Société

Des scandales qui ébranlent le cardinal de Lyon

Eglise de France, fille aînée de la pédophilie ?

Publié le 17 mars 2016

« Fille aînée de l’Eglise », il aurait été surprenant que l’épiscopat français ne soit pas à son tour rattrapé par un certain nombre de scandales de pédophilie comme d’autres pays en ont connu. Ces dernières semaines, c’est l’une des plus hautes autorités du clergé français qui est accusée d’avoir couvert des crimes, et depuis l’Assemblée des Evêques de France qui se tient à Lourdes, la défense du cardinal Barbarin, Primat des Gaules, est loin d’être convaincante.

Corinne Rozenn

Ce qu’ont mis en lumière les plaintes déposées par l’association de victimes d’un prêtre lyonnais accusé de pédophilie ressemble à s’y méprendre, dans les faits, à ce qui est présenté dans Spotlight, le film américain oscarisé qui traite, précisément, des questions d’abus sexuels à l’égard de mineurs au sein de l’Eglise catholique. Elles rappellent également toutes ces affaires qui ont connu ces derniers temps un traitement judiciaire retentissant comme en Irlande, en Pologne ou en Australie, et qui ont été dénoncées, ces dernières années, par la Curie elle-même, là où Jean-Paul II, au début de son pontificat, ne voyait que la main de l’Union Soviétique pour déstabiliser l’Eglise.

L’association La Parole libérée accuse le père Bernard, responsable notamment d’un groupe de scouts dans l’une des zones les plus huppées de la banlieue lyonnaise, Sainte-Foy-lès-Lyon, d’abus et d’agressions sexuelles sur mineurs. Les faits remonteraient à 1991. La défense avancée par le cardinal Barbarin dispute le sordide à l’insupportable. Pour justifier le fait que «  jamais, jamais, jamais [il n’aurait] couvert le moindre acte de pédophilie », Barbarin a d’abord avancé qu’il avait, dans le passé, dénoncé les agissements de deux prêtres de son diocèse, en 2006 et en 2014, pour ensuite reconnaître que le père Bernard lui aurait avoué, en 2007-2008, avoir abusé d’enfants mais de ne jamais avoir récidivé depuis 1991. D’où le pardon… Jusqu’à présent, celui que ses victimes appellent le « prédateur », aurait continué à être en contact avec des enfants.

Son assise et son autorité fortement entamées, déjà, l’Eglise catholique de France essaye de limiter au possible la portée du scandale qui pourrait, selon les connaisseurs de la Conférence Episcopale, servir de détonateur pour qu’émergent des dizaines de scandales de ce genre. Ces derniers jours, néanmoins, avec l’emballement de l’affaire, tout le monde semble avoir son mot à dire au sujet des affaires qui secouent, pour l’instant, le seul diocèse de Lyon. 

Ne craignant pas le ridicule, Manuel Valls, lui dont les soldats sont coupables de viols à répétition sur mineurs en Centrafrique, s’est dit « bouleversé par les témoignages » des victimes et a exigé « des actes ». Comme dit le proverbe, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Côté Eglise, on multiplie les arguments selon lesquels toutes les institutions dans lesquelles les adultes sont au contact avec les enfants, à commencer par l’Education nationale, ne sont pas à l’abri de scandales de pédophilie. C’est la façon dont le quotidien La Croix, faute de pouvoir justifier l’injustifiable, tente de relativiser l’affaire en cours à Lyon. Le problème n’est pas tant que, hélas, bien des institutions dans lesquelles les adultes encadrent les enfants soient concernées par des crimes plus ou moins graves de pédophilie, mais le fait que dans le cas précis de l’Eglise, ces crimes, qui sont loin d’être nouveaux, ont été couverts et occultés, parfois des décennies durant. C’est ce que pointent, notamment, les secteurs catholiques progressistes relayés par la revue Golias.

De par son fonctionnement, sa hiérarchisation, sa fonction sociale et politique, l’Eglise en tant qu’institution charrie en son sein les pires horreurs dont les victimes sont, précisément, celles et ceux qu’elle dit protéger. Barbarin vient, à nouveau, de l’illustrer.

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