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Monde

Au pays du Maréchal Sissi

Egypte. Pas besoin d’attendre les « résultats » pour savoir qui a gagné les élections

Pour la première fois depuis le coup d’Etat sanglant contre le président Morsi en juillet 2013, les Egyptiens étaient appelés aux urnes, le 18 octobre, dans le cadre d’un processus électoral qui s’étalera sur un mois et demi. Le gagnant est connu d’avance. Il s’agit du Maréchal al-Sissi, l’ex-patron de l’armée et putschiste en chef, accessoirement enfant chéri des impérialistes européens, au premier rang desquels la France.

Après le coup d’Etat de juillet au cours duquel les militaires égyptiens ont pris en otage la mobilisation populaire contre le gouvernement des Frères musulmans, l’armée s’est retournée contre l’aile marchante du mouvement qui avait permis le renversement de Moubarak en février 2011. À sa tête, le Maréchal al-Sissi, l’un des piliers de l’armée moubarakiste, à ce titre directeur des services de renseignement à la fin du règne de l’ancien Raïs, fer-de-lance du Conseil Suprême des Forces Armées qui a piloté la « transition » après le soulèvement de janvier et février 2011, ministre de la Défense (félon) sous Morsi et à l’origine du putsch contre le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en juillet 2013, homme fort de la « présidence par intérim du gouvernement d’Adli Mansour » et enfin élu « très démocratiquement » à la présidence de la république avec 96% des suffrages en mai 2014, à la suite d’un scrutin complètement truqué, organisé dans un climat de terreur contre l’ensemble des différentes factions de l’opposition.

Al-Sissi joue depuis la carte de la stabilité contre la tension, se présentant auprès des Egyptiens comme auprès de ses partenaires internationaux comme « le » rempart contre le terrorisme et Daech, le seul à même d’éviter que l’Egypte bascule dans un scénario à la lybienne. C’est donc une guerre sans merci qui est livrée dans le Sinaï contre les cellules djhadistes, qui ne fait pas de différence entre les tribus bédouines et les combattants islamistes, réprime toute velléité d’opposition et poursuit une traque systématique contre les Frères Musulmans et le mouvement démocratique et social. En mai, c’étaient plus de 1400 manifestants proches des Frères qui étaient condamnés à mort, plusieurs leaders de la confrérie, dont l’ex-président Morsi, alors que l’on estime que plus de 15000 de ses partisans ont été jetés en prison.

Dans des conditions semblables, inutile de dire que le scrutin législatif sera tout sauf démocratique. Mais ce n’est pas de cette oreille que l’entendent les impérialistes. En froid auprès des Etats-Unis, Sissi fait de son mieux pour se gagner les bonnes grâces des européens, Français et Italiens en premier lieu, qui rêvent d’occuper une place de choix sur le marché des investissements égyptien, à savoir gaz, BTP et tourisme… sans oublier les armes.

Ces derniers mois, ce sont les principaux membres du gouvernement socialistes qui se sont rendus en Egypte, de Laurent Fabius en passant par Manuel Valls, qui vient par ailleurs de signer des contrats de livraison de Rafale et de Mistral pour 6 milliards d’euros, François Hollande ayant même fait le déplacement, aux côtés du Premier ministre italien Matteo Renzi, au mois d’août lors de la cérémonie d’inauguration de l’élargissement du canal de Suez.

Qu’al-Sissi écrase les libertés fondamentales et soit en train de faire rendre gorge à ce qui reste du processus révolutionnaire égyptien de 2011-2013 semble réjouir au plus haut point ses partenaires. Reste à savoir maintenant si des élections truquées et le pari d’une croissance à 5% basée sur les investissements des pétro-monarchies et des impérialistes seront suffisants pour faire oublier aux classes populaires, à la jeunesse et au monde du travail d’Egypte ce pour quoi ils se sont soulevés en 2011, sans que rien ne change fondamentalement depuis : « pain, liberté et justice sociale ».




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