Monde

Même pas peur… du ridicule

Egypte. Comment Tom et Jerry déstabilisent le Moyen-Orient ?

Publié le 11 mai 2016

Philippe Alcoy

Je déteste Jerry. J’ai toujours voulu que Tom mange une bonne fois pour toutes cette souris arrogante. Mais apparemment ces pensées chargées de haine à l’égard de ces drôles mais sinistres personnages auraient une mauvaise influence. Tom et Jerry seraient en effet parmi les principales causes de la violence qui secoue le Moyen Orient et plusieurs pays arabes du Nord de l’Afrique. C’est en tout cas ce que le chef des Services d’Intelligence de l’Etat égyptien, Salah Abdel Sadek, a déclaré.

Le 4 mai dernier en effet Abdel Sadek, au cours d’une conférence sur « Les médias et la culture de la violence » à l’université du Caire, déclarait : « Tom et Jerry présente la violence de manière drôle et envoie le message que, oui, je peux frapper quelqu’un... et je peux le faire sauter avec des explosifs. Cela devient naturel dans l’esprit du téléspectateur ». Il a également condamné les jeux vidéo : « c’est devenu très normal pour un jeune homme de passer de longues heures à jouer aux jeux vidéo, où il tue et fait couler le sang et est heureux de cela ». Ainsi, Tom Jerry et certains jeux vidéo et films, seraient les responsables de « l’extrémisme » et de la violence qui se répand dans la région !

Il est récurent que des régimes répressifs prennent des mesures et adoptent des discours extravagants, frôlant le ridicule, pour se légitimer. Des situations qui ne prennent sens que dans le cadre d’un pouvoir dépourvu d’autre sens que celui de sauvegarder la domination d’une minorité de possédants riches et parasitaires sur une écrasante majorité exploitée et opprimée.

Le sens des déclarations d’Abdel Sadek n’est pourtant pas forcément très clair. Il s’agit peut-être de « démontrer » que la violence et la crise de plusieurs pays de la région sont le résultat de la « perversion de la culture occidentale » et ainsi essayer de toucher des secteurs de la population sensibles à ce discours, généralement véhiculés par des courants de l’islam politique.

Évidemment, ce type de déclarations « extravagantes » ne sont pas de l’exclusivité du régime égyptien ou des dictatures dans des pays de la périphérie capitaliste. N’oublions pas qu’aux Etats Unis à chaque fois qui se produisent des fusillades dans des campus universitaires, les débats sur les « jeux vidéo violents » et leur relation avec la violence dans la société envahissent les plateaux télé, journaux et radios.

Cependant, pour ce qui est de l’Egypte, ce qui est plus que clair c’est le caractère hypocrite (en plus de ridicule) de ce discours sur la violence venant d’un régime profondément répressif, où les tortures et l’assassinat d’opposants est monnaie courante. Un régime qui a noyé dans le sang le soulèvement populaire contre la dictature de Moubarak et son armée. Un régime qui reçoit des centaines de millions de dollars de la part des Etats Unis chaque année pour préserver les intérêts impérialistes dans la région.