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Monde

1,2 millions de voix pour l’extrême gauche

Elections argentines. La droite en force, mais les trotskystes réalisent leur meilleur score

Il s’agissait d’un scrutin clef, à la fois pour le président de droite argentin, Mauricio Macri, arrivé au pouvoir en 2015, et pour les différentes fractions du péronisme, constituées autour mais également contre l’ancienne présidente, Cristina Kirchner. Au final, c’est la droite macriste qui a gagné. L’extrême gauche trotskyste, organisée au sein du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT), a néanmoins réalisé un excellent score et consolide son espace en tant que quatrième force politique au niveau national.

Pour ces élections de mi-mandat où était renouvelée, notamment, une partie des sièges de députés et de sénateurs, Macri a asséné un coup très dur à son opposition bourgeoise. Cambiemos, sa coalition électorale, a gagné dans la moitié des circonscriptions du pays. Dans la province de Buenos Aires, absolument clef d’un point de vue symbolique et politique, Kirchner a perdu face à Esteban Bullrich, le neveu de l’actuelle ministre de l’Intérieur, responsable de l’assassinat de Santiago Maldonado.

Les derniers rebondissements dans cette affaire de disparition et d’assassinat politique d’un jeune militant incriminant directement la gendarmerie et le gouvernement a polarisé considérablement l’échiquier politique et l’opinion publique mais n’a pas empêché Macri de réaliser cette très bonne élection qui confirme les scores des élections primaires du mois d’août (PASO), même s’il n’obtient pas de majorité à la chambre basse et au Sénat. Il devra donc continuer à gouverner en réalisant des alliances au coup par coup avec des transfuges du péronisme pour faire valider sa politique. Les prochaines contre-réformes de la sécu et des retraites pourraient être, dans ce cadre, d’autant plus compliquées à porter.

Mais c’est également l’extrême gauche trotskyste du Front de Gauche et des Travailleurs (FIT), un cartel électoral constitué par le Parti des Travailleurs Socialistes, le Parti Ouvrier et Izquierda Socialista, notamment, qui confirme et améliore ses scores des PASO et consolide sa stature de quatrième force politique au niveau national. Avec 1,2 million de voix, dont quasiment un demi-million pour la seule province de Buenos Aires, le FIT confirme que pour gagner en influence, il n’est pas nécessaire de rosir son programme mais que le monde du travail et la jeunesse peuvent s’emparer et répondre à une orientation clairement anticapitaliste et socialiste. Le FIT réalise de très bons scores dans des circonscriptions ouvrières et ses meilleurs scores auprès des jeunes.

Pour la première fois dans l’histoire du pays la province de Buenos Aires comptera deux députés d’extrême gauche au Congrès, avec Nicolás Del Caño, candidat à la présidentielle pour le FIT, et qui fait son retour à la chambre basse. A Buenos Aires, c’est l’avocate défenseuse des droits de l’Homme et de plusieurs syndicats combatifs, Myriam Bregman, qui a été élue. Marcelo Ramal, une autre personnalité saillante du FIT, a manqué de quelques centièmes de points son élection dans la capitale, de même qu’Alejandro Vilca, ouvrier du nettoiement qui réalise à Jujuy (frontière Nord du pays) 19% des voix sans pour autant pouvoir être élu.

Depuis l’hôtel Castelar, QG de campagne de l’extrême gauche, dimanche soir, Del Caño a lancé un message en direction des électeurs et des électrices du FIT, mais également en direction de celles et ceux qui ont cru bien faire en « votant utile », en les appelant à se mobiliser, pour affronter les prochaines contre-réformes annoncées par Macri, soulignant clairement comment, pour sa part, les sièges acquis par le FIT serviront de bastions pour défendre les luttes ouvrières, populaires et de la jeunesse et poursuivre le combat pour Santiago Maldonado.

[Crédit photo : LaIzquierdaDiario-Argentine]




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