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Politique

Une majorité pour changer la constitution ?

Élections sénatoriales : LREM va-t-elle tirer son épingle du jeu ?

Dimanche prochain, la moitié de la chambre des sénateurs va être renouvelée. Alors que le gouvernement enchaîne les mesures impopulaires envers les collectivités territoriales, le groupe LREM espère obtenir suffisamment de sièges pour devenir le deuxième groupe du palais du Luxembourg. Objectif : disposer d'un nombre confortable de sénateurs pour pouvoir réformer la constitution sans passer par le referendum.

Le scrutin de dimanche n’est pas le plus populaire, ni le plus connu, mais il sera néanmoins essentiel pour juger la capacité de Macron à prendre une nouvelle chambre, alors même que son implantation dans les collectivités locales est sans commune mesure en comparaison au PS et aux Républicains. En effet, la chambre haute voit la moitié de ses effectifs renouvelée comme tous les six ans. Alors que le Sénat ne compte que 29 sénateurs affiliés à LREM, le jeune parti du président espère augmenter son groupe dans l’hémicycle et talonner les Républicains. L’enjeu est de taille car, en cas de recul du parti de droite, LREM pourrait conclure une alliance avec les centristes et imposer un nouveau président en remplacement de Gérard Larcher. La chambre passerait ainsi sous le contrôle du gouvernement et Macron aurait les coudées franches pour entreprendre de réformer la Constitution.

Toutefois, un certain nombre d’obstacles se dresse devant ce projet. Tout d’abord, l’élection des sénateurs passe par un suffrage indirect qui revient à un collège électoral d’élus dont les affiliations ne vont pas forcément à LREM. Alors que les législatives ont vu un raz-de-marée En Marche ! investir l’Assemblée nationale, les sénatoriales pourraient offrir un résultat plus en demi-teinte. Selon les projections les plus optimistes, le groupe LREM pourrait atteindre les 79 membres à l’issue du scrutin. Cependant, il y a de fortes chances pour que les candidats soutenant le gouvernement actuel ne soient pas élus, en raison de la politique menée par l’exécutif depuis trois mois. Entre la diminution de 300 millions d’euros de dotations alloués aux collectivités locales, la suppression de milliers de contrat aidés et la suppression de la taxe d’habitation qui ampute le budgets des communes de 21 milliards d’euros, la grogne parmi les grands électeurs pourrait se muer en vote sanction contre la politique du gouvernement.

La seule planche de salut qui reste à LREM est celle d’obtenir un nombre confortable de sièges en tablant sur le fait que les postes qui tournent concernent les départements de l’ouest de la France où Macron a obtenu ses meilleurs scores. C’est aussi dans le nombre de sièges obtenus par les centristes et par des Républicains aux convictions volantes que LREM espère pouvoir constituer sa majorité. En effet, les centristes sont un appui essentiel pour la politique de Macron tandis que la reconfiguration des Républicains autour de la ligne plus dure de Laurent Wauquiez pourrait laisser les Républicains constructifs, appui du gouvernement à l’Assemblée, faire leur entrée au palais du Luxembourg. En tout état de cause, LREM doit pouvoir réunir les trois cinquièmes du Parlement, soit 555 parlementaires sur 925, si elle veut éviter le referendum, alors qu’il est peu probable qu’elle dépasse les 360 sur l’Assemblée et le Sénat,

Cette dernière option pourrait constituer une épreuve de plus et très certainement un revers frontal pour un gouvernement déjà face à une mobilisation sociale qui conteste les ordonnances anti-démocratiques visant à détruire le code du travail. La réforme de la Constitution qui s’appuie sur une réduction d’un tiers du nombre de parlementaires et sur l’introduction d’une dose de proportionnelle au Parlement pourrait être un autre bourbier où le gouvernement, déjà très contesté, s’enliserait. Alors que la dynamique des législatives qui ont succédé à l’élection présidentielle était favorable à LREM, l’élection de sénateurs En Marche ! et la conclusion d’alliances avec les sénateurs des autres partis est plus qu’incertaine, tant les élus locaux ont de bonnes raisons de vouloir sanctionner un gouvernement décidé à détruire toute forme d’acquis social.

[Crédits Photos : LIONEL BONAVENTURE / AFP]




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