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Monde

Au pays du Maréchal-président al-Sissi

Egypte. Morsi condamné à mort, des militants de la gauche révolutionnaire en prison

Ciro Tappeste Dans l’Egypte du Maréchal-président al-Sissi, les juges ne sont pas seulement des chiens de garde du pouvoir, comme à l’époque de Hosni Moubarak. Même si cela semble difficile à croire, les jugements qu’ils rendent sont, aujourd’hui, encore plus ubuesques. Mohamed Morsi, renversé par un coup d’Etat militaire sur fond d’intenses mobilisations instrumentalisées par les Forces Armées en juillet 2013 vient de voir sa peine de mort confirmée par un tribunal du Caire, mardi 16 juin. Les militants de la gauche révolutionnaires croupissent en prison.

Ce ne serait pas la première fois que l’un des chefs des Ikhwans, les Frères Musulmans, serait condamné à mort puis exécuté. C’est le sort qu’a connu, en 1949, du temps du roi Farouk, Hassan Al-Banna, le fondateur de la confrérie. Cette fois-ci, cependant, ce serait au tour du premier président égyptien élu au suffrage universel, Mohamed Morsi, condamné à la peine capitale par la Cour du Caire, aux côtés de 105 autres Frères. Comme si cela ne suffisait pas, le tribunal cairote vient également de condamner Morsi à la prison à vie dans une autre affaire.

Evasion et espionnage. Deux chefs d’inculpation

Deux chefs d’inculpation pèsent sur l’ancien président. Dans le premier dossier, on lui reproche l’évasion de la prison de Wadi el-Natrun de l’état-major des Frères Musulmans, qui y était incarcéré sous l’ancien régime, ainsi que de dizaines d’autres prisonniers politiques islamistes, en janvier 2011, pendant le processus révolutionnaire qui a abouti à la chute du Raïs. Dans la seconde affaire, il est accusé d’espionnage au profit « du Hamas, du Hezbollah chiite libanais et des Pasdarans iraniens ». Il s’agit d’un chef d’inculpation absolument fantaisiste lorsqu’on sait les rapports conflictuels entretenus entre la Confrérie et le régime de Téhéran, mais aussi et surtout le fait que, sous sa présidence, Morsi avait strictement maintenu l’embargo de facto pesant sur la Bande de Gaza à travers le blocage du point de passage de Rafah.

Au début du mois, la plus haute autorité de l’Islam sunnite, le grand moufti de l’université Al-Azhar, s’état prononcé sur la validité des deux sentences, qui viennent donc d’être confirmées. Les avocats de Morsi et des autres condamnés ont d’ores et déjà annoncé qu’ils feraient appel.

Inquiétudes occidentales

Al-Sissi, lui-même ancien ministre de la Défense félon de Morsi, semble donc bien déterminé à mettre ses menaces à exécution, en dépit des critiques qui fusent depuis les chancelleries occidentales. Même si côté élyséen, où al-Sissi a été reçu en grande pompe en novembre 2014, pour sa première tournée officielle en Europe, c’est silence-radio, le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a ainsi dénoncé « une condamnation politique » alors que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon a exprimé sa « profonde inquiétude ».

Ces messieurs, qui ont été les plus fidèles soutiens des putschistes égyptiens, n’ont pas un brusque accès d’humanisme. Ils ont soutenu al-Sissi et l’armée qui ont su instrumentaliser la colère de la rue égyptienne contre Morsi, au cours de l’été 2013, pour le renverser et reprendre brutalement le contrôle de la situation, tentant de mettre un point final au processus révolutionnaire, y compris par la répression la plus impitoyable. Washington, comme Londres ou Paris, soutiens de la dictature égyptienne, sont néanmoins conscients du fait que la condamnation à mort de Morsi pourrait relancer un nouveau cycle d’instabilité dans le pays, aux prises notamment avec des groupes djihadistes dans le Sinaï et alors que la gronde sociale persiste.

20-21 juin, Journées de solidarité avec les prisonniers politiques en Egypte

Mais la répression ne concerne pas simplement les islamistes. Même si al-Sissi instrumentalise les procès contre la Confrérie pour se poser en garant de l’Etat auprès d’une fraction de la société égyptienne et de ses tuteurs occidentaux, il est également d’une brutalité impitoyable vis-à-vis de ses alliés d’hier : les révolutionnaires libéraux qui s’étaient mobilisés au cours de l’été 2013 contre les Frères au pouvoir, les supporters des clubs de foot anti-Moubarak et anti-Morsi mais également contre la gauche égyptienne. En tout et pour tout, ce sont sept cents condamnations à mort qui ont été prononcées depuis le putsch de al-Sissi, alors que les prisons égyptiennes sont remplies de milliers de prisonniers politiques, de tout bord. Parallèlement, c’est sous la présidence al-Sissi que l’ancien président Moubarak, ses fils et son ministre de l’Intérieur, Habib al-Adli, responsables de la répression de janvier et février 2011, ont été blanchis.

Après l’assassinat par la police cette année, à la veille du quatrième anniversaire du soulèvement du 25 janvier 2011, de Sondos Reda Abou Bakr et de Shaïma al-Sabbagh, militantes de la gauche révolutionnaire, les deux cas les plus emblématiques sont ceux de Mahienour al-Masry et de Youssef Shaaban, tous deux membres des Socialistes Révolutionnaires. Un tribunal vient de leur signifier leur condamnation à quinze mois de prison ferme début juin. C’est donc à eux également qu’iront nos pensées et tout notre soutien les 20 et 21 juin, pour les Journées de solidarité avec les prisonniers politiques en Egypte.

17/06/15




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