Monde

Election historique au sein de la Fédération de l’Université du Chili à Santiago

Elections étudiantes au Chili : Barbara Brito, militante trotskiste et féministe, élue vice-présidente

Publié le 14 novembre 2016

Après des mobilisations massives ces dernières années, le mouvement étudiant au Chili est aujourd’hui à la croisée des chemins. Dans ce contexte, l’élection à la Fédération étudiante de l’Université du Chili (FECH), à Santiago, a eu lieu ces mercredi 09 et jeudi 10 novembre. Dans une élection avec 40,3% de participation, Barbara Brito, figure du mouvement étudiant, du mouvement féministe et militante trotskiste, est arrivée deuxième et a gagné la vice-présidence de la principale Fédération étudiante au Chili. Elle est arrivée devant la liste des Jeunesses Communistes, qui ont historiquement un poids important au sein du mouvement étudiant chilien. L’extrême-gauche anticapitaliste et révolutionnaire arrive ainsi, pour la première fois, à la direction de la FECH.

Laure Varlet

Une élection après des années de mobilisation d’un mouvement étudiant combatif

Au Chili, les classes populaires ont difficilement accès à l’éducation universitaire car les frais d’inscription sont extrêmement élevés. Le mouvement étudiant au Chili a été à la pointe de nombreuses mobilisations ces dernières années, notamment à partir de 2011, pour combattre les politiques et les réformes néo-libérales, pour exiger la gratuité de l’éducation, menant une lutte contre le modèle éducatif hérité de la dictature de Pinochet.

Mercredi 9 et jeudi 10 novembre, a eu lieu l’élection à la direction de la principale et la plus emblématique Fédération étudiante du pays, celle de l’Université du Chili, à Santiago. La liste « A Pulso » du « Frente Amplio » (Front large), intégré par le Mouvement Autonome, Nouvelle Démocratie et la Gauche Libertaire, a remporté la présidence de la FECH avec l’étudiant Daniel Andrade en tête, après avoir récolté 2.700 voix.

Mais la nouveauté de la journée a été le fait que la liste F « Unidas para Vencer », avec Barbara Brito en tête, a remporté la deuxième place, gagnant ainsi la vice-présidence avec près de 2.000 voix. Cette liste, intégrant le Parti des Travailleurs Révolutionnaires, l’organisation féministe et révolutionnaire Pan y Rosas, le collectif Gesta Libertaria, la Gauche Communiste et des dizaines d’étudiants indépendants, est une expression de la combativité et la détermination dont a fait preuve le mouvement étudiant des dernières années. Il s’agit d’une victoire importante dans une situation politique traversée par un fort mécontentement et méfiance à l’égard des organisations traditionnelles de l’échiquier politique.

Une militante trotskiste et féministe à la vice-présidence de la FECH

Lors des mobilisations étudiantes en 2011, Barbara Brito est devenue l’une des principales figures du mouvement étudiant au Chili. Etudiante en philosophie et en Arts, elle a été depuis le début à la pointe des mobilisations pour l’éducation.

Elle a cherché à construire le mouvement de femmes avec la constitution de commissions « genres et sexualités » et a mené la lutte contre le harcèlement sexuel au sein de l’Université. Elle est également porte-parole de la Coordination « Féministes en lutte » et l’une des figures de la Coordination du mouvement #NiUnaMenos (Pas une de moins). En juillet de cette année, elle a été à la tête de l’organisation de la première Rencontre Nationale des Femmes et de la diversité sexuelle, où près de 500 personnes se sont réunies pour discuter et organiser la lutte.

Bárbara est également militante du Parti de Travailleurs Révolutionnaires, organisation trotskiste qui fait partie du réseau international de quotidiens numériques La Izquierda Diario, présent dans 11 pays et en 6 langues différentes, dans lequel Révolution Permanente est partie prenante.
Pour une fédération au service de la mobilisation et de l’alliance avec les travailleurs et le mouvement féministe

L’arrivée de Bárbara Brito et de la liste F à la vice-présidence de la FECH est une opportunité pour faire émerger une alternative révolutionnaire et anticapitaliste pour les travailleurs, les femmes et les étudiants au sein du mouvement étudiant au Chili. Il s’agit d’une tribune pour renforcer le mouvement étudiant ainsi que la lutte pour ses revendications historiques, telles que la demande d’une éducation publique et gratuite et le rejet de la réforme de l’éducation prônée par le gouvernement.
Avant l’élection, Barbara Brito déclarait que « Si nous luttons aujourd’hui pour la direction de la FECH, c’est pour qu’elle soit au service de la mobilisation pour les revendications du mouvement étudiant, mais aussi pour celles du mouvement des femmes, des travailleurs et des secteurs populaires. Nous avons besoin d’un mouvement étudiant qui construise l’unité avec les luttes des travailleurs, avec le mouvement contre le système de retraites actuel, et avec le mouvement de femmes #NiUnaMenos. Nous voulons construire un mouvement étudiant qui n’ait aucune confiance dans le Parlement et le gouvernement au service des patrons ».

Lors de sa première déclaration en conférence de presse après les résultats de l’élection, elle a signalé que « nous avons devant nous une tâche importante. Notre combat se situe dans une lutte pour en finir avec tout l’héritage de la dictature de Pinochet, chose qu’on ne pourra faire qu’avec la force et l’organisation indépendante des travailleurs, des femmes et de la jeunesse ».