le 7 mai 2017, ce sera sans nous !

La grand messe présidentielle finit ce dimanche. Alors qu'un certain nombre de journalistes, intellectuels et autres personnalités politiques jouent la carte du chantage au « Front Républicain », l'intérêt de notre camp social passe par une abstention politique, une réponse en toute indépendance de classe, afin de préparer les combats à venir.

Une Ve République à bout de souffle.

L’épilogue de cette campagne présidentielle a réservé, aux classes dominantes, une dernière (mauvaise) surprise. Après l’effondrement des deux partis, le PS et la droite traditionnelle, qui gouvernent depuis plus de 30 ans, c’est d’abord la percée d’un Jean-Luc Mélenchon qui est venue bouleverser ses plans. Plus encore après l’accession inédite de Marine Le Pen de 2002 mais pas inattendue au second tour, voici maintenant venu le temps d’un "Front Républicain" sévèrement grippé, comme l’illustre notamment le choix de 65% d’Insoumis à voter blanc ou s’abstenir, ou encore les prévisions d’une abstention record depuis 1969 aux alentours de 25%. Une usure qu’exprime aussi l’émergence d’une réponse « Ni Le Pen ni Macron » dans la rue, bien plus rassembleuse que les manifestations et événements appelant simplement à « Faire barrage au FN » – comme en témoigne le flop du concert « contre le FN » à République jeudi soir appelé par une trentaine d’associations. L’opération « Front Républicain », visant avant tout à légitimer une future présidence Macron, a du plomb dans l’aile. Ce qui accentue le phénomène d’instabilité pour gouverner, qui plus est au vu de l’incertitude du résultat du scrutin législatif. C’est bel et bien pour cela qu’un affolement secoue les sphères dominantes, matérialisé par exemple par une tribune signée par une centaine de personnalités dans Le Monde.

Ni peste, ni choléra !

Disons-le d’emblée : oui, le Front National n’est non seulement en aucun cas une solution, mais il est aussi le pire ennemi des travailleurs. Sa politique xénophobe, anti-sociale, répressive et anti-ouvrière marquerait, si Marine Le Pen l’emportait, un tournant fort de la situation politique française.

Cependant, il y a plusieurs contre-vérités à battre en brèche.

Non, l’abstention ne pourrait être en aucun cas la cause responsable de l’avènement du parti frontiste aux plus hautes sphères de l’État. Ce sont bien les politiques néo-libérales, qui depuis près de 30 ans, ont fait le lit de la montée de l’extrême-droite, et c’est d’ailleurs ce qu’exprimaient nombre d’abstentionnistes dans les cortèges « Ni Macron, Ni Le Pen » ce premier mai. Le dernier gouvernement n’a d’ailleurs pas été avare, avec non seulement son programme anti-social, avec la loi Travail, mais aussi ses mesures xénophobes empruntées directement à la droite et à l’extrême droite, comme la déchéance de nationalité. Dès lors, cela participe à la banalisation des idées de la formation d’extrême droite. L’élection de Macron ne sera donc pas un rempart face à Le Pen, d’autant qu’il approfondira les politiques néo-libérales dont il a d’ailleurs souligné l’inefficacité durant le débat de l’entre-deux tour. Une façon de préparer les esprits, sans le dire ouvertement, même si les ordonnances sont prêtes, de même que la loi Travail 2.

Par ailleurs, et même si cela présagerait d’un régime beaucoup plus dur, l’avènement du Front National ne signifierait pas l’ouverture d’une séquence amenant à un régime de type fasciste. Le fascisme, comme forme de régime historiquement déterminée, est usé par des fractions des classes dominantes comme dernière solution pour écraser le mouvement ouvrier dans les périodes de montée révolutionnaire, ce qui, quand bien même une crise de régime de la Ve République soit ouverte, n’est pas encore d’actualité, même si des prémisses d’un sursaut du mouvement ouvrier, et d’un anticapitalisme d’avant-garde, ont pu voir s’exprimer pendant la mobilisation contre la loi Travail. Ainsi, bien que des groupuscules et des dynamiques fascisantes pourraient être encouragées, Marine Le Pen au pouvoir, au vu de la composition hétérogène de la base sociale électorale, de la base militante et de la direction du FN, ne marquerait pas l’avènement du fascisme mais un tournant radical vers un État fort de type bonapartiste. Dynamique qui a, par ailleurs, été initiée durant le quinquennat Hollande, et dans laquelle Emmanuel Macron s’inscrit totalement, malgré des velléités d’accélération de ce tournant de régime moins prononcées que celles de Marine Le Pen.

Pour une abstention politique !

Dans cette séquence électorale qui offre un deuxième tour réactionnaire, quelle est la meilleure manière de défendre les intérêts des travailleurs, de la jeunesse, des précaires, des quartiers populaires ? Pour nous, il s’agit de refuser le chantage au "front" d’une République à bout de souffle, agitant le spectre d’un « monstre » dont l’ensemble de la classe politique au pouvoir depuis 30 ans a non seulement permis l’émergence, mais auprès duquel elle n’a pas hésité à puiser des pans entiers de programme afin d’entamer un virage réactionnaire, sécuritaire et raciste.

Une abstention active et politique, rejetant en bloc l’idée d’un « moindre mal », combattant les idées xénophobes et libérales sans offrir une seule voix à Macron et Le Pen permet, sur un terrain électoral, de préparer le combat sur le terrain de la lutte des classes, en simultané, comme en atteste les mobilisations "Ni Ni" de l’entre-deux tours, et dans la continuité, lorsque François Hollande aura déserté le trône au profit de son successeur. Une position d’indépendance vis-à-vis du patronat, qui permet de battre pied à pied la rhétorique raciste du Front National, le tournant bonapartiste en cours et qui connaîtra une accélération certaine et réduira la marge de manœuvre du futur pantin des classes dominantes à la tête de l’État. Au vu des derniers sondages, et malgré une abstention estimée à 25%, le banquier de chez Rothschild devrait raflé la mise, avec 62% des suffrages exprimés.

Cette abstention politique, critique, collective, loin de se désintéresser du score et de l’influence qu’ont pu s’octroyer les idées racistes et réactionnaires de l’extrême-droite, est le seul moyen de dire, face à la fausse alternative qui nous est proposée ce dimanche, que nous ne portons aucune confiance en leur République, leurs institutions pour y faire face. Que nous tirons les leçons de décennies de politiques anti-sociales de cette République-là. Que nous savons sur quelles forces il nous faudra compter pour battre en brèche le racisme et le nationalisme d’une Le Pen : les nôtres. La force des millions de travailleurs, de travailleuses et de jeunes dont l’urgence première, bien plus que de participer à ce « barrage » factice, est de s’organiser, non seulement pour résister, mais pour porter le projet d’une autre société, répondant ainsi mieux que quiconque à la colère et le désespoir qui s’exprime, dans notre camp social, parfois par le bulletin de vote Front National. Contre le Front National, contre les politiques néolibérales qui en font le terreau, plus que jamais, il nous faut répondre par l’organisation de l’espoir révolutionnaire.




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